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Flux et reflux

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Flux  et reflux

Le mois de ramadan est à nos portes et de nombreuses personnes souffrent de remontées acides avec, à la bouche, un goût amer et des sensations de brûlures à l’estomac, pouvant aller jusqu’à perturber le sommeil et les activités quotidiennes telles que les repas et les loisirs. Les reflux altèrent véritablement la qualité de vie des patients, surtout chez les tabagiques, les consommateurs d’alcool ou les amateurs de repas gras et copieux. Aujourd’hui, le problème se pose dans la mesure où la plupart de ces personnes ne se traitent pas, ou insuffisamment, et endurent ces symptômes pendant des années.

par Malek Kadri

Qu’est-ce que le reflux gastro-œsophagien ?

Les brûlures d’estomac, ou ce que l’on qualifie de reflux gastro-œsophagien (RGO), désignent la remontée d’une partie du contenu de l’estomac dans l’œsophage. En effet, lors de la digestion des aliments,  l’estomac produit des substances très acides, auxquelles la paroi de l’œsophage est sensible. Le reflux entraîne donc une inflammation de l’œsophage, ce qui explique les sensations de brûlure et d’irritation, pouvant provoquer, selon son intensité, des lésions au niveau de cette partie de l’appareil digestif. 

Mieux vaut prévenir que guérir

Cette pathologie est généralement bénigne mais elle est tout de même à prendre au sérieux, en commençant par l’hygiène de vie. Il faut éviter, surtout avant le coucher, les boissons gazeuses, le tabac, l’alcool, le café, les graisses, le chocolat et tous les aliments connus pour leur action réductrice du tonus musculaire dont dépend la fermeture du sphincter œsophagien inférieur. Porter des vêtements serrés ou aller s’allonger dès la fin du repas est également à proscrire, tout autant que, durant la journée, la position penchée en avant ou l’effort physique tel que soulever un lit par exemple. 

Si un traitement médical s’avère nécessaire, il s’agira d’opter pour les inhibiteurs de pompes à protons (IPP) ou, si le traitement médical n’aboutit pas aux effets escomptés, pour une solution plus radicale, celle du recours à la chirurgie.

Plusieurs complications peuvent survenir suite à un RGO persistant :

  • L’œsophagite (inflammation de l’œsophage)
  • La sténose de l’œsophage, qui mène à une difficulté de déglutition
  • La pharyngite, pouvant aller jusqu’à altérer la voix suite à l’atteinte des cordes vocales
  • L’asthme
  • Les caries et les lésions dentaires
  • L’œsophage de Barrett, qui se caractérise par la cicatrisation anormale d’une région de la muqueuse œsophagienne détruite par un ulcère (la muqueuse est alors remplacée par du tissu ressemblant à celui qui se trouve dans l’estomac ou dans les intestins). Les personnes atteintes de cette affection peuvent présenter un risque accru de cancer de l’œsophage.

L’avis du spécialiste Docteur Helmi Attia

Le reflux gastro-œsophagien se manifeste par des signes digestifs et extra digestifs

Les signes digestifs : pyrosis (brûlure épigastrique), éructation, hoquet et dysphagie (difficulté à avaler) en cas de sténose œsophagienne.

Les signes extra digestifs : douleurs thoraciques pseudo-angineuses, signes ORL (pharyngite, otalgie, fausses angines à répétition) et signes broncho-pulmonaires (trachéites, toux, dyspnée, pneumopathie).

Ce problème de reflux gastro-œsophagien (RGO) est généralement fortement lié à un mauvais fonctionnement du sphincter inférieur de l’œsophage (à la jonction de l’oesophage et de l’estomac), qui joue le rôle de valve protectrice empêchant le contenu de l’estomac de remonter dans l’œsophage et qui, en cas de reflux, s’ouvre pour laisser remonter le suc gastrique, provoquant des régurgitations, surtout durant la nuit.

La hernie hiatale peut aussi être l’une des causes du RGO et est caractérisée par le passage d’une partie de l’estomac, de l’abdomen vers le thorax, à travers l’orifice hiatal du diaphragme, normalement traversé par l’œsophage.

Il n’existe pas de cause précise à la hernie hiatale mais cette dernière est favorisée par le tabagisme, la grossesse, un excès de liquide dans l’abdomen, une  hausse de la pression dans la cavité abdominale, un raccourcissement de l’œsophage (congénital). Cependant, une hernie hiatale n’est pas toujours associée à un reflux…

Les examens de diagnostic

Quand les signes sont typiques, une consultation suffit pour poser l’indication du traitement. Une endoscopie doit être réalisée chez un sujet de plus de 50 ans.

Les examens complémentaires à réaliser pour confirmer le diagnostic sont :

  • la fibroscopie œsogastroduodénale, qui permet de visualiser l’œsophagite peptique, les anomalies associées (hernie hiatale, ulcère gastroduodénal) ou les complications (ulcère œsophagien, sténose, cancer) et qui donne lieu à des biopsies
  • la pH-métrie des 24h, surtout en cas de symptomatologie atypique, afin d’établir une relation objective entre plainte et reflux
  • le transit œsogastroduodénal (TOGD), qui met en évidence l’existence d’une hernie hiatale, d’un brachyœsophage
  • la manométrie œsophagienne, qui met en évidence l’importance des relaxations transitoires du sphincter inférieur

Le traitement à base médicamenteuse

Le traitement du reflux gastro-œsophagien vise à supprimer les symptômes, cicatriser les lésions éventuelles de la muqueuse et prévenir les récidives et les complications. 

Chez la majorité des patients, le traitement médical permet d’atteindre ces objectifs :

  • Les antiacides ou les pansements. Ils soulagent la douleur en neutralisant l’acide, tapissant la muqueuse œsophagienne et la protégeant des effets corrosifs des reflux.
  • Les prokinétiques. Ils augmentent la capacité de vidange de l’estomac et le tonus du sphincter œsophagien inférieur.
  • Les anti-H2 (cimétidine, ranitidine, famotidine, nizatidine). Ils empêchent l’histamine d’agir et inhibent la sécrétion d’acide.
  • Les IPP ou inhibiteurs de pompe à protons. C’est le traitement médical le plus efficace, dont plusieurs générations se sont succédé. En voici, par ordre chronologique, la liste : l’oméprazole, le lanzoprasol, le pantoprazole, le rabéprazole et enfin l’esomeprazole.

Bien que le reflux gastrique puisse être contrôlé au moyen de traitements médicaux, certaines personnes souffrant de formes sévères de la maladie peuvent nécessiter une intervention chirurgicale, afin d’éviter les récidives. La chirurgie est un moyen radical de surmonter cet état.