A la Une

Rompre avant le mariage : il m’a larguée !

Publié le
Rompre avant le mariage  : il m’a larguée !

Être largué(e) à quelques jours de son mariage vous paraît un rebondissement dans un scénario de film ? Détrompez-vous, ça arrive chez nous à chaque saison des mariages.

par Salem Djelassi

Tout d’abord on va vous raconter l’histoire d’une jeune Américaine larguée par son fiancé  à quelques jours de ses fiançailles en 2014. Cette histoire, relayée par les journaux et les sites américains, a fait le tour du monde.

Ce devait être le plus beau jour de sa vie. Shelby Wink, une jeune Américaine, devait se marier en novembre. Mais, à quelques jours du jour J, son fiancé a décidé qu’il ne voulait plus passer le reste de sa vie avec elle. « J’étais complètement sous le choc et je n’avais aucune idée de quoi penser ou faire », raconte la jeune femme, sur le site Offbeatbride (en anglais).

A quelques jours de la date fatidique, des amis suggèrent de détruire la robe. « Au début, ça paraissait fou. Ma mère a dépensé tellement d’argent pour cette robe que je n’osais même pas lui suggérer l’idée », raconte-t-elle. Finalement, sa famille et ses témoins acceptent de se prêter au jeu.

Le jour J, la jeune femme a lancé ses proches à asperger la robe de peinture multicolore, sous le regard d’un photographe. « Au moment où la peinture a touché ma robe, j’étais libre. Toutes les déceptions, les blessures… Tout a disparu. Je ne peux même pas décrire à quel point cette expérience était libératrice et cathartique pour moi », raconte-t-elle.

Voici une réaction salvatrice et  » libératrice  » que peu de femmes ou d’hommes peuvent réussir. C’est que la situation est très difficile et surtout lorsque les invitations ont fait le tour des deux familles et que les engagements avec les fournisseurs de services pour la fête ont été signés. Sous nos cieux, c’est d’autant plus dramatique que l’institution du mariage n’est pas tournée sur l’individu mais sur le groupe. Autrement dit, il y a la  blessure intérieure de la personne qui est aggravée par le qu’en-dira-t-on et le terrible regard social qui est sans merci dans les sociétés arabes.  » C’est très difficile, surtout pour les filles qui, malheureusement en Tunisie,  continuent à baser toute leur vie et leur image sociale sur le mariage, dit Leïla, une assistante  sociale dans la banlieue nord de Tunis. J’ai assisté à des cas de dépressions et de tentatives de suicide dans beaucoup de quartiers. Et, lorsque j’ai pu parler à ces filles, elles m’ont dit qu’il y avait ce sentiment d’être trahie mais ce qui les rendait le plus fragiles c’est leur image entachée après un pareil acte. Les jeunes Tunisiennes accordent beaucoup d’importance à leur réputation pour trouver un mari et lorsqu’elles sont larguées, elles sentent que cette réputation a été écorchée, ce qui les empêchera de trouver à nouveau un mari …. Ce qu’elles cherchent peut-être, c’est le mariage et pas le mari!  »

Caprices et querelles de clochers

Mais pourquoi les filles sont-elles larguées quelques jours avant leur mariage ! Deux causes essentielles à l’origine : le rapport des familles et les problèmes financiers. Car c’est à ce moment-là que le rêve bleu de la vie à deux dans un nid d’amour se heurte à la dure réalité. C’est-à-dire quand on commence à compter, à exiger des choses en plus et à poser des conditions  sine qua non. Car finalement, les familles sont encore très influentes dans les mariages. Elles sont peut-être de moins en moins impliquées dans le choix du conjoint mais elles  prendraient  leur « revanche », en quelque sorte, lorsque la cérémonie approche et commencent à exiger une foule de détails supplémentaires, propres à sortir  le mari « de ses gonds « . Un journaliste tunisien observe  à propos de ces « saignements économiques » qu’il s’agit d’un vrai festival du  » m’as-tu-vu ?  » qui se passe chaque année.  » Tous les désirs de concurrencer l’autre prennent le dessus, toutes les rancœurs, tous les caprices et tous les fantasmes, dit-il, car à tout prendre, ce sont les fantasmes des mamans des mariées qui veulent se réaliser à travers la fille dans la plupart des cas. C’est pour cela qu’elles commencent à changer à l’approche de la cérémonie. Et les filles n’ayant pas encore coupé le cordon ombilical avec leur maman, elles, acceptent le jeu au risque de faire fuir le mari.  »  Et il y a des hommes qui, au risque  de perdre tous les investissements financiers avancés pour la cérémonie, sont prêts à lâcher la mariée et la famille. Mis à part les caprices, il y a les querelles de clochers qui risquent de se déclencher entre la famille. Comble de la démocratie, un journal people de la place rapporte qu’un mariage a été annulé à cause d’un différend politique entre les deux familles, l’une étant proche d’Ennahdha  et l’autre de Nidaa tounes. Lors d’une réunion de famille, une dispute idéologique  entre le père de la mariée et celui du mari à éclaté. Le père de la mariée, à tendance islamique, a exigé que la cérémonie sépare  les hommes des femmes, ce qui a provoqué la colère du père du mari qui a enchaîné avec un discours bourguibiste. On imagine le reste ! La jeune fille musulmane et pratiquante a dû obéir à son père et laisser tomber  » cette famille de mécréants « .

Amoureuse d’un autre à J-7

Oui!  Mais cela n’arrive pas qu’aux femmes. D’ailleurs cet homme, qui eu la malchance d’avoir (ou presque) un beau-père islamiste, est considéré comme largué par sa femme ou plutôt par toute l’idéologie d’un parti.
Force est de croire que si on va parler chiffres, ce sont les femmes qui se font plus larguer que les hommes. Et, même s’il n’y a pas de statistiques, c’est supposé être un phénomène  mondial qui ne concerne pas un pays en particulier. A quelques jours du mariage, il est rare qu’un homme se fasse larguer chez nous, parce que c’est lui qui porte le plus gros des dépenses du mariage. Cela dit, on assiste, de temps en temps, à des  » accidents  » du genre. La cause peut être la même que chez les femmes. « Quelquefois, c’est la mariée qui fait ce qu’on appelle un coup de gueule, dit cet huissier habitué à rédiger des contrats de mariage, j’ai vu tellement de  femmes coléreuses le jour de leur mariage ! Il y a des hommes qui sont vraiment à plaindre. Pour un oui ou pour un non, j’ai vu deux fois des femmes bousculer la table, quitter la pièce pleine d’invités et refuser de signer le contrat. C’est souvent sur un propos lâché par la famille du mari ou pour quelque chose d’autre mais il existe d’autre cas.  »

Sur un autre plan, les femmes subissent aussi des pressions de la part de leurs parents qui finissent par avoir raison de leur volonté et les pousser à annuler leur mariage, à la dernière minute. L’une des raisons les plus » légitimes  » pour larguer un mari reste bien entendu l’amour. Et les femmes, c’est bien connu, ne reculent devant rien lorsqu’elles sont amoureuses … Pas du mari qu’elles vont épouser dans quelques jours … Mais il arrive qu’elles éprouvent ce sentiment pour un autre, à deux doigts du jour J.  » Ma sœur a vécu un cas similaire ! dit Hédia, une semaine avant son mariage, elle a rencontré un Italien. Ils sont tombés amoureux fous l’un de l’autre … Elle ne pouvait plus dormir ! C’était très fort. Elle a été assez honnête pour le dire à celui qui allait être son futur mari et lui demander, par la même occasion, de tout annuler « .

Les voies du cœur sont impénétrables. Et l’amour reste peut-être la seule excuse valable pour celui  qui abandonne son partenaire à quelques jours du mariage.

Souheil, 35 ans, banquier
A quelque chose, malheur est bon !
C’est l’un de mes amis les plus proches qui a vécu cette terrible situation. Cela s’est passé dans l’enceinte de la prestigieuse Municipalité de Tunis, le jour où le contrat de mariage allait être signé. Tous les invités étaient là. Les collègues de travail aussi, dont une femme avec qui mon ami avait eu une relation dans le passé. Il a eu le malheur de le déclarer à sa future femme dans un élan de franchise. Mais voici que celle-ci jette son bouquet de fleurs par terre, pousse le mari et quitte la salle en vociférant. Rien que parce que la collègue en question était dans la salle. Moi je lui ai dit… À quelque chose, malheur est bon !

Slim, chef de troupe musicale.

Cela s’est passé l’année dernière. Le mari a pris contact avec ma troupe pour qu’on lui assure une soirée dans une grande salle de fêtes d’un hôtel de la banlieue nord. Il a insisté en plus à ce qu’on soit ponctuels. Le jour J, on commence à jouer en attendant la mariée on a joué pendant deux heures et personne ne s’est présenté  (ni la mariée, ni le mari) à part les invités qui commençaient à s’inquiéter sans rien comprendre. Puis la salle a commencé à se vider, on ne voyait plus les familles des deux mariés. Quelques invités commençaient à se douter de quelque chose. Cela faisait trois heures et demi qu’on jouait de la musique, lorsque le directeur des banquets à l’hôtel m’informe que le mariage vient d’être annulé et que le mari a quitté le pays semble-t-il. J’espère que vous avez pris votre cachet à l’avance me dit-il.

Mariage où enterrement ?

Quand on parle de femmes larguées et d’hommes mal dans leur peau, le film “Quatre mariages et un enterrement” reste le film culte, surtout dans la scène où Hugues Grant dit “non” le jour J. 
Charles arrive à cet âge « ingrat » où sortir le week-end, c’est assister aux mariages des autres. Avec quelques amis, il  forme la bande des irréductibles célibataires  qui résiste, vaille que vaille, à l’appel croissant de l’âge et des conventions sociales. Mais Charles succombe au charme de Carrie, une Américaine libérée malheureusement destinée à se marier ailleurs…

Le désarroi des hommes

L’attrait tout particulier de cette comédie romantique, son charme irrésistible, n’en déplaise aux fans d’Andie Mac Dowell, c’est Hugh Grant qui affiche derrière ses angéliques yeux bleus un sex-appeal inégalable. Faussement désinvolte et innocent, il incarne le désarroi masculin à coup de gaffes, d’autodérision et de timidité, et fait le portrait de l’anti-macho, d’un nouvel homme qui ne joue plus les gros bras mais s’interroge sur sa virilité. Avec ses allures de boîte de chocolat enrubannée, ses décors de garden-party bourgeoise et ses faux airs de « ne-pas-y-toucher », le film trace le portrait d’une nouvelle génération de trentenaires, toujours célibataires, pris entre des idéaux, des conventions sociales et de nouveaux rapports amoureux. Charles, au fur et à mesure des mariages, de plus en plus dépité par ses déboires amoureux, s’interroge sur le sens de cette institution. Cette interrogation – y croire ou non? -, que l’on stigmatise d’ordinaire chez les jeunes filles nubiles comme le complexe du Prince Charmant, se trouve finalement dans la bouche d’un homme dépassé par les nouvelles femmes libérées. Car c’est bien lui qui est séduit, à coup de chapeau noir et d’œillades langoureuses, entraîné dans des chambres d’hôtels, abandonné au petit matin. Et, sans doute, le rôle sulfureux d’Andie Mac Dowell, cinq ans plus tôt dans « Sexe, mensonges et vidéo »  de Steven Soderbergh, a dû influencer le casting de « Quatre mariages ». Libérée, indépendante, comptant 33 amants du bout des doigts, Carrie l’Américaine incarne cette féminité qui s’assume, sait ce qu’elle veut et choisit ses amants, une femme tout simplement décomplexée. En face d’elle, un homme à qui il faudrait « trois semaines pour faire sa déclaration », inoubliable dans son bermuda bleu marine, sa chemise passablement jaune et ses petites chaussettes, avec cet air de toujours sortir du lit. Quatre ans plus tard, la même équipe (Working Title et Ducan Kenworthy, les producteurs, Richard Curtis, le scénariste, Hugh Grant le beau gosse maladroit et une star américaine, Julia Roberts) réinventaient dans « Coup de foudre à Nothing Hill » le conte de fée moderne élaboré par « Pretty Woman », en inversant le mythe et en suivant les nouveaux rapports hommes-femmes, la Princesse et le Berger.