timidité sexuelle

Dépasser sa timidité sexuelle

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Surmonter la timidité en lien avec la sexualité est pour nombre d’entre nous un acte de courage. Elle entrave l’expression spontanée, naturelle et authentique de nos désirs, plaisir et sexualité qu’on juge alors comme inappropriés. Passagère ou bien ancrée, la timidité sexuelle emprisonne les mots et les gestes du plaisir. Elle n’est ni rare ni insurmontable même si elle est plus ou moins facilement délogeable en fonction de son origine. Largement partagée, cette inhibition a toujours à voir avec notre peur d’être jugé.

par

Sexothérapeute et Coach de vie

 
Peur du regard de l’autre, impossibilité d’exprimer ses véritables envies, pudeur exacerbée , crainte du jugement de l’autre, difficulté à s’abandonner à son désir, peur de « mal faire »… les raisons qui font obstacle à une sexualité épanouie sont aussi fréquentes que variées, chez les hommes comme chez les femmes. Cette gêne au lit peut ainsi être due au fait qu’une relation en est à ses débuts et alors elle s’estompera sans doute naturellement au fil des jours, mais elle peut également être plus solidement attachée lorsqu’elle provient par exemple d’une éducation très stricte sur le sujet.
Cette timidité peut devenir réellement handicapante lorsqu’elle bride le plaisir et qu’elle tend à transformer ce qui devrait être un instant de bonheur partagé en une corvée angoissante. Il est donc important de briser ce cercle vicieux pour retrouver sérénité érotique et tranquillité extatique.

De la pudeur ?

Comment faire la distinction entre pudeur et timidité, deux termes souvent assimilés ? Certains n’ont aucun problème avec la nudité mais n’aiment pas dévoiler leurs sentiments, d’autres racontent les moindres détails de leur vie intime mais ne montrent jamais un centimètre de peau… « La pudeur prend chez chacun de nous des formes différentes, mais elle existe chez tout être humain normalement structuré, assure José Morel Cinq-Mars, psychologue et psychanalyste (auteur de Quand la pudeur prend corps, PUF).
Cela dit, on peut être pudique sans être forcément timide. La pudeur est du côté de la retenue. On dévoile ce que l’on a envie de dévoiler. Lorsqu’il y a un désir de dévoilement, la pudeur disparaît. En revanche, on bascule du côté de la timidité lorsque l’on voudrait dire oui mais que l’on dit non. La pudeur est toujours dans un mouvement de “voilement” et de dévoilement alors que la timidité est plus de l’ordre d’un blocage, d’une inhibition qui va à l’encontre du désir. La timidité peut empêcher la rencontre sexuelle, pas la pudeur. »

D’où vient cette timidité ?

La timidité sexuelle – qui pourrait être résumée par cette formule : « J’aimerais, mais je n’y arrive pas » – est une forme d’inhibition du désir, des mots, des gestes. Elle se heurte à la difficulté d’exprimer ses envies, son plaisir et donc de dépasser un scénario répétitif, sécurisant mais frustrant. Qu’elle soit due à une culpabilité héritée d’une éducation qui a associé « sexe et faute », à des complexes qui empêchent de s’exposer au regard de l’autre, à un manque fondamental de confiance en soi ou encore à l’ignorance de ses envies et de ses limites, la timidité sexuelle a toujours à voir avec la peur du jugement. Les raisons de la timidité sexuelle varient selon les personnes, mais en identifier les causes permet de travailler dessus.

Le corps en ligne de mire

Premier frein à l’expression du désir : le corps. Lorsque la timidité prend racine dans un complexe corporel, la solution la plus tentante est de cacher, ou de modifier, ce qui est source de gêne et de honte. Fantasmer qu’un corps « esthétiquement aux normes » sera la clé d’une sexualité enfin satisfaisante n’est pas sans danger, cette croyance peut générer aussi de cruelles désillusions. Nombreuses sont les femmes à se sentir complexées dans un monde où les Unes des magazines féminins mettent en avant des corps de mannequins ou actrices très minces, au physique parfait. Les conséquences peuvent être désastreuses dans la chambre à coucher… Comment oser se dévêtir, faire un striptease ou sortir de la routine sexuelle dans un corps dont on a honte, ou que l’on préférerait cacher ?

Des barrières psychologiques

Assimiler le sexe à un péché (selon son éducation) ou manquer de confiance en soi impactent directement la sexualité. Oser exprimer ses fantasmes et désirs, oser prononcer des phrases que l’on pense interdites, oser ce que l’on ne tente pas d’habitude… au final, les personnes timides dans leur sexualité apprennent à se passer de ce qui les épanouirait vraiment, quitte à augmenter considérablement leur degré de frustration. Pourtant, elles sont loin de ne penser qu’à elles, puisque la question du ou de la partenaire ressurgit souvent : « va-t-il se lasser, s’ennuyer de cette vie sexuelle que je n’ose pas pimenter ? ». Plus qu’une limite au lit, la timidité sexuelle peut profondément perturber l’équilibre d’un couple.

La peur du jugement

La timidité sexuelle masque fréquemment la peur d’un changement dans la relation. Une peur sous-tendue par l’appréhension d’un jugement négatif. Que se passerait-il si je parlais de mon désir, de la meilleure façon d’avoir du plaisir, de ce fantasme, si j’osais telle caresse ? Est-ce qu’il me prendra pour une femme de mauvaise vertu ou aura des a priori sur ma personne ? Paradoxalement, c’est souvent dans les relations au long cours que la crainte du jugement de l’autre fige les rôles et étouffe l’audace. Les raisons ? Confort de l’habitude, répétition des jeux de rôle, carcan de la parentalité. Parfois après les grossesses, certaines femmes n’osent plus être l’amante de leur mari, se déshabiller devant lui, mettre des sous-vêtements sexy. Elles restent dans le rôle de mère, et l’homme de père c’est tout.

Comment on peut vaincre sa timidité dans la chambre ?

– Renouer avec son corps et ses sensations : Pour atténuer la timidité sexuelle, on peut, dans un premier temps au moins, essayer de renouer une relation intime avec son propre corps, se réapproprier des sensations dont on s’est progressivement coupé. Cela peut passer par des massages, des cours de yoga, des séances de relaxation, du sport… L’auto-érotisme (la masturbation) est également un bon moyen de prendre confiance en vous, et d’être plus à l’aise pour partager votre sexualité avec l’autre. Vous apprendrez à mieux vous connaître et détecter vos zones érogènes. C’est une autre façon de renouer avec votre corps. Et si vous n’arrivez pas à dire ce que vous aimez avec des mots, exprimez-le avec des gestes.
 
– Détendez-vous : Plus facile à dire qu’à faire, puisque c’est justement votre problème ! Mais suivez une routine active de relaxation : fermez les yeux, respirez profondément, lentement, relâchez vos muscles et faites le vide. Une fois que vous êtes complètement détendue, laissez votre corps aux mains de votre partenaire en le guidant à l’aide de votre respiration : lorsque vous aimez ce qu’il ou elle vous fait, exprimez-le de façon sonore. Et n’hésitez jamais à crier votre plaisir ! Cela vous aidera à vous libérer et à rendre ce plaisir encore plus puissant.
 
– Arrêter de vous référer à des normes : Cessez de penser qu’il y a des personnes plus douées que d’autres en matière de sexualité. Il y a une multitude de façons d’aborder la relation intime, il n’y a pas de comportement standard ! Soyez tout simplement vous-même et respectez vos émotions. Mettez-vous bien en tête qu’être désirable ou beau, sont deux choses distinctes. D’ailleurs, d’une culture à l’autre, les standards physiques sont très variés. Ce qui déclenche le désir, ce n’est pas la perfection physique, mais un ensemble de facteurs inconscients parfaitement irrationnel. Ce qui compte dans la relation amoureuse, c’est d’avoir du désir mutuel.
 
– Partagez vos désirs : La communication est souvent la clé qui facilite le démêlement des choses en matière de galipette et cette tendance se vérifie complètement dans le cas de la timidité sexuelle. Si vous n’osez pas mettre à exécution vos désirs les plus intimes et que votre corps se bloque au moment clé, essayez de mettre des mots sur les caresses que vous désirez, les positions dont vous rêvez, les fantasmes que vous avez en tête… Et même si cette discussion ouverte ne débloque pas les choses sur le moment, le fait d’exprimer oralement et régulièrement votre imaginaire érotique vous aidera à le rendre moins solennel et donc plus facilement réalisable !
 
Dans un second temps, il peut être utile d’entreprendre une sexothérapie pour repérer l’origine du blocage. Il s’agira de travailler sur les représentations erronées, limitantes et négatives que l’on se fait de soi et de la sexualité. Une fois identifiées, ces croyances sont progressivement remplacées par un nouveau mode de production mentale. Dans tous les cas, ce qu’il faut retenir, c’est que la timidité sexuelle est un symptôme et non une fatalité. A ce titre, en prendre conscience et décider de ne plus s’en accommoder est un grand pas vers le « mieux-vivre » et le « mieux-aimer ».