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Hôpital Charles Nicolle Mobilisé, contre vents et marées

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Hôpital Charles Nicolle Mobilisé, contre vents et marées

Partie de Sidi Bouzid, la révolte populaire a fait tâche d’huile pour se propager à travers toutes les villes du pays avant d’atteindre son paroxysme à Tunis, la capitale. Durement réprimée par les sbires de l’ancien régime, elle va dégénérer à travers tous les quartiers de la ville. On tire à balles réelles, à l’aveuglette, sur tout ce qui bouge, et même sur ce qui ne bouge pas. Le nombre de morts et de blessés s’accroit d’heure en heure. On parle d’hôpitaux débordés, de manque de médicaments et de situation chaotique. N’importe quelle rumeur devient information véhiculée par les médias, voire les instances officielles. L’agression dont aurait été victime l’hôpital Charles Nicolle en constitue la parfaite illustration.

par Chiraz Ounaïs

Samedi 15 janvier, l’information circule comme une traînée de poudre. Le plus grand hôpital du pays est pris d’assaut par une bande armée.

Toutes les chaînes de télévision reprennent l’information qui défile en dans la news barre. Elle prend même une tournure officielle quand le président par intérim, pour seulement 24 heures, Mohamed Ghannouchi confirme la nouvelle précisant que des agressions ont été effectivement perpétrées contre l’hôpital Charles Nicolle, plus particulièrement le service des urgences. Des ambulances auraient été volées par les assaillants, des pavillons saccagés, du matériel et des médicaments pillés. On s’inquiète pour les patients hospitalisés, pour les blessés qui ont besoin d’être secourus en urgence, pour les familles qui les accompagnent pour le personnel de l’hôpital et pour le voisinage immédiat.

Des appels sont lancés à l’armée et aux agents de l’ordre pour se rendre sans plus attendre sur lieux et porter secours aux centaines de personnes qui s’y trouvent. C’est la panique à bord. Dès le lendemain, toutes les ambulances deviennent suspectes, des hommes armées tireraient à vue depuis ces véhicules qui auraient été dérobés à l’hôpital afin de servir les basses besognes de ces soldats des causes perdues. Il aurait fallu cette intervention à la chaîne qatarie Al Jazeera de Mongi Khémiri, directeur de du CHU Charles Nicolle, pour calmer les rumeurs les plus folles et rétablir la vérité. Que s’est-il passé au juste ? Pour en savoir plus nous avons justement pris attache auprès de Mongi Khémiri et du docteur Karim Haouet, Chef de service des urgences de l’hôpital Charles Nicolle.

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Salah Soltani, « J’ai reçu une balle perdue chez moi dans les toilettes »

« Je réside dans le quartier de Sidi Daoud sur la route de la Marsa. Le dimanche 16 janvier au soir, je me trouvais tranquillement chez moi avec mes frères. Je me suis levé du lit vers minuit pour satisfaire un besoin urgent. Et alors que j’étais dans les toilettes, une balle perdue a traversé la porte et m’a atteint en plaine cuisse. Cela aurait pu être pire. J’ai alors crié toute ma douleur, mais personne à la maison n’a osé s’approcher. Je me suis alors traîné jusqu’à la chambre où se trouvaient mes frères qui ont alors pu m’aider. Ils ont ensuite appelé les secours qui sont rapidement intervenus et j’ai donc été pris en charge par les agents de police et ceux de la protection civiles qui m’ont porté les premiers soins d’urgence avant de me diriger vers l’hôpital ».

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Lotfi, « Le directeur de la prison nous a jeté à la mort »

« Il me restait à peine deux heures avant d’achever ma peine et recouvrer ma liberté quand tout s’est transformé en cauchemar à la maison d’arrêt de Mornaguia. Déjà, durant les trois jours précédents nous vivions un véritable calvaire. On nous avait privés de nourriture et l’ambiance était électrique à l’extérieur avec des centaines de personnes qui ont semé la zizanie pour tenter de libérer leurs proches. Un climat d’insécurité totale régnait dans la prison et les choses ont tourné à l’horreur quand le sous-directeur de la prison nous a menacés avec une arme nous intimant l’ordre de quitter les lieux. Il était près de vingt heures, soit trois heures après l’instauration du couvre feu, et personne n’a voulu obtempérer et braver l’inconnu et les risques qui le guettaient à l’extérieur. J’étais le dernier à vouloir partir puisque, comme je vous l’ai dit, je devais être libéré à 22h00.Face à la désobéissance générale, c’est le directeur de la prison en personne qui est intervenu et il est passé à l’acte en tirant dans le tas avec des balles blanches et en criant « Crevez tous fils de… ». Ce fut la débandade et tout le monde a fui à l’extérieur de la prison. C’est là que l’on s’est retrouvé sous le feu nourri des militaires, et cette fois à balles réelles. Un de mes codétenus a alors été mortellement atteint et j’ai tenté de le secourir. C’est là que les militaires sont intervenus m’intimant l’ordre de m’éloigner de la victime. En reculant j’ai reçu une première balle dans la jambe droite puis une seconde dans l’autre jambe. Je suis resté livré à moi-même dans un état proche de l’agonie gisant dans mon sang de 20h00 jusqu’au lendemain à 10h00 avant que les secours n’arrivent. Aujourd’hui encore j’ai du mal à croire que je suis encore en vie. J’ai vu la mort de près ! »

Karim Haouet

Dr Karim Haouet, Chef du service des urgences, « Seule l’insécurité nous a pris de court »

« Vu la tournure que commençaient à prendre les événements, nous avons senti venir les choses et nous nous sommes préparés à toutes les éventualités sur tous les plans ; psychologique, logistique, technique et médical. Mais ce que nous n’avions pas prévu et qui nous a un peu pris de court c’est l’aspect sécuritaire. Vous n’êtes pas sans savoir que l’hôpital Charles Nicolle est un hôpital de ville dont l’accès est ouvert sur la rue principale et facile d’accés pour tous. Je dois avouer que nous avons vraiment travaillé dans une ambiance de stress énorme et, surtout, d’insécurité que nous n’avions jamais connues durant toute notre vie. Tout le personnel vivait une angoisse qui atteignait parfois son paroxysme face au déferlement des patients qui nous ont assaillis accompagnés d’individus eux-mêmes pris de panique et les nerfs à fleur de peau. Comme quoi, malgré toutes les précautions que l’on peut prendre, il y a toujours des impondérables. Au delà de l’aspect technique et médical, c’est donc l’insécurité qui a été notre unique ennemi. La problématique qui se posait à nous était de gérer les situations délicates ; comment acheminer les blessés vers les différents services, d’autant plus que les ambulances étaient la cible d’une grande suspicion ? Comment canaliser la colère des parents de victimes ? Comment distinguer les vraies victimes des gens malintentionnés ? La situation était vraiment délétère et aurait pu basculer à n’importe quel moment, voire tourner au drame. D’où justement le grand mérite de tout le personnel, médecins, infirmiers, paramédicaux et les nombreux bénévoles qui se sont présentés spontanément pour donner un coup de main. Malgré tous les aléas, aucune défaillance n’a été constatée et toutes les équipes ; urgentistes, chirurgiens, orthopédistes, radiologues, étaient prêtes à faire face à toutes les éventualités. Tous les patients qui ont afflué par dizaines ont été pris en charge sans exception aucune et dans les meilleures conditions. Bref, personne ne s’est laissé envahir par le doute ni faibli, et pourtant Dieu sait si nous avons été bousculés. Nous étions sur le qui-vive 24 heures sur 24 et avons assuré notre mission avec bonheur ». Qui donc de l’agression dont aurait été victime l’hôpital, et plus particulièrement le service des urgences ? « Tout ce qui a pu être dit ici et là n’a rien de vrai. Il ne s’agit que de simples rumeurs qui ont eu pour seul effet d’avoir compliqué d’autant notre tâche. Tout juste avons-nous entendus quelques cris lointains, en provenance peut-être de l’enceinte de l’hôpital lorsque, nous a-t-on dit, de simples énergumènes auraient tenté d’escalader le mur d’enceinte, mais qui auraient été rapidement éconduits par le personnel. Sauf que, malheureusement, c’est ce qui accentué le climat d’insécurité qui régnait déjà chez des personnes directement concernées et qui n’avaient pas besoin de stress et de pression supplémentaire, eux qui étaient déjà inquiets pour leurs familles et leurs proches. Je tiens encore à insister sur le fait que nous n’avons subi aucune agression, ni sur les personnes physiques, ni sur les biens de l’hôpital ». Sinon, comment les ambulanciers auraient vécu cette situation peu enviable de cible potentielle à la vindicte populaire face aux rumeurs qui ont circulé ? « Vous dire que cela n’a pas été mal vécu par les ambulanciers serait vous mentir. Franchement, ils étaient tous envahis par un fort sentiment de peur pour leur intégrité physique, mais, à leur crédit, aucun n’a rechigné à la besogne. Je n’ai vu aucun ambulancier refuser d’accomplir une mission, quelle qu’elle soit, ni dire non à une quelconque instruction. Bien au contraire ! »

111 blessés, 11 morts

C’est le nombre de cas directement recensés au sein de l’hôpital Charles Nicolle selon les chiffres que nous a livrés Mongi Khemiri. Sur les 11 morts, 8 l’étaient déjà à leur arrivée et 3 sont décédés sur place pour avoir été acheminés tardivement, toujours selon le directeur de l’établissement. L’hôpital a certes accueilli un plus grand nombre de morts, mais il s’agit de décès transférés à partir d’autres institutions hospitalières sur le compte desquels ils sont comptabilisés. En ce qui concerne le nombre de blessés, actuellement il n’y a plus aucun état grave à signaler et la majorité d’entre eux ont regagné leurs domiciles. Enfin, tous les cas de décès ont été soumis à des expertises approfondies afin de facilité toute éventuelle enquête ultérieure

Mongi Khémiri – Directeur de l’hôpital

Qu’en est-il au juste de cette fameuse agression dont aurait été victime votre établissement ?

Comme lors de n’importe quel événement de ce genre, il y a toujours des débordements et des pillages. Ce qui s’est réellement passé à l’hôpital Charles Nicolle ce fameux soir du 15 janvier ne fut qu’une simple tentative de la part d’une bande de voyous victimes d’addiction à la recherche d’alcool ou de médicaments pour assouvir leurs besoins. Et, pour ces personnes en manque, l’hôpital représente l’endroit idéal où l’on peut trouver ce genre de produits. Mais, à peine ont-ils eu le temps de s’approcher des murs de l’hôpital pour les escalader qu’ils ont été repoussés par le personnel présent ce soir là. Le chaos régnant dans tout le pays aidant, il n’en fallait pas plus pour que cet incident banal prenne les proportions que vous connaissez.

Comment cette fameuse soirée a-t-elle été vécue de l’intérieur ?

L’incident s’était produit peu avant 22h00. Quelques minutes plus tard, l’information a commencé à prendre l’ampleur que vous savez, et c’est là que le personnel s’est un peu laissé envahir par la panique, notamment face à l’incertitude qui planait. Une certaine forme de peur de l’inconnu s’est peu à peu installée, pendant près d’une heure, jusqu’à l’arrivée des militaires et des agents de police, vers 23h00. Par contre, les collègues et familles qui étaient chez eux ont très mal vécu la situation et, personnellement, j’étais assailli de coups de fil jusqu’à près de 2h30 du matin. J’en ai même reçu de la part d’amis vivant à l’étranger. Même si elle fut exagérée, cette inquiétude est toutefois légitime car, si la sûreté de la plus grande structure sanitaire du pays est en danger, cela peut laisser croire qu’aucune autre structure n’est à l’abri et il y va de la sécurité même du malade et de la santé en Tunisie dans son ensemble.

En quoi l’intervention des forces de l’ordre a-t-elle calmée les choses ?

N’ayant constaté aucune forme d’agression armée, militaires et policiers se sont attelés à rassurer tout le monde en visitant tous les services de l’hôpital, un à un, assurant qu’ils veillaient au grain à la sécurité et qu’ils répondraient immédiatement à tout appel. Ce qui a eu pour effet de décider tout le monde à rester à son poste pour poursuivre sa tâche en toute sérénité. Depuis, des rondes nocturnes sont assurés quotidiennement.

Vous-même vous étiez sur le qui-vive ?

Il est vrai que je suis présent à l’hôpital à raison de 12 heures par jour, mais je n’ai aucun mérite en comparaison avec les sacrifices consentis par les membres du personnel sur le terrain. Tout juste si je suis là pour coordonner le travail administratif et coordonner les choses, sans plus.

Et cette histoire d’ambulances volées à des fins criminelles ?

Aucune ambulance, encore moins véhicule, appartenant à l’hôpital n’a manqué à l’appel et n’a fait l’objet de menaces. D’ailleurs cela ne risque pas dans la mesure où nos ambulances sont utilisées quasi exclusivement à l’intérieur même de l’enceinte de l’hôpital pour transférer les patients entre les différents services étant donné que nous disposons de l’ensemble des infrastructures et moyens nécessaires. Nous n’avons donc aucunement recours à des services extérieurs, toutes les commodités sont disponibles sur place. Le seul besoin externe, et pour lequel nos ambulances sont obligées de sortir, c’est l’approvisionnement en sang de la banque du sang qui se situe d’ailleurs à quelques centaines de mètres de l’hôpital. Dans ce cas, nos ambulanciers se déplacent avec un ordre de mission établi par l’administration de l’hôpital.

Il est vrai que les choses se calment au fur et a mesure, mais nous avons constate la présence d’un seul agent de sécurité devant la porte des urgences. Ne pensez-vous pas que c’est insuffisant ?

Lors des jours précédents, marques par un rush massif, nous avons affecte cinq agents de sécurité aux urgences. Aujourd’hui, il n’y a plus le feu a la maison et le nombre de blesses a baisse progressivement depuis le 17 janvier, il est donc inutile d’en faire trop. En plus, nous voulons éviter de créer encore plus de tension chez les gens par la présence d’un personnel de sécurité important. Au contraire, nous préférons les mettre a l¡¦aise pour mieux les prendre en charge.

A propos de la période de rush, comment vous êtes vous justement organise pour y faire face ?

Comme dans tout genre d¡¦accident, nous sommes toujours prêts, aussi bien sur le plan psychologique que logistique. D¡¦ailleurs,quelques jours plus tôt nous avons géré une autre situation d’arrivée massive de blessés avec l’accident du bus de la route de la Marsa. Nous avons même une procédure préétablie que nous appelons « Plan blanc » pour gérer toute situation de catastrophe. Nous avons aussi renforcé les équipes travaillant aux urgences, essentiellement par des médecins « seniors » en chirurgie et en orthopédie (professeurs et chefs de service, ainsi que du personnel médico-technique (radiologie et laboratoire), sans oublier celui de la pharmacie pour assurer une distribution optimale des médicaments. Ensuite, nous avons modifié l’organisation du travail, en fonction du couvre-feu avec des équipes travaillant de 8h00 à 16h00 et d’autres de 16h00 à 8h00, afin d’assurer un service permanent.

Vous n’avez donc souffert d’aucune insuffisance en produits et en matériel ?

Au niveau des médicaments, et en temps normal, nous avons des stocks pouvant répondre aux besoins de deux mois d’activité, et nous nous approvisionnons régulièrement. Dans le cas présent, nous venions justement de recevoir la livraison pour janvier et février. Même l’oxygène et le sang étaient disponibles en quantités suffisantes. En plus tout le personnel s’est proposé au don du sang. Notre seule crainte était de ne pas disposer d’assez de fixateurs pour maintenir les fractures et de provisions alimentaires pour nourrir les 600 malades et près de 300 membres du personnel présents tous les soirs. A ce propos je tiens à remercier notre fournisseur de fixateurs qui a livré, dès le vendredi 14 janvier à 17h00, pour près de 20.000 dinars de marchandises sans réclamer son dû. En ce qui concerne les produits alimentaires, tous nos fournisseurs ont répondu à l’appel, et nous nous sommes approvisionnés par nos propres moyens auprès de ceux qui ne pouvaient se déplacer.

Qu’avez-vous à dire pour finir ?

Je tiens à exprimer toute la douleur que j’ai ressentie face aux cas horribles que j’ai eu à voir et à exprimer toutes mes condoléances aux familles de victimes dont le désarroi et le malheur m’a profondément touché. Ce fut vraiment une épreuve très dure à vivre, d’autant plus que la grande majorité des victimes, pour ne pas dire toutes, sont des jeunes. 

samir

Samir, « Ils ont voulu m’achever en tentant de m’écraser sous un bus »

« On était le jeudi 13 janvier et alors que je regagnais mon quartier de Cité Ettahrir après une dure journée de labeur, je me suis retrouvé en plein dans une manifestation qui a fini par dégénérer. Au début, les agents de l’ordre ont commencé à nous bombarder de bombes lacrymogène et puis, soudain, je vois un premier jeune tomber dans une marre de sang juste sous mes yeux. Je n’ai pas compris pas ce qui arrivait et je me suis approché pour savoir ce qu’il en était. C’est alors que je fus touché à mon tour, mais heureusement que la balle m’a seulement atteint aux jambes. Certaines personnes ont tenté de me secourir, mais devant les rafales de tirs, ils ont fini par lâcher prise m’abandonnant au bord de la route. Et ce n’est pas tout, puisqu’une bombe lacrymogène a atterri à quelques centimètres de ma tête, ajoutant à mon calvaire. J’ai même failli y laisser ma jambe puisque les policiers qui étaient lancés à la poursuite des manifestants ont même tenté de me passer sur le corps avec le bus qui les transportait. Je n’ai dû mon salut qu’à un réflexe de désespoir qui m’a permis de me traîner jusqu’au trottoir évitant le pire de quelques centimètres. J’ai vraiment vécu un moment horrible ».

Le Plan blanc

Pour faire face à une situation exceptionnelle d’afflux massif de victimes,et conformément à la circulaire 200250 de la Direction générale de la santé, l’hôpital Charles Nicolle a mis en place un « Plan blanc » qui a pour objectif d’assurer la coordination, la répartition et le renforcement des moyens disponibles en pareilles circonstances. Disponible sous forme de deux exemplaires, l’un au secrétariat de l’administration et l’autre au secrétariat du service des urgences, ce plan se présente sous forme de deux classeurs accessibles 24 heures sur 24, comportant des « fiches réflexes » et le listing du personnel. Il fait l’objet d’une mise à jour annuelle transmise à la direction générale et au SAMU. L’actualisation des fiches réflexes et la mise à jour du listing du personnel sont effectués par les membres de la Commission de suivi des urgences de l’hôpital. Le déclenchement de ce plan est décidé conjointement par le directeur du SAMU et du directeur général (ou le directeur de garde) de l’hôpital Charles Nicolle. Une Cellule de crise locale, présidée par le directeur de l’établissement et composée de nombreux cadres de l’hôpital, est à son tour contactée afin de mettre en place l’organisation en fonction des procédures prévues par ce plan.

Seifeddine Rhimi

Seifeddine Rhimi, « Les policiers nous frappaient directement sur nos blessures »

« Le mercredi 12 janvier, je me trouvais au centre ville alors que le couvre feu était instauré. Il était déjà 20h30 et je me suis trouvé obligé de rentrer à pied. Arrivé à mon quartier de Sidi Hassine, la manifestation battait son plein et j’ai décidé d’y participer avec mes camarades et j’ai vu alors de nombreux gamins se faire tabasser sans scrupules. Mais les bombes lacrymogènes et les balles en caoutchouc ont rapidement cédé la place aux balles réelles. Et, pendant que j’essayai de porter secours à un ami blessé, j’ai à peine eu le temps de lever la tête pour voir le sniper me viser directement. Heureusement que je n’ai été atteint qu’aux jambes, mais le plus dur était à venir. Après une demi-heure, gisant au milieu des gaz lacrymogènes, la police est venue nous cueillir, moi et mon ami, pour nous emmener au poste en nous trainant par terre malgré nos blessures. Et là nous avons eu droit à toutes formes d’insultes et d’humiliation (crachats) sans oublier les actes de violence avec des coups portés directement sur les entailles occasionnées par les balles et des brulures à l’aide de mégots de cigarettes. Un calvaire qui a duré plus de deux heures, jusqu’à l’arrivée des secouristes, et qui s’est poursuivi à l’intérieur de l’ambulance malgré les injonctions des infirmiers sur la gravité de notre état, en vain ! ».