fillette triste

Moi, Ahlem X, 13 ans, violée, mariée de force (à mon violeur)

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J’étais si fière de mon pays en cette année 1991. Je mettais la dernière main à mon DES portant sur cette touchante Convention relative aux droits de l’enfant. La Tunisie faisait partie des premiers pays à l’avoir ratifiée, très vite après sa signature. Dans la foulée, nous promulguions le Code de la protection de l’enfant, faisant figure de
locomotive de plusieurs pays arabes et africains demeurés récalcitrants sur de nombreux points.
 
Dans tous les gouvernorats, les bureaux des délégués de protection de l’enfance concrétisaient auprès de la population notre engagement profond, sincère et sans faille auprès des enfants. Sur les 1500 juges de notre pays, 80 étaient nommés spécialement pour les questions liées à l’enfance. La boucle était bouclée.
Les medias en parlaient régulièrement, consacraient des émissions entières aux enfants. L’enfant redevenu le roi de nos préoccupations au sein des familles, au coeur des écoles, dans toutes les institutions.
Nous lui préparions un contexte serein pour son développement physique et moral.
 
Que penser aujourd’hui de la déliquescence de nos institutions ?
Du désengagement des gardiens de cette protection ? De leur inertie.
De la démission des medias de masse, en particulier de nos télévisions.
 
Le sexe est la question taboue par excellence. Les familles, quelque soit le milieu, ont du mal à aborder une question aussi cruciale dans un contexte pourtant où les pires aspects de la sexualité sont à portée de clic.
Ce qui est sûr dans l’affaire d’Ahlem*, c’est qu’il s’agit d’une mineure. A ce titre, elle a droit à la protection de ses parents. En cas de défection de ceux-ci, elle a droit à la protection des autorités de son pays. Heureusement que la société civile s’est mobilisée pour rappeler aux démissionnaires des droits de l’enfant quelques informations de base.
Car dans la plupart des pays du monde, on s’accorde pour condamner lourdement le viol de mineurs et en particulier par des personnes qui ont un ascendant sur ceux-ci. Les deux étant des circonstances aggravantes.
Il n’est pas tolérable que notre pays continue de tolérer une pratique, le mariage de réparation en l’occurrence,
qui est apparu dans l’antiquité au sein de la Bible de Jérusalem et pré énoncé par le décalogue Hébreux (10ème
commandement) qui le considérait tout de même comme tellement condamnable qu’elle interdisait à son auteur la
possibilité future de répudier la femme qu’il avait violée puis épousée !
 
En 1991, nous rejoignions les nations avant-gardistes qui s’étaient mobilisées en faveur des enfants. Aujourd’hui,
allons-nous ajouter un cas aux 250 millions de filles mariées avant leur 15 ans que nous avons à déplorer dans le
monde ?
Non seulement ce mariage ne doit pas être autorisé mais oui, la société civile a raison d’en profiter pour réitérer sa volonté de voir abrogé ce « mariage réparateur » (institué au milieu du siècle dernier par le rétrograde article
257 bis du Code pénal tunisien) de l’un des pires crimes qui soit, l’agression sexuelle.
Que répondra-t-elle à ses enfants quand ils lui demanderont : – « Maman, tu l’as connu comment papa ? » – « Ah ben, il m’a violé quand j’avais 13 ans ! »
A mon sens, il est aussi également nécessaire et urgent de remonter la majorité sexuelle en Tunisie : 15 ans est
l’âge préconisé dans la plupart des pays occidentaux. Ce n’est pas pour rien !
 
Et quand des journalistes croient faire les malins en énonçant justement qu’il ne s’agirait pas d’un viol mais d’une relation « consentie » entre une mineure de 13 ans et son « petit ami » de 20 ans, je me permets de leur rappeler que cela demeure une relation réprimée dans la plupart des législations d’autant que l’auteur des actes est membre de la famille donc dispose d’un ascendant et qu’il s’agit même dune circonstance aggravante ! Et que dans ces législations il s’agit bien d’une agression sexuelle en raison du manque de discernement du mineur aggravé par la qualité de proche de l’agresseur.
Quand le coupable devient innocent, c’est l’innocent qui devient coupable…
 
*prénom fictif choisi par Lotfi Hamadi, président de Wallah we can, une ONG spécialisée dans la protection des
enfants en particulier en milieu scolaire
 
PS : Le numéro vert de la protection de l’enfance 80100010, vous répondez quand vous voulez les gars !