Allo maman Ado

Je me révolte, donc je grandis

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Je me révolte, donc je grandis

Une porte claquée avec violence, des crises de pleurs sur le lit, ou encore des éclats de voix, surprennent les parents et les mettent devant une réalité, celle que leur bébé, leur enfant chéri a grandi, qu’il se métamorphose. C’est l’adolescence. En fait, puberté, premiers amours, premiers secrets, premiers défis, première cigarette …, tels sont les signes révélateurs de cette mutation. La communication avec le monde adulte alors s’estompe et c’est loin d’être un « jeu d’enfants ».

par Dorra Meziou

L’adolescence est souvent mal vécue par les enfants et mal perçue par les parents. C’est pour cela, qu’on associe la notion de crise à l’adolescence. Cette phase dans la vie est un passage obligé. Personne n’y échappe. Les parents savent d’emblée que c’est une période difficile, pourtant le conflit reste inéluctable. On a beau essayé d’être compréhensif, les différends entre parents et ados persistent. Comment se fait-il que malgré l’évolution des mentalités, l’entente entre les générations ne suive pas ?

Aziz Jeribi, 15 ans Lycée pilote El Menzah 8
« Ma relation avec ma mère est plutôt bonne. Elle est facile à vivre et compréhensive. Avec mon père, cela dépend, il est des fois « cool », d’autres strict. Les discussions que j’ai avec mes parents sont plutôt calmes mais ils ne changent pas beaucoup de points de vue. Ils discutent pour essayer de me convaincre de leur position. Ce n’est pas vraiment un échange. En plus, de nature, je suis discret, donc je ne me confie pas facilement. Tout ce qui est personnel n’est pas facile à dire aux parents. Je suis plus en confiance quand je m’adresse à mes copains, pas n’importe lesquels, ceux que je considère mes vrais amis, bien sûr! »

✦ Adolescence rime avec effervescence

L’ado est submergé de sensations et de sentiments contradictoires, le poussant parfois à se trouver la limite de l’agressivité. Par ailleurs, une fois l’orage passé, l’enfant retrouve son calme et sa lucidité. Ces sautes d’humeur sont épisodiques et fluctuantes, telle une barque en mer naviguant entre tempêtes et accalmies.

Imen Hihi, 14 ans et demi Lycée El Menzah 6

« On a tendance à dire que l’adolescence est une période délicate et c’est vrai. Les ados ne cessent de demander, de réclamer et les parents sont toujours contres ! L’ado a cette curiosité de tout découvrir, tout essayer, entre autres, la cigarette, … Notre regard est différent de celui des adultes. Par exemple, nous trouvons les élèves studieux et sérieux, ridicules, par contre les cancres les rebelles, et les plus indisciplinés sont appréciés! Chez moi, maman se montre des fois compréhensive « cool », mais elle peut être souvent aussi dure et stricte. Les discussions en famille tournent souvent en disputes et leçons de morales, car je sens que mes parents ne sont pas très réceptifs à mes messages. Ils m’entendent mais ne m’écoutent pas. Je préfère quand même parler, extérioriser mes pensées et mes sentiments. Et là, j’avoue que même si je sais qu’au fond que je suis fautive, je reste sur la défensive et je trouve mille et une excuses. Par contre, je n’aime pas trop répondre aux interminables questions de mes parents qui veulent tout savoir, au moindre détail. Ils sont trop curieux à mon goût! ».

« Elever un enfant c’est lui apprendre à se passer de nous ». [Ernest Legouvé]

Il arrive que le mal-être et la précarité de l’adolescent soient si profonds que la crise d’adolescence devient pathologique. Ainsi, le renfermement, la déscolarisation, certains troubles alimentaires (anorexie et boulimie), les tentatives de suicide, les fugue, ou bien encore la prise de drogue ou d’alcool, sont des symptômes alarmants qui confirment la maladie. Dans ce cas, il ne faut pas hésiter à se faire assister par un thérapeute.

Garçon ou fille, la situation peut varier.
Les garçons, à cause des résidus sociaux à tendance sexiste, donnent le plus souvent libre cours à leur révolte, avec plus d’hostilité, voire d’agressivité. Le garçon, se sentant presque « homme » peut parfois manifester sa rébellion d’u voire extrême manière plus « physique ». La jeune fille, par contre, éduquée à être plus soumise et plus sage, réprime plus sa colère et n’extériorise pas toujours ses frustrations. Ce refoulement peut être encore plus grave car un sentiment non dit peut évoluer en pathologie sérieuse.Néanmoins, même en l’absence de ces symptômes, des petits signes bénins de confrontation peuvent gâcher l’entente ou briser la complicité familiale. L’ado revendique de plus en plus de liberté. Face à eux, les parents ont le sentiment que la situation leur échappe et qu’ils ne sont plus capables de « gérer » leurs enfants. La tâche éducative incombant aux parents s’avère alors plus compliquée, même avec les ados les plus calmes, les plus disciplinés et les plus équilibrés. En fait, même les ados qui ne souffrent pas de problèmes psychologiques ou comportementaux graves sont confrontés au fameux conflit de générations.Qu’est ce qui passe par la petite tête d’un ado pour qu’il se mette dans des situations difficiles ? Aux yeux de cet ados, c’est la faute aux parents, aux profs…, au monde adulte en général.

« Qu’est-ce qu’on sent, quand on ne se sent pas bien? »

« La maladie de l’adolescence est de ne pas savoir ce que l’on veut et de le vouloir cependant à tout prix ». [Philippe Sollers]

Mariem Ben Amor, 15 ans Lycée pilote de l’Ariana
« Mes parents sont trop sérieux. C’est vrai qu’ils me laissent sortir, par exemple, mais avec beaucoup de restrictions quant à l’horaire et le lieu où je me rends. Quand j’essaye de discuter avec eux, ils ne veulent pas m’écouter. Ils m’arrêtent. C’est dur à vivre car je suis de nature à m’exprimer avec difficulté. Je ne trouve pas les mots. Je suis également assez têtue, je l’avoue. Je ne change pas d’avis sur plusieurs questions. A titre d’exemple, je n’étais pas très enthousiaste d’intégrer le lycée pilote. Très souvent, je me dis que j’aurais préféré être ailleurs, surtout dans les moments où l’ambiance en classe n’est pas très agréable, ou bien quand mes résultats scolaires ne sont pas brillants ! Je trouve que mes parents me demandent trop. Ils sont très exigeants. Leur seul souci ce sont mes résultats scolaires. D’ailleurs, souvent j’ai l’impression que je fais des efforts pour eux et rien que pour eux. Hélas, ce n’est jamais assez! »

L’avis du spécialiste

L’adolescent passe par trois phases : la première est une phase de critique et de remise en question des normes et valeurs préexistantes, de l’équilibre social, familial, relationnel, scolaire politique économique…etc. Il se rebelle contre tout. Rien ne semble lui convenir. La deuxième phase est celle de l’établissement de nouvelles normes qui lui semblent plus justes et plus équitables. Il se crée lui-même sa propre conception du monde, un monde idéal, parfait. La troisième phase correspond à la phase d’épreuve de réalité et la confrontation de ses nouvelles normes avec la réalité. C’est la phase de choc et de déception, car l’ado réalise l’antagonisme entre ce qu’il voudrait trouver dans la société et ce qui y existe réellement. » L’adolescent est de ce fait, durant toutes ces phases, impulsif et émotif par nature. C’est pour cette raison que les agissements des ados sont imprévisibles et contradictoires.

Sami Besbes 15 ans Lycée PMF Tunis
« Mes parents sont « sympas » quand il s’agit de vie quotidienne, de divertissements. Mais, dès qu’il s’agit de travail à l’école ou de résultats scolaires, ils deviennent durs et exigeants. En fait, au fond je les comprends et je sais qu’ils ont raison d’accorder une si grande importance aux études, mais c’est plus fort que moi, je m’ennuie tellement en faisant mes devoirs ! Je préfère faire n’importe quoi, plutôt qu’étudier, tout plutôt que travailler. Par ailleurs, avec papa, il y a échange, il y a de l’écoute. C’est une sorte de complicité. Quand j’ai un souci, c’est à lui que je me confie. Par contre, ma mère le plus souvent désapprouve mon comportement. Elle m’écoute mais n’est jamais d’accord avec moi. Avec elle, c’est plutôt des leçons de morale interminables. En fait, c’est avec mes copains que je me sens le plus à l’aise et c’est à eux que je me confie le plus, d’ailleurs je suis un peu trop bavard! »