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L’avez vous vue passer ?

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L’avez vous vue passer ?

De janvier à décembre ? De septembre à août ? Avec ou sans les coupures -religieuses, scolaires- les échéances professionnelles ou sociales, les rendez-vous ?

Et vous, comment comptez-vous le temps, les années qui passent ?

Je ne sais pas si c’est par refus de grandir, je suis restée scotchée au calendrier scolaire. Dans ma tête, mon année commence début septembre avec les préparatifs de la rentrée, la rentrée elle-même et son lot de réinscriptions des enfants à leurs clubs favoris, d’adaptation –notamment reprise du rythme de sommeil-, de course aux fournitures – quoiqu’on fasse, il y a toujours un truc qui manque -. Viennent ensuite les vacances d’automne, on souffle, comme le vent qui commence à soulever les feuilles mortes…
Puis les choses sérieuses commencent, le travail bat son plein et les enfants attaquent les examens. Chaque journée bouscule l’autre. Allez, allez, dépêche toi de te terminer !!!
On lève la tête, papa noël est déjà là dans son traîneau, prêt à distribuer ses cadeaux. Quatre mois viennent de s’envoler, des oiseaux qu’on a dérangés et qui disparaissent affolés dans les nuages…
Les avez-vous vu passer ? non ? Moi non plus… Tels les grains de sable du sablier, ils ont filé entre les crayons de couleur et se sont éparpillés aux quatre vents.
C’est la grande pause de décembre, le réveillon…
Janvier nous accueille avec ses paradoxes, il fait froid de hors et chaud sous nos toits. C’est le seul moment où je me dis qu’une année vient de se terminer et qu’une nouvelle année commence avec ce mois qui célèbre Janus, Dieu des commencements et des achèvements, des choix, des clés et des portes… heureusement c’est aussi l’un des plus longs. 31 jours. Comme s’il voulait bien nous donner le temps de nous installer dans les starting-blocks. Plus que six mois, qui vont passer comme une étincelle dans une traînée de poudre, et mon année va se terminer. Car bien sûr, je ne compte pas l’été. L’été personne ne fout rien. Alors même si je voulais travailler, je nagerai dans une mer d’incompréhension.
Autant plonger dans les eaux chaudes de ma mère Méditerranée.
Autant le regarder en face ce temps qui passe.
Autant prendre le temps de les compter seconde après seconde ces journées qui filent entre nos doigts comme du sable chaud.
Autant nous écouter respirer, nous regarder vivre, s’arrêter net comme une horloge qu’on a oublié de remonter.
Le temps, le temps, le temps et rien d’autre. Le mien, le notre, celui qu’on partage avec ceux qu’on aime.
Une caresse, un enfant blotti dans mes bras de mère, ouverts, accueillants, chaleureux, amoureux, alanguis… une
tête qui se pose sur ma cuisse, un baiser, l’eau qui nous berce, puis mon poids allégé par les flots à son tour porté par mes petits, on s’éclabousse, on joue aux cartes, on se parle, on se redécouvre, on s’écoute, on s’aime… On sent bien que ces moments sont l’essence même du précieux et du beau.
On dessine ensemble ces images qui resteront à jamais gravées dans le coeur de nos enfants. Car ce temps-là ne passe pas. Il demeure à jamais dans la maison chaleureuse de la mémoire des beaux moments.
Les années s’effacent, j’ai arrêté le temps l’espace de ces instants forts comme le soleil et qu’ils garderont pour toujours au milieu de leurs trésors rapportés de vacances : galets, coquillages et… souvenirs.
J’ai décidé que pendant deux mois, même si je sais bien que je ne pourrai jamais le maîtriser, j’allais le regarder
passer. Que je resterai là, face à ce cheval indomptable, que je n’en aurai plus peur et qu’on s’observera avec respect. Il me permettra de souffler dans ma course contre lui et de mon côté, je lui montrerai mon respect.
Profitez-en aussi, chaque instant.

Senda Baccar