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Le mélanome en 10 questions

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Le mélanome en 10 questions

Il représente une minorité des cancers de la peau, mais c’est le plus grave d’entre eux. Lorsqu’il est détecté tôt, au tout début de son développement, il peut être guéri. Le point en 10 questions avec notre spécialiste, le Dr Hana Mhalla, dermatologue.

par Hela Kochbati

1) Qu’est-ce que le mélanome ?

Le mélanome est une tumeur maligne de la peau qui touche les mélanocytes, les cellules qui pigmentent la peau. Ces mélanocytes deviennent des cellules cancéreuses. Le mélanome est une maladie tumorale de la peau qui devient de plus en plus fréquente dans notre pays. La fréquence du mélanome est à 4 % chez les hommes et de 3 % chez les femmes. Il est plus fréquent chez les hommes que les femmes. Il peut avoir un retentissement vital très grave et cela dépend du stade du diagnostic. Si cette tumeur est prise en charge au début de son apparition, le pronostic de guérison est bon. Si la tumeur est prise, un peu plus tardivement, il  risque d’y avoir  des métastases et une extension ganglionnaire. Le traitement va être très lourd ainsi que le pronostic. Le mélanome touche toutes les populations mais sa fréquence est plus importante dans les populations à phototypes clairs. On trouve beaucoup plus cette maladie tumorale dans certains pays comme l’Australie. Par ailleurs, il y a un terrain favorable lorsqu’il existe une prédisposition génétique. Par ailleurs, les personnes ayant beaucoup de naevus atypiques, ont beaucoup plus de risques de développer un  mélanome.

2) Comment se fait le diagnostic du mélanome ?

Pour le diagnostic, il faut que chaque personne ait une auto-surveillance de la peau. Pour cela, il faut regarder ce qu’il y a dans la peau, si des taches prennent naissance, des angiomes apparaissent et faire la différence entre eux. Il faut également regarder  les naevus (grains de beauté). Il faut les examiner, les toucher et les palper. Dans le cas où  on trouve une modification de plusieurs aspects, le médecin  dispose d’une classification ABCD.  A : s’il y a un changement de l’aspect de la lésion, l’irrégularité et l’asymétrie. B concerne une modification des bords, parfois le bord de la lésion mélanocytaire devient irrégulier et par conséquent il faut consulter. C : c’est une modification  de la couleur. Lorsque la couleur devient plus foncée ou parait hétérogène, il faut aussi consulter. D : c’est le diamètre et donc là il y a une modification avec une augmentation de l’épaisseur et du diamètre. S’il y a un changement au niveau du naevus, il faut rapidement consulter. Le mélanome peut apparaître sur des naevus  ou survenir à partir d’une peau saine. S’il y a une variation d’une nouvelle lésion qui évolue, il faut faire le diagnostic. Le médecin  examine la peau. Il doit examiner les naevus et surtout les naevus atypiques avec le dermatoscope. C’est un appareil, comme une loupe,  avec un fort grossissement. On voit bien les lésions. Il y a également des critères pour parler de tumeur maligne. S’il y a une lésion suspecte, il faut faire une biopsie-exérèse. Il faut l’enlever complètement. Dans le cas où on suspecte un mélanome, il  faut enlever toute la lésion alors que dans d’autres cancers, on réalise une petite biopsie, on n’enlève pas toute la lésion. Par contre, quand on suspecte un mélanome, on fait l’ablation de toute la lésion avec des marges, suivie d’un examen anatomopathologique pour confirmer le diagnostic du mélanome.

3) Quels sont les types de mélanomes ?

Pour le mélanome, Il y a une classification histologique. C’est très important pour le diagnostic, il y a l’indice de Berthelot et l’indice de Clark. Cette classification  dépend de l’épaisseur de l’extension et de l’envahissement  du mélanome en profondeur. On distingue plusieurs types et sous-types de mélanomes, selon leurs  caractéristiques. On cite  le mélanome nodulaire qui présente une consistance nodulaire qui peut s’ulcérer, le mélanome superficiel qui se manifeste par une tache difforme ou un grain de beauté non homogène, irrégulier et de couleur rouge, noire ou brune, le mélanome de Dubreuil qui ressemble à une tache de vieillesse. Quand au mélanome acral, il prend la forme d’une tache brune et qui se développe au niveau des extrémités.

4) Comment évaluer le pronostic du mélanome ?

Le pronostic du mélanome dépend de plusieurs facteurs. Il est en corrélation avec l’examen histologique et donc l’anapathologie de la lésion. On détermine par l’histologie la profondeur tumorale. Il y a également la classification des stades, le premier stade quand la tumeur est localisée au niveau de la peau, le second stade lorsqu’il y a une extension au niveau des ganglions, ou bien le stade tardif avec les métastases qui sont de très mauvais pronostics. Par ailleurs, pour le pronostic, les mélanomes qui sont localisés au niveau des extrémités ont un meilleur pronostic que les mélanomes qui sont au niveau du tronc, du cou  et de la tête.  Le mélanome de cuir chevelu a un mauvais pronostic. Les mélanomes au niveau des paumes de la main, des ongles et de la plante  des pieds n’ont pas de bons pronostics. En outre, le mélanome dépend de la récidive et la rapidité du diagnostic. Plus on diagnostique tôt, meilleur est le traitement et meilleur est le pronostic. Et quand le pronostic se fait tardivement, il est mauvais.

5) Quel est le rôle de l’hérédité dans la survenue d’un mélanome ?

Plusieurs gènes ont été détectés à l’origine du mélanome.  Il y a encore plusieurs recherches scientifiques sur cette maladie tumorale cutanée. Par ailleurs, des gènes ont été décelés chez des familles qui ont une fréquence très importante de d’apparition du mélanome.  Il y a toujours dans les cancers, une responsabilité génétique et dans le mélanome, il y a des gènes qui favorisent l’apparition des mélanomes que chez les patients par rapport à des personnes qui ne disposent pas de ces gènes.

6) Comment atténuer le risque de l’apparition d’un mélanome pour les patients qui présentent une prédisposition génétique ?

Le mélanome apparaît plus dans les régions ensoleillées et chez les sujets qui s’exposent trop au soleil. Le soleil est un facteur aggravant et un déterminant stimulant l’apparition d’un  mélanome. Par conséquent, il faut éviter l’exposition au soleil. La fréquence du mélanome a augmenté parce que les gens s’exposent beaucoup, se bronzent, et surtout s’exposent sans protection. Les personnes qui ont  des mélanomes dans leurs familles ne  doivent pas s’exposer au soleil. Il est nécessaire d’utiliser des crèmes anti-solaires à indice de protection élevé et surveiller sa peau. Le dépistage dans ce cas est important. Les gens qui ont la peau claire,  qui ont beaucoup de taches de rousseur et des naevus (grains de beauté)  doivent être  surveillés d’une manière rapprochée au moins une fois tous les trois ou  six mois.

7) Quels sont les facteurs de risques dominants et déterminants pour le mélanome ?

Les facteurs de risque sont l’hérédité,  les phototypes clairs. Il y a également l’exposition prolongée au soleil. Les gens qui ont eu des brûlures très graves dues au soleil peuvent développer au niveau des zones lésées un mélanome. Aussi,  comme tout cancer, il y a le facteur du stress qui stimule la multiplication et la croissance des cellules cancéreuses.

8) Comment se fait la prise en charge du mélanome ?

Le premier traitement du mélanome est la chirurgie. Il faut faire une exérèse de la lésion et une biopsie. Il faut être sûr que la marge de l’exérèse est atteinte. Sinon, il faut élargir l’exérèse. Il y a un protocole thérapeutique, où on enlève un ganglion, c’est le ganglion sentinelle. On fait une biopsie au niveau des ganglions pour  voir s’il y a  une extension ganglionnaire. S’il y a une extension au niveau des ganglions, on fait une excavation en enlevant  toute la chaîne ganglionnaire. En outre, il y a le protocole de la chimiothérapie. Il y a de nombreuses molécules qui sont utilisées quand il y a une extension ganglionnaire et lors des métastases. La chimiothérapie est préconisée lors d’une étendue ganglionnaire et dans le cas de métastases. Dans le cadre des mélanomes, il y a beaucoup de recherches et d’essais cliniques en cours pour le traitement  de ce cancer de la peau.

9) Existe-t-il des traitements alternatifs autres que la chimiothérapie ?

Il y a l’immunothérapie et les vaccins anti-mélanomes. Le traitement existe et les essais cliniques sont en cours. L’immunothérapie a moins d’effets secondaires que la chimiothérapie. Il y a la stimulation du système immunitaire de l’organisme pour la synthèse des anticorps qui vont détruire les cellules cancéreuses. Sinon, il n’existe pas d’autres traitements à part la prise en charge chirurgicale et la chimiothérapie.

10) Un message et des conseils sur le mélanome

Il faut être conscient de la gravité de la maladie. Le mélanome est un cancer cutané qui peut entraîner des dégâts très importants. Le mélanome est vraiment un cancer très méchant. Certes, il y a des cancers qui touchent une population d’un certain âge mais cette tumeur affecte de plus en plus les populations jeunes.
Il faut prendre soin de la peau des enfants. La prévention au soleil commence dès le jeune âge. Il faut tenir compte du capital soleil. L’essentiel est de se préserver du soleil en portant un chapeau ou une casquette, ne pas s’exposer entre midi et 16 heures, mettre une crème solaire et la remettre toutes les deux heures. Les enfants de bas-âge doivent porter un tee-shirt pour se protéger des rayons solaires quand ils  jouent à la plage.
Par ailleurs, il est important de faire un dépistage. Pour cette raison, il faut sensibiliser et motiver les gens en les rendant conscients du danger et pour qu’ils adoptent plus les mesures préventives. Il s’agit de se faire dépister, examiner et diagnostiquer.
Un mélanome diagnostiqué  au début, est traité et le patient parfaitement guéri.
Un mélanome découvert à un stade tardif ou à la fin, c’est une métastase et  une extension cancéreuse généralisée au niveau de l’organisme (foie, os, cerveau…).