Etre une Femme

Célibataire à 30 ans Quel cauchemar !

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Célibataire à 30 ans Quel cauchemar !

Les jeunes femmes se marient de plus en plus tard. C’est un constat. Résultat des courses : l’écrasante majorité vit encore sous le toit parental, tradition et situation économique obligent. Et ce n’est pas de tout repos !

par Salem Djelassi

Se marier aujourd’hui est une question de budget mais pas seulement ! Les hommes et les femmes ne sont plus sur la même longueur d’ondes. C’est à croire qu’ils ne s’entendent plus.

Les femmes se plaignent que les hommes leur en demandent trop : travailler pour partager les responsabilités, faire le ménage et s’occuper des enfants, en plus de les materner. Les hommes, de leur côté, reprochent aux femmes d’être matérialistes. Mais ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui, bon nombre de celles qui ont un certain niveau d’instruction ne courent plus après le mari à tout prix. Elles ont d’autres objectifs ! Des objectifs de carrières ambitieuses, entre autres, mais  ce n’est pas toujours au goût de leur  famille.

  » Quand j’étais au bac, mes parents m’encourageaient à poursuivre mes études, dit Salma, quand j’ai trouvé du travail à l’âge de 24 ans et que j’ai commencé à gagner ma vie, ils étaient fiers de moi. Aujourd’hui, j’ai 30 ans et on ne me parle plus que de mariage ! C’est à croire qu’ils veulent se débarrasser de moi ! C’est dur de les voir ainsi se mêler de ma vie !  »
Voilà le sentiment de ce nouveau profil de femmes : célibataires actives et vivant chez leur parents.

Une grande blessure ! 

Il faut tout de même se rendre à l’évidence que dans une société arabo-musulmane, une jeune femme qui atteint la trentaine et qui vit encore chez ses parents est une grande blessure dans l’âme !
Quand une mère se rend à une cérémonie et qu’elle se rend compte que toutes les cousines et que toutes les voisines sont mariées, sauf sa fille, elle le vit très mal. Car le terrible constat est là : quel que soit le niveau intellectuel de la fille et sa profession, elle est remise en cause par le regard social et fait l’objet de maintes spéculations du genre :  » légère » ou  » brutale et peu féminine  » si on ne l’accable pas de tous les maux de la terre. Dès lors, la pression sur la jeune femme en question devient farouche, même dans les milieux les plus cultivés. Certaines sont carrément prisonnières chez leurs parents, la crainte de la perte de virginité étant encore de mise. Une situation très dure à vivre, car certaines femmes se trouvent obligées de rentrer tout de suite après le boulot. Elles doivent respecter l’ordre établi. Leur enthousiasme et leurs ambitions sont, par conséquent, bloqués.

 » Je n’ai pas de vie en dehors du travail et de la maison, dit Rania, designer graphique, mes parents surveillent toutes mes entrées et sorties. Je pars le matin au bureau et je rentre déjeuner avec eux. Si quelqu’un m’invite à déjeuner, il faut que je leur explique le pourquoi et le comment. Le soir, si je tarde d’une demi-heure, mon téléphone n’arrête pas de sonner…  »

À 30 ans comme à 15 ans, ces jeunes femmes se retrouvent à demander la permission pour tout.
 » C’est tellement étouffant, poursuit Rania, qui est issue d’un milieu modeste, qu’on se sent comme une gamine ! Même pour aller passer un samedi après-midi chez une amie, il faut que j’en parle avant, sans oublier les interrogatoires sur le salaire, les dépenses, les coups de téléphone que je reçois… »

Attention cerbères dans les parages ! 

La vie de ces jeunes femmes est, la plupart du temps, empoisonnée par leurs jeunes frères qui, de manière très spontanée (c’est à croire que c’est une spécificité de chez nous) se mettent à jouer aux cerbères (chien à trois têtes dans la mythologie grecque), au service des parents. Ils sont tout le temps à l’affût de toute information capable de servir la « sale besogne » … Fouiller dans les sacs, voler les mots de passe, écouter aux portes les conversations téléphoniques… c’est un rôle que la plupart des frères jouent de façon presque inconsciente.

Les réactions alors varient : il y a celles qui se plient aux règles du jeu, en attendant qu’un cousin ou un collègue de bureau vienne leur demander leur main. Et celles qui inventent et vivent une vie parallèle
 » J’invente des séminaires et des rencontres professionnelles dans d’autres villes, dit Neila, au début cela m’agaçait de mentir à mes parents. Mais j’ai fini par me convaincre que je n’avais pas le choix, que notre société est hypocrite et qu’il faut lui rendre la pareille.  »
Cela s’appelle une double vie! Mais, toujours très difficile à vivre ! Là aussi, ces jeunes femmes sont à plaindre parce qu’elles ont la maturité pour s’assumer alors qu’elles restent phagocytées par l’entourage. Mais, dans tous les cas, ces jeunes femmes se posent la même question :

 » Comment voulez-vous qu’on se marie, si on ne sort pas et surtout le soir ? ! »
Oui mais l’autre question qui se pose aussi c’est pourquoi restent-elles alors ?
C’est vrai que c’est pour des raisons économiques et que seules celles qui ont un salaire « super-vitaminé » ont osé le faire. Et, même quand elles décident de le faire, c’est vécu comme un drame dans la famille.

 » J’ai quitté la maison de mes parents lorsque j’avais 27 ans dit Hédia, ce fut un drame dans la maison ! Je ne les ai pas vus pendant des années ! Mais il fallait que je le fasse pour mon épanouissement personnel, pour ma carrière ! Aujourd’hui, ils ont fini par accepter « .

Mais il y a celles aussi qui n’ont pas pu franchir le pas et couper le cordon ombilical, malgré un salaire très respectable. C’est que le poids des traditions et de la culpabilité vis-à-vis des siens est très lourd à porter. C’est ce qui a poussé des jeunes femmes de noble minerai à épouser le premier venu et, au lieu de changer de vie, elles changent d’enfer… Mais, ça c’est une autre histoire.