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Boutbila : des psaumes au Shour pour le sacro-saint Ramadan

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Il n’existait pas uniquement dans les contes, et son tambour ne retentissait pas seulement dans l’imaginaire collectif, cet homme dont le passage n’est aucunement un mirage, est prénommé Boutbila : un homme au tambour.

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boutliba collection hamdane
 
À l’heure du shour, caressant l’aube, et faisant ses adieux aux ténèbres, il flâne dans les ruelles pour rappeler aux dormeurs le devoir se rassasier avant une longue journée d’abstinence.
Dans une déambulation spirituelle et folklorique, Boutbila munit de son tambour, faisait guise d’un réveil humain aux allures surmoïques. Il insiste et persiste, brise le silence de la nuit, indiscret et déterminé, cet homme porte en lui un devoir, celui de l’éveil obligatoire.
 

L’esprit ramadanesque d’antan réunissait mille et un rituels aux implorations solennelles dont le Shour, qui n’est rien d’autre que cette collation synchrone au lever du soleil, comme un repas annonciateur de jeûne et préventif de toute sensation de faim et de soif.
 

Boutliba une tradition qui remonte à l’époque de l’Empire ottoman

Appelés également des ‘ramazan davulcusu’ en langue turc, ces personnages sont des joueurs de tambours dont la vocation consiste à perdurer une tradition qui remonte à l’époque de l’Empire ottoman. Nous retrouvons ce personnage en Tunisie mais aussi en Afrique de l’ouest (au Mali par exemple) mais également dans les pays du moyen orient et la Turquie. Seuls les psaumes diffèrent, la tenue aussi mais la vocation demeure la même.
 

Boutliba en Tunisie

En Tunisie, Boutbila tape sur son tambour en récitant des cantiques dignes d’un réveilleur public et scandant à tue-tête un appel aux fidèles afin qu’ils sautent de leurs lits avant la prière de l’aube et déguster ainsi un dernier repas.
Sa popularité arriva à son acmé pendant les années 60 en Tunisie. À son passage, les lumières s’allument dans les demeures, les portent s’entrouvrent dans une lueur curieuse d’acquiescement et les enfants reprennent ses appels dans une écholalie joyeuse ‘réveillez vous pour le shour’ (traduction : koumou tsaharou).
 
boutliba de bataille
 

Dans sa parade nocturne, il résiste et perdure le traditionnel élevé à l’ordre du transcendant pour rappeler le rite en dérangeant le sommeil réparateur. Il vivait des donations des gens de la ville et espérait la bénédiction de dieu en glorifiant le mois saint.
De nos jours, brillant par son absence, Boutbila n’est plus ! Rattrapé par un modernisme fade, le sacramentel se fragmente et l’odeur ramadanesque d’antan se perd, en laissant place à ces engins de la nouvelle technologie.