Allo maman Ado

Chouette, mes parents divorcent !

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Chouette, mes parents divorcent !

Véritable épidémie en Tunisie, le divorce est très souvent vécu comme un échec pour les adultes, que ce soit d’un point de vue personnel mais également aux yeux de la société. Cependant, alors que certains enfants perdent pied et sont complètement déboussolés, d’autres, après avoir accusé le coup, ont cette capacité d’adaptation incroyable de faire d’une « différence », un atout et arrivent à se créer un monde bien à eux avec de nouveaux codes de vie dont ils sont bien décidés à tirer tous les avantages.

par Nour Hamrouni

Lors d’un divorce, il est assez rare, même inconsciemment, que le chantage affectif ne soit pas de mise.

En effet, selon le mode garde choisi d’un commun accord entre les parents ou imposé par le juge, les enfants auront forcément, à un moment ou à un autre, l’impression d’une surenchère affective de leurs parents. Et là, à ce petit jeu-là, les enfants peuvent être de redoutables adversaires en jouant au chaud et froid entre les deux parents.
Qui n’a jamais entendu : Papa, il m’aime, il va m’acheter la dernière console et toi, tu me dis de ranger ma chambre ou bien : maman me laisse regarder les dessins animés devant la télé, et toi, non.
Et comme, dans ces cas-là, il y a peu ou plus de communication entre les adultes et que chacun met un point d’honneur à être un parent exceptionnel, le mariage ayant été un échec, les parents ne veulent surtout pas qu’on leur dise qu’ils ne sont pas bons non plus, dans ce domaine.

Nouvelles règles de vie d’un côté comme de l’autre

Un divorce engendre une réorganisation du cadre familiale où chaque parent tente « d’imposer » ses règles de vie.
Cependant, pas facile, d’être en « compétition » avec l’autre parent, même si l’idéal est l’intérêt de l’enfant, en restant cohérent vis-à-vis l’un de l’autre.
Oui, mais voilà, parfois, afin de faire passer la «pilule », les parents ont tendance à trop cajoler leur enfant et de perdre de l’autorité, sous prétexte que… Certains enfants le comprennent très bien, en profitent et retournent le chantage affectif. A croire que pour certains enfants, c’est une petite vengeance, inconsciente ou non.
On peut, à ce moment, avoir à faire à une surenchère du côté des enfants, mettant les parents en compétition, pour être désigné, le parent qui aime le plus, le plus cool etc.
Certains chérubins en profitent également pour étendre cette politique à d’autres sphères, en jouant les « victimes » (même s’il est indéniable que les enfants souffrent à des degrés différents du divorce).
A l’école, par exemple, les devoirs pas faits ou oubliés systématiquement parce qu’on était chez l’un ou l’autre de ses parents et que le cartable est resté chez l’autre. Se faire cajoler chez ses grands-parents, tout en disant que maman ne cuisine plus depuis que papa n’habite plus à la maison etc.
Cependant, nous ne répéterons jamais assez, même si chaque enfant a une façon différente de réagir, chaque enfant est touché émotionnellement par un divorce et tente à retrouver la paix et la sérénité.
C’est aux parents de tout faire pour que les règles de vie soient maintenues, adaptées à cette nouvelle situation, les enfants ayant besoin de repères et de structure pour s’épanouir. Aux parents de ne pas tomber dans la surenchère, pour se faire « aimer ».
Les enfants ayant besoin d’amour et des deux parents pour grandir.

Témoignages

Mehdi 18 ans, étudiant

Mes parents ont divorcé il y a 4 ans, j’étais alors en pleine crise d’adolescence. Ils n’arrêtaient pas de se disputer, c’était pour moi un soulagement. Cependant, je me suis rendu compte que chacun essayait de m’attirer «
dans ses filets » alors que moi, j’étais plutôt, dans le rejet des deux. Je suis donc rentré dans leur jeu et je me suis mis à faire des caprices, en réclamant la dernière console ou en sortant avec mes copains très tard. A chaque fois, j’essayais de toujours pousser plus loin pour voir jusqu’où ils étaient prêts à aller. Aujourd’hui, j’ai ralenti le rythme de mes demandes mais ce qui me blesse c’est que mes parents n’ont toujours pas compris et que
d’eux-mêmes, ils font de la surenchère.

Skander, 35 ans cadre bancaire

Mes parents ont divorcé après 37 ans de mariage. Ce fut un choc pour mes deux soeurs et moi. Nous pensions qu’ils finiraient leur vie ensemble. J’ai un petit garçon de 7 ans et je me suis aperçu qu’il avait très bien compris la situation. En effet, étant le seul petit-enfant, pour l’instant, de la famille, il a toujours été très gâté par ma mère. Mon père ayant des idées plus strictes sur l’éducation, quant à lui, la freinait dans son comportement, qui consiste toujours à laisser mon fils tout faire. Depuis qu’ils sont divorcés, mon fils s’en donne à coeur joie
pour exiger tout et n’importe quoi de sa grand-mère. Celle-ci se mettant même à intervenir dans notre façon d’éduquer notre enfant.

Sarra, 14 ans, élève

Mes parents sont mariés depuis 15 ans, ils se disputent parfois comme tous les parents.
Quand j’étais à l’école primaire, je me rappelle que je voulais que mes parents divorcent car à la garderie, on jouait au jeu du loup, il y avait une équipe avec les enfants de parents divorcés et une autre, dont les parents ne l’étaient pas.
Moi, je voulais être dans l’équipe des parents divorcés car c’était la plus forte. Maintenant, je suis contente de ne pas avoir été dans cette équipe car je ne sais pas comment je pourrais me partager entre mes deux parents.

Slim, 40ans ingénieur

Mes parents ont divorcé quand j’avais 12 ans et j’étais obligé de vivre avec mon père. J’ai toujours souffert de cette séparation, surtout quand j’ai appris que ma mère voulait refaire sa vie. J’ai tout fait pour l’empêcher, et j’ai réussi. J’avais toujours cette lueur d’espoir qu’ils se remettraient ensemble mais mon papa s’est remarié à son tour, et c’est là que j’ai compris que c’était fini. Avec beaucoup de recul aujourd’hui, je me dit que c’était une sage décision de divorcer, je garde encore les souvenirs de leurs disputes qui finissaient toujours mal, et je suis conscient aujourd’hui que c’est grâce à cette séparation que j’ai pu retrouver mon équilibre.