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Déprime, dépression : Conseils de psy pour s’en sortir

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Déprime, dépression : Conseils de psy pour s’en sortir

En ce début d’année, beaucoup d’entre nous dépassent le stade d’une simple fatigue passagère pour sombrer dans la dépression. Une contrariété, un trop-plein de stress, un événement imprévu, et c’est la chute ! Tenez bon ! Quelques conseils de pros pour (re)voir la vie en rose.

par Emmanuelle Houerbi

La dépression n’est pas une fatalité ; c’est une maladie qui se soigne plutôt bien, au terme d’un processus thérapeutique bien connu. Chaque malade doit passer par des phases successives qui lui permettent de sortir la tête de l’eau, petit-à-petit.

Etape 1 – Prendre conscience de son état

Pas si facile d’admettre une dépression. Bien loin d’une simple angine, c’est une maladie psychiatrique associée à des images qui font peur (la folie, l’asile psychiatrique…). Accepter son état revient à avouer sa fragilité, à s’exposer au regard de la société, à se mettre en danger. Pourtant si vous êtes triste, fatigué, assailli d’idées noires, sans énergie, si rien ne vous motive, si vous dormez mal, vous serez bien obligés d’en passer par là. Et si le médecin diagnostique une vraie dépression, il vous faudra accepter votre maladie. Sans paniquer, mais sans la banaliser.

Etape 2 – Adopter une attitude volontariste

Votre défi : lutter contre la passivité, selon l’adage bien connu « aide-toi, le ciel t’aidera ».
Plus facile à dire qu’à faire, quand on est au trente-sixième dessous, et que poser le pied par terre le matin est déjà un défi. Mais pas impossible. Le volontarisme, ce n’est pas accomplir des prouesses au quotidien. Ça commence plutôt par des petits gestes, des petits plaisirs, des incontournables : se lever le matin, préparer le petit déjeuner, sourire, se raser, écouter de la musique, emmener les enfants à l’école, sortir la poubelle. Un seul objectif : éviter de rester cloué au lit, écrasé d’avance par les obligations de la journée à venir. Chaque action, même minime, est une petite victoire sur la maladie.

Etape 3 – Activer un état d’esprit positif

Si on vous dit de vous secouer, que la vie est belle, c’est comme si on vous disait que pour sortir de votre dépression, il suffit de ne pas être déprimé. Mais là encore, si on le veut vraiment, on peut toujours trouver une lueur d’espoir, un petit motif de satisfaction auquel se raccrocher. En répétant chaque matin en se levant : « je veux m’en sortir, et j’y arriverai » (merci monsieur Coué). Et en évitant de se complaire inconsciemment dans la dépression, pensant ainsi attirer l’attention des proches et de la famille, avec l’impression de pouvoir y gagner au final. On ne le répétera jamais assez : « y a rien de bon dans la dépression » !

Etape 4 – Ne pas s’isoler

Autre réflexe du dépressif : couper tout contact avec la famille, les proches, les amis…
Grossière erreur, quand un tel comportement ne sert qu’à vous fragiliser.
N’oubliez pas que l’homme est un animal social, qu’il a besoin d’être entouré pour s’épanouir. Et qu’en cas de dépression, l’enfer, ce n’est pas les autres, mais soi-même. Alors ne vous enfermez pas dans vos angoisses, utilisez ceux qui vous aiment comme béquilles, et privilégiez les contacts avec les personnes capables de comprendre votre état et de vous soutenir sans vous juger.

Etape 5 – Mettre de l’ordre dans son hygiène de vie

Spontanément, le dépressif diminue ou abandonne toute activité physique, s’alimente mal, dort encore plus mal. Il se couche trop tard, noie son chagrin dans l’alcool, le café ou le chocolat, s’affale dans le canapé en regardant le plafond… Pour retourner la situation, l’exercice physique est un vrai sésame: 30 minutes de marche chaque matin peuvent aider à retrouver un bon rythme de sommeil, une alimentation équilibrée, et à adopter un mode de vie plus sain.

Etape 6 – Ne pas culpabiliser

Autre écueil : se dire qu’on n’a aucune raison d’être malheureux, alors que tant d’autres manquent de tout et que vous ne manquez de rien. Tout est bon pour avoir honte de son état, se culpabiliser et s’en trouver encore plus mal. Vous morfondre ainsi, n’aide en rien et vous enfonce. Pourquoi ne pas profiter de cette prise de conscience des problèmes de tant d’autres pour les aider comme vous ne l’avez jamais fait auparavant ? Car apaiser les souffrances des autres, ça fait du bien, y compris à soi-même.

Etape 7 – Trouver sa voie

Combien de gourous, de coachs à l’américaine, de méthodes diverses et variées pour trouver le bien-être intérieur, la sérénité, ou en un mot, le bonheur tant recherché? Une vie ne suffirait pas à en connaître la totalité. Et pourtant votre bouée de sauvetage est peut-être là, dans un livre, un article, sur le net, à la télévision… Chercher, chercher et chercher encore, jusqu’à trouver la méthode, la philosophie, le discours qui éclaire votre compréhension, qui vous fait mettre des mots sur vos angoisses, et vous aide à mieux vous connaître, avec un seul objectif : mieux vivre sa vie, pour longtemps.

Le Speed shrinking : Ou comment trouver son psy en 3mn chrono

Vous connaissez sûrement le « speed dating », où des individus en quête d’âme soeur ont 180 secondes pour séduire un inconnu devant une table de bistrot, puis passent au suivant si pas d’affinités. Mais connaissez-vous le « speed shrinking »?
Selon un concept « super trendy » venu des Etats-Unis, plusieurs psys offrent aux âmes en peine des consultations éclairs pour leur permettre de trouver le bon. Celui qui leur conviendra, avec qui ils seront à l’aise, à qui ils se confieront sans réserves. Une bonne idée, quand on sait que la personnalité d’un psy et la qualité de sa relation avec le malade augmentent de 50% les chances de guérison. A quand le « speed shrinkig » en Tunisie ?

fethi touzri

Entretien avec Fethi Touzri, psychiatre

Désacraliser la maladie et son traitement

En cas de déprime, quand doit-on consulter ?

La plupart du temps, les patients consultent un psychiatre quand ils sont déjà dépassés par leur état ; ils ont déjà essayé de s’en sortir tous seuls, mais en vain. Car si on consulte facilement un médecin, il est toujours plus difficile de se décider à consulter un psy. C’est dommage, puisque plus on attend, plus la guérison risque d’être longue et difficile. Si la dépression s’installe, le malade voit sa qualité de vie décliner rapidement. Certes, on ne doit pas forcément consulter au moindre petit coup de blues, mais il ne faut pas hésiter quand la souffrance est profonde et que tout le fonctionnement social, familial et professionnel est altéré. La consultation constitue un premier pas vers la guérison.

Comment se passe la première consultation ?

Lors de la première séance, nous tentons d’établir un diagnostic et de mettre un nom sur la maladie : simple blues, petite ou grosse déprime, dépression plus ou moins sévère, troubles de l’humeur, états transitoires, passagers, récurrents, ou bien durablement installés. Ces situations n’ont rien à voir, même si certains symptômes sont communs. Chaque dépression est différente. Pour mieux la cerner, quelques questions s’imposent : Depuis quand les symptômes sont-ils apparus, est-ce la première fois, est-ce en relation avec un événement précis, le patient veut-il s’en sortir, son fonctionnement social est-il atteint, etc. ? Sur la base de ces informations, nous expliquons au malade sa maladie. Il doit savoir que les troubles psychiques se soignent bien, qu’il est toujours possible d’agir, de s’en sortir. Une fois que le patient est prêt, le traitement peut commencer. l’automédication qui dénature le tableau clinique, masque les symptômes et fausse le diagnostic de même que les choix thérapeutiques.

Pourquoi certaines personnes sombrent-elles dans la dépression, et pas d’autres ?

Nous ne sommes pas tous égaux devant la dépression, loin de là ! Notre patrimoine génétique et notre histoire personnelle nous exposent à développer cette maladie, au hasard des événements de la vie. Certains individus ne connaîtront jamais la dépression, quels que soient les problèmes qu’ils auront à affronter au cours de leur vie. De même, la durée et la sévérité de la maladie dépendent beaucoup de la personnalité de base du patient dépressif. Les personnes introverties, renfermées, évitantes, anxieuses, rigides, coincées dans leurs habitudes, sont beaucoup plus exposées à ces troubles. Alors que les patients engagés socialement, actifs, extravertis s’en sortent plus facilement. D’où l’importance de lutter contre ses tendances au repli, de s’exprimer et de vivre une vie la plus riche possible. Socialement, intellectuellement et professionnellement.

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