Etre une Femme

Pourquoi est-il si difficile de changer ?

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Pourquoi est-il si difficile de changer ?

Tout le monde aurait à amorcer ou à accepter un changement, à un moment ou un autre de sa vie. Rupture amoureuse, incident professionnel, déménagement, le changement signifie-t-il de faire table rase du passé et de vivre d’une autre façon ? Complètement différente parfois ? Mais surtout, pourquoi nous avons tant de mal à changer ?

par Sondes Khribi Khalifa

C’est une question de tempérament ou de personnalité, disent les psychologues. Il y a des profils plutôt enclins au changement et d’autres qui ne le sont pas.
Il y a des gens qui ont le contact si facile, même dans un nouvel environnement, au travail par exemple, qu’ils sont, très vite, comme un poisson dans l’eau. Il y en a d’autres qui sont plus réservés, pudiques ou même méfiants. Les habitudes sont alors si lourdes, si difficiles à changer. La vie n’aurait pratiquement pas de sens…sans ces habitudes, ces repères. Que ce soit au travail ou dans la vie privée.

C’est pourquoi le changement serait si difficile. Le poids des habitudes, donc, du passé serait en cause. Mais n’est-ce pas un contre-sens ? Sommes-nous censés vivre détachés de tout ce qui s’est passé ? Sans habitudes, sans repères? Pas évident de répondre à cette question, non.

Mais qu’en disent les neurosciences ? Comment se traduit ce poids de l’habitude ou cette difficulté à changer…au niveau de notre cerveau ? Comment se traduit cette joie paisible que l’on éprouve, quand on vit une vie très uniforme, dans la sécurité de nos habitudes, dans la même maison depuis 20 ans, avec le même citronnier dans le jardin, les mêmes amis, le même rituel du café turc tous les matins, etc…?

Cette plasticité du cerveau est à son summum pendant la petite enfance et l’adolescence, d’où tout l’intérêt de l’éducation et des habitudes données à vos enfants pendant ces deux âges.

Comment fonctionne un cerveau ?

Un cerveau, c’est des milliards de neurones. Les neurones étant ces cellules nerveuses reliées entre elles, pour former des réseaux. Il se forme alors, dans le cerveau, divers réseaux de neurones, à différents emplacements d’ailleurs, chacun serait plus au moins spécialisé dans un « travail » donné. Il y a, par exemple, la vue, l’ouïe, l’odorat, etc. Il y a le calcul, l’analogie, etc. Il y a l’imagination, la créativité, etc. Il y a le chagrin, la tristesse, la joie, la compassion, la haine, etc.

Chaque réseau serait « plus moins spécialisé » car il faut savoir que les possibilités de connexion sont proprement immenses. Nous pouvons alors parler de configurations de réseaux, lesquelles ne sont pas du tout figées…Et c’est le point le plus important à noter.

Justement, ces configurations (ou ensemble de réseaux) ne viennent pas du vide, elles ne sont pas non plus innées (en partie) ou données une fois pour toutes…Elles se construisent, se font et se défont avec et dans le temps, en fonction de l’environnement de la personne et des multiples expériences (de vie) qu’elle aura à vivre.

Ainsi, un enfant qui serait élevé dans un environnement donné, où on parle beaucoup le français, par exemple, aura frayé des réseaux de neurones correspondants. Si cet enfant continue à pratiquer cette langue (ou jouer de la guitare, ou battre ses frères et sœurs)…il va renforcer les réseaux de neurones en question. S’il ne pratique plus…les réseaux en question peuvent dégénérer avec le temps.

Le changement…

Le changement se comprend alors, sur le plan biologique et anatomique même, comme ce processus de construction de réseau de neurones, de renforcement de ces réseaux ou, au contraire, de dégénérescence de ceux-ci.

Une image pour comprendre: on peut frayer une route dans une forêt.

Au fur et à mesure de notre passage par cette route, celle-ci sera dégagée, visible pour celui qui se balade dans la forêt et qui voudrait donc l’emprunter. Par contre, si celle-ci n’est plus pratiquée, pendant un laps de temps donné, les mauvaises herbes vont finir par l’envahir…

La route ne sera plus alors. Quand on se baladera dans la forêt, même tout près de cette (ancienne) route, on ne la verra plus. Les réseaux de neurones, c’est -à peu près- la même chose.

Ce qu’il faut comprendre alors, c’est que la paix ou le confort ressentis quand on est plongé dans une vie calme, avec les mêmes habitudes depuis des années probablement, les mêmes activités, les mêmes pensées, les mêmes objets qui nous entourent et autres…correspond à une économie cognitive. Le cerveau ne dépense pas beaucoup d’effort en fait, il va toujours dans les mêmes routes de la forêt. Un confort psychologique est alors induit par cette économie et confort cognitifs. Le jour où un changement s’impose… c’est-à-dire au départ de la personne aimée par exemple, c’est comme si l’ancienne route (de la forêt) n’était plus valable. Elle est, d’un seul coup, barrée par une tempête ou une inondation. Vous serez là debout à regarder, sans savoir que faire, ni par où aller !! C’est l’angoisse, la panique…un inconfort total. Et, même si vous essayez de reprendre l’ancienne route, vous ne la trouverez plus. Vous êtes quelque part obligé de frayer un autre chemin. Et c’est cela qui est difficile. Changer, veut littéralement dire frayer de nouveaux chemins, de nouveaux réseaux de neurones, de nouvelles ou d’autres façons de comprendre le monde et de vivre dans ce monde. Et ce n’est, bien entendu, pas facile, de par le confort de l’habitude des anciens chemins ou réseaux de neurones. Le confort de l’habitude en gros. Ce n’est pas facile non plus car le chemin nouveau à frayer demandera du temps, pour devenir aussi dégagé ou aussi bon à pratiquer que l’ancien chemin…

Changer veut, littéralement, dire frayer de nouveaux chemins, de nouveaux réseaux de neurones, de nouvelles ou d’autres façons de comprendre le monde et de vivre dans ce monde.

Ces configurations de neurones ne viennent pas du vide, elles ne sont pas non plus données une fois pour toutes…Elles se construisent, se font et se défont avec et dans le temps, en fonction de l’environnement de la personne et des multiples expériences (de vie) qu’elle aura à vivre.

C’est une question de tempérament ou de personnalité disent les psychologues. Il y a des profils plutôt enclins au changement et d’autres qui ne le sont pas.

La bonne volonté est la clé de tout !

Justement, cher lecteur, n’allez surtout pas vous dire qu’il vaut toujours mieux ne pas avoir à changer !

La vie, c’est du mouvement permanent et elle ne vous laissera probablement pas le choix. Ayant quand même compris le processus biologique et anatomique du changement, vous serez plus à même de réussir le ou les vôtres. Sachez donc que le cerveau est un organe extrêmement plastique.

Il a cette capacité de pouvoir se modifier, sur le plan anatomique même. Et ceci est une véritable chance.

Ces savoirs ont été rendus possibles par le progrès considérable dans l’imagerie médicale. C’est-à-dire qu’il est possible, aujourd’hui, d’observer concrètement, comment un cerveau donné change, après un certain temps et suite à un certain «entraînement» ou à certaines pratiques répétées.
Exemples majeurs, les changements intervenant suite à une méditation régulière (yoga, zen japonais, prière, etc). Mais aussi les progrès en termes de capacité motrice, pour des sujets handicapés, lourds parfois. La recherche nous dit que cette plasticité du cerveau est à son summum pendant la petite enfance et l’adolescence, ainsi vous comprendrez tout l’intérêt de l’éducation et des habitudes données à vos enfants pendant ces deux âges.
Mais tout ceci est très contingent, dans le sens où une personne de 60 ans peut voir arriver des changements qui ne s’opéreraient pas chez un enfant de 3 ans. C’est la magie de la vie. Et une chance pour tous, pour toujours aller de l’avant et vivre le meilleur.