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Arab Health

Publié le
Arab Health
par Senda Baccar

Cher Ali El-Khidir, directeur marketing de Arab Health*

Vous avez eu l’extrême amabilité de m’inviter à assister à Arab Health, une manifestation qui s’est tenue sous les cieux émiratis, dubaiotes pour être plus précise, du 30 janvier au 2 février derniers.
 
J’aurais adoré être des vôtres. Comme je vous l’ai expliqué dans un courrier auquel vous n’avez pas pris la peine de répondre, il m’est malheureusement impossible de répondre favorablement à cette invitation.
En effet, contrairement à vos voisins et amis qataris, qui n’ont cessé de montrer une sollicitude constante (malgré les moqueries injustes et le dédain affiché de mes irrespectueux concitoyens) pour notre petit pays qui danse sur le fil rouge depuis un certain nombre de mois. En empêchant mes concitoyens de manière systématique de se rendre dans votre tout aussi petit pays, les autorités de ce dernier ont touché directement mon orgueil de fille d’Elyssa ou de Didon, à vous de choisir.
 
C’est pourquoi, malgré les motos rutilantes et les Ferrari (superbes) de vos représentants de l’ordre (même si nous on a des bagas en 1000 morceaux je vous le concède), malgré les supers matchs de tennis organisés sur le toit de vos tours plus hautes les unes que les autres (nous on à lAfrica et il y a à peine de la place pour un bassin où il fait de toutes les façons trop chaud pour se baigner l’été), malgré les établissements hôteliers dont le luxe est terriblement excitant tout autant que les enchanteresses effluves de vos encens (pas comme chez nous ou malgré le marbre et les immenses lustres de nos cinq étoiles nous n’accueillons plus que des russes deuxième main aussi affamés mais moins polis que ne l’étaient nos chers touristes allemands qui préfèrent aujourd’hui l’Espagne ou l’Italie), malgré le couloir VIP de votre aéroport (un vrai, pas comme chez nous), oui, malgré tout cela, j’ai préféré décliner votre invitation.
 
Comme je vous l’ai expliqué dans mon courrier, je me sentirai vraiment très bad en allant dans un pays dont mes
concitoyens sont écartés. Un « Arab Health » sans arabes (nous ne sommes pas les seuls à avoir subi votre mesure
d’écartement) ca ne va pas le faire.
 
Surtout que lorsque j’ai dénoncé la non délivrance de visas aux citoyens Tunisiens, il y a de cela précisément 3
ans, vos autorités ont non seulement nié les faits mais elles m’ont accusée de mensonge. Joint au téléphone, votre
consul m’a ri au nez et m’a menacée de prévenir le MAE si je persistais dans mes propos. Ce n’est pas très sympa
car la vérité était là : les Tunisiens étaient bel et bien considérés comme personae non grata dans vos Emirats.
Ca fait mal (chez nous, on dit « toujaa ») Rien de pire que le bannissement, rien de plus humiliant pour un peuple
de gens dont la majorité ne sont pas terroristes, je vous l’assure. On a plutôt des fonctionnaires, des banquiers, des avocats, des médecins, des hôteliers, des industriels, et même des femmes qui font tout ça de leurs dix doigts en plus de s’occuper du ménage et du goûter des gosses. Des gens biens.
 
Maintenant que vous êtes enfin revenus a de meilleurs sentiments, je suis prête a reconsidérer votre invitation. Mais considérez qu’il faudra un peu de temps pour effacer la maladresse de votre affront à une période où nous avions plus que jamais besoin de nos vrais amis, de nos frères.
 
En attendant, je vais panser mes blessures dans des pays dont je ne me suis jamais sentie chassée.
 
*Santé arabe ou Santé des arabes (à vous de choisir)