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J’ai viré mon boss !

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J’ai viré mon boss !

« Dégage ! c’est ce qu’on a jeté à la figure des patrons de la CNSS, de la STAR, de journaux, de la Banque de Tunisie, entre autres. Tout le monde vire son boss et c’est devenu une mode… Les raisons d’une révolte contre les patrons… ».

par Salem Djelassi

Deux jours après la Révolution, une quinzaine de journalistes d’un journal gouvernemental se rassemblent dans la salle de rédaction. Un mot d’ordre : virer le rédacteur en chef qu’on surnomme la panthère rose. D’autres le surnomment « Golum » par référence au personnage méchant et gluant du « Seigneurs des anneaux ».

Pourquoi le virer ? Pas du tout à cause de son apparence physique, pas parce qu’il est question de bafouer la hiérarchie, mais parce ce « Golum en chef » était l’un des agents les plus terribles de la machine répressive qui muselait la presse sous l’ancien régime. L’une des raisons pour laquelle on l’a nommé à ce poste, c’est qu’il était parfaitement incompétent… dans le milieu journalistique surtout qu’ il n’avait jamais fait de terrain ou réalisé des interviews. Certains croient savoir qu’il n’a jamais eu son Bac.

Saïda, 35 ans, employée à la CNSS, le sens de l’injustice

Nous avons demandé à notre patron de dégager pour plusieurs raisons sociales mais la cause principale de « dégage » est la suivante : ce PDG était à la solde du palais de Carthage avec tout ce que cela représente comme répression, injustice et cupidité. Notre PDG a perpétué des injustices terribles au sein de la CNSS, en recrutant des personnes pistonnées au dépens d’autres agents qui travaillent pendant des années ici sans être titularisés,aux dépens de jeunes compétences qui ont déposé leurs dossiers depuis des années auprès de la direction.
A ce patron, on reproche aussi son côté trop « tapis» avec le palais de Carthage à qui il envoyait des cadeaux de très grande valeur au dépens de notre entreprise comme les cartables qu’il a envoyé il y a quelques mois. L’un de ces cartables de luxe doit valoir entre 400 et 500 dinars. Nous sommes contents de cette Révolution mais on n’a pas pu exprimer notre joie parce qu’il y a des gens comme lui qui restent à la tête de nos entreprises nationales. Comment voulez-vous construire une démocratie avec des gens qui n’ont aucun scrupule ?
Des gens comme notre PDG ont été programmés de manière à ne servir que les gens puissants dans le profond déni de la justice sociale. Ils ne peuvent pas changer du jour au lendemain,c’est impossible ! »

Bref « Golum » a dirigé la rédaction de ce journal durant quelques mois comme un haut fonctionnaire des services secrets. «Il avait des rapports froids avec les journalistes, parmi lesquels il essayait de recruter ses indics pour remplir ses rapports qu’il envoie quotidiennement au palais, au RCD, à tous ses chefs, nous dit un journaliste. Il avait un besoin urgent et constant d’informations sur tous les journalistes, sur leurs relations internes et externes, sur leurs relations avec leurs amis …on voit bien que ses chefs étaient d’une gloutonnerie sans limites. Lui, il se saignait aux quatre veines pour les satisfaire ». Et des chefs, il adore en avoir ! Un autre journaliste se souvient : « Lorsqu’on entrait dans son bureau, il nous recevait avec des airs de ministre et tout le mépris possible. Il saisissait parfois le programme électoral de Ben Ali en disant : ceci est ma bible… et croyez-moi ! C’est profond ce qu’il y a dedans c’est profond ! C’était honteux c’était à vomir ! On savait bien qu’il ne valait rien et qu’il était placé par le RCD, mais il s’agit d’avoir un peu de décence au moins ». Retour à la rédaction, en ce lundi 17 janvier où le mot d’ordre était de virer « Golum » et sa bible de couleur mauve. Les journalistes longtemps « matraqués » avaient décidé ce jour-là de ne pas utiliser ni la violence, ni les mots qui blessent. « Golum » était assis à son bureau avec son air arrogant qu’il continue à afficher même après la Révolution. Les journalistes entrent dans son bureau et l’un d’eux lui dit : « Les choses ont changé, on vous prie de quitter le bureau, vous pouvez continuer à être journaliste mais vous n’êtes plus notre rédacteur en chef ! ». Que répond « Golum » le rédacteur en chef ? « Je ne quitterai mon bureau que lorsque je recevrai des consignes » qu’il adore appliquer à la lettre d’ailleurs ! Là une journaliste fulmine et lui dit « Réveille-toi ! Les choses ont changé ! Tu n’a pas vu le dernier feuilleton à l’avenue Habib Bourguiba ? Tu n’as pas entendu parler de la Révolution ? Maintenant ‘dégage’ ! »

« Golum » s’énerve et quitte le bureau. Il devait rendre la voiture de fonction qui lui avait été attribuée
sous l’ancien régime.
Il ne l’a pas encore rendue jusqu’à nos jours ! « Quel culot ! dit un journaliste ! C’est un voleur qui se trouvait à la tête d’une rédaction ! On devrait lancer un avis de recherche pour récupérer la voiture ! »

Nadia, 30 ans, journaliste Marre de la censure

Je suis journaliste depuis 4 ans dans un journal proche du gouvernement. Je me suis spécialisée dans le domaine culturel d’une part parce que c’est ma formation d’autre part parce que c’est le milieu où on exerce le moins de censure sur les journalistes (quoique !). J’ai toujours critiqué les cinéastes et leurs films, c’était très ordinaire dans notre journal ! Voici qu’un jour mon rédac-chef principal m’envoie à Redaif pour l’avant première du film de Ali Laabidi. Le film était un navet d’ailleurs ce n’est pas un scoop, tout le monde connaît les films de ce cinéaste et comment il les finançait. J’ai écrit alors un article professionnellement très critique mais sans viser le cinéaste en personne. Le lendemain, je retrouve un article tout à fait élogieux dans mon journal ! J’étais sidérée ! Plus tard, j’ai compris que le cinéaste en question était l’ami personnel du patron du RCD ? Lequel patron a placé mon rédacteur en chef ! Un rédac-chef qui mérite au moins un « dégage » autrement, c’est une insulte pour les journalistes.

« J’attends des consignes » : c’est dire à quel point ses patrons étaient « castés » pour ces postes que ce soit dans des banques, dans des institutions publiques ou dans les journaux. Leur rôle se résumait à exécuter des ordres venus d’en haut et à lire des bibles qui arrivaient du Palais de Carthage. C’est pour cela qu’ils ont fini par symboliser Carthage dans sa version répressive même s’ils n’étaient que de minables pions. Et avec le temps leur psychologie a été tellement formatée qu’ils ne pouvaient pas fonctionner sans consignes. Un ancien PDG d’une institution publique à qui on a demandé de dégager a déclaré quelques jours après . « Comme tout le monde je ne m’attendais pas à cette Révolution ! Mais je savais qu’il y avait des injustices ! Que voulez-vous que je fasse ! J’ai été nommé PDG ce n’est pas ma faute, je ne pouvais pas refuser ce poste non plus. Ce n’est qu’après la nomination que le palais et la famille Ben Ali commencent à vous donner des ordres. A ce moment là, j’avais mon train de vie et surtout mes enfants qui étudient à l’étranger avec tout ce que vous pouvez imaginer comme dépenses ! Je ne pouvais pas dire non ! De la part de mes employés, je n’ai pas vu d’actes de violence. J’ai dégagé à la première pancarte ! ».

C’est dur de représenter un symbole de l’ancien régime et surtout l’un de ses serviteurs même forcé. Si ce PDG était tenu en lisière pour des problèmes financiers, d’autres avaient des ambitions politiques et au nom de ces ambitions, étaient prêts à vendre leur mère, leur femme et même leur âme! C’est le cas de Chaker un universitaire (chef de département) spécialisé dans la langue de Voltaire et qui se voyait déjà ambassadeur ou ministre, rien qu’en inondant les journaux de la place avec de longs papiers élogieux sur la politique « perspicace » et « clairvoyante » de Ben Ali. Par intérêt financier ou par ambition politique ces « dégagés » ont dû susciter pendant de nombreuses années une haine terrible chez leurs collaborateurs.

Mourad, 45 ans, cadre supérieur à la société d’assurance STAR « Il méritait un dégage »

Oui, les Tunisiens n’ont pas pu exprimer leur joie après le 14 janvier. Les Egyptiens eux ont pu le faire parce qu’il y a eu une passation directe à l’armée qui gère bien les choses et qui traduit des ministres en justice. Cela n’a pas été le cas pour nous. Au lendemain du 14 janvier nous étions en proie à la peur des snipers et des milices de Ben Ali, nous avons vécu cette violence et ce mépris dans la chair et nous avons voulu réagir contre les restes de Ben Ali le véreux. Ces snipers et ces milices du RCD ne sont pas sans nous rappeler d’autres véreux qui peuplent nos institutions et nos entreprises. Il ne faut pas oublier que tout système mafieux est un système tentaculaire. Les patrons font partie de ces tentacules. Alors pourquoi nous reproche-t-on de chasser notre patron ? Ce dernier était impliqué jusqu’au cou avec l’ancienne mafia. Il a perpétré une terrible injustice envers de nos collègues. Il se comportait comme un petit dictateur sans scrupules. Il n’y a pas eu d’agression particulière à l’encontre de sa personne mais cela a failli dégénérer et il aurait pu y laisser des plumes. Il y avait un tel sentiment d’injustice et d’humiliation de la part des employés qu’ils auraient pu le tuer. Avant de quitter son bureau, (tous les employés étaient rassemblés devant sa porte), on l’entendait détruire des documents dans le hachoir à papier et la machine n’arrêtait pas de bouffer du papier. C’était gargantuesque ! C’était clair qu’il détruisait des preuves ! C’est dire à quel point il était impliqué.

Des « petits Ben Ali »

« Ils n’ont rien compris, dit Hela employée dans une société d’assurance, tout comme Ben Ali et les Trabelsi, ils croyaient que les Tunisiens dormaient sur leurs deux oreilles ! Aujourd’hui on sait qu’ils sont tous des petits Ben Ali. On sait qu’on n’est pas en Europe ».L’Europe ! Eh ! Oui le modèle a toujours pignon sur rue. La lecture du modèle européen nous permet de donner également une explication à la question du largage des patrons ! En Europe, il y a une dialectique qui, avec le développement des technologies, des concepts, des comportements mais aussi avec celui de l’environnement extérieur comme la démocratie, les droits de l’homme, la liberté d’expression, a fait que ce genre de personnes ont été dénoncées et, du fait même d’une dialectique interne de l’entreprise, ont été éjectées à la suite d’une évolution naturelle des choses. En Tunisie, au contraire, ils ont été renforcés par la vision vorace du management représentée en toute arrogance par la famille au pouvoir. La légitimité de ces patrons ne vient pas souvent de l’intérieur de l’entreprise mais de l’extérieur, ce qui les a rendu encore plus dangereux et plus détestables pour leurs employés. Après la Révolution, une nouvelle dialectique s’est imposée et ne pouvait qu’aboutir à l’éviction de ce genre de personnes. C’est presque dans l’ordre naturel des choses.

Kamel B., universitaire, a une lecture plutôt sociale du phénomène : « La raison réside aussi dans le comportement de nos responsables, dit-il. La plupart ont une vision particulière du patron qui veut qu’un boss n’aille pas vers les ouvriers, ne partage pas beaucoup de choses avec les gens qui occupent un rang inférieur au sien , qu’il y ait des filtres au sein de l’entreprise. C’est devenu en quelque sorte une culture de gestion. Et c’est terrible car l’héritage ne sera pas facile à résorber. » Le côté social est également très présent dans ces contestations qui visent les patrons car tout de suite après la révolution qui avait des objectifs politiques beaucoup d’employés sont tombés dans la contestation sociale. C’est ainsi qu’on s’est mis à virer des boss à tout bout de champ. Le patron d’une PME dans le centre du pays raconte « Avec mes employés, je me suis toujours comporté avec respect. Ils avaient leurs primes, leurs augmentations de salaires qui leur reviennent de droit et même des primes pour les Aïd. Après la révolution, ils ont exigé encore plus ! Je leur ai dit que je pouvais mettre la clef sous la porte et m’en aller. Du reste, j’ai de quoi vivre moi ! » C’est ce qu’on appelle contester pour contester ! Et il faut le voir pour le croire ! Tout le monde veut virer son patron. Pourquoi ? Pour des raisons politiques, sociales ou tout simplement pour faire comme les autres et ne pas mourir bête…Voici un directeur général dans une compagnie de travaux publics à qui on a également demandé de dégager.son travail était d’orienter et les employés vers le RCD et de mettre au pas ceux qui s’y refusent. Certains cadres ont eu une petite conversation avec lui. On dit « petite » parce qu’il ne parle pas beaucoup lui, surtout avec des subordonnés. Il se dit discret faute d’avoir de la culture et de la conversation. Ces cadres disent qu’il se trouve encore dans les nuages de l’ancien régime. D’autres disent qu’il est dans l’embarras parce qu’il ne trouve pas un autre Ben Ali pour « lui cirer les pompes » et d’autres ministres de la propagande pour lui donner des consignes. Mais patience… tout gouvernement a besoin d’un directeur général ou d’un PDG pour le servir !

Mehdi, 40 ans, journaliste « Un petit Ben Ali à la tête de La Presse »

Notre PDG était un petit Ben Ali. Il essayait même de le mimer dans ses gestes. Dans son dernier éditorial paru le 14 janvier au matin, il disait que le discours de Ben Ali a réconcilié le peuple avec l’Etat et qu’il était tellement subjugué par le raïs qu’il avait nommé sa fille « Wafa » par fidélité à la personne de Ben Ali et à son système. Pendant les réunions, il n’y en avait que pour lui. Nous n’étions là que pour dire « oui ». Toute critique était considérée comme une attaque dirigée contre sa personne. Il n’y avait que lui qui comptait d’ailleurs. Et il insistait pour qu’on pousse plus dans la flagornerie de Sakher El Materi, de Belhassen Trabelsi et dernièrement de Leïla Ben Ali à qu’il réservait un espace à la une tous les jours. D’autre part, il affichait un mépris total envers tous les employés du journal. Et il disait à peine « bonjour » à celui qui le croisait dans les étages (et pourtant il y en a quatre). Avec lui, le peu d’articles où on pouvait s’éclater avaient cessé de paraître. Il y avait des PDG qui ne pouvaient faire autrement que servir le régime et Dieu sait qu’il y en a eu dans notre journal. Mais ces PDG trouvaient un certain équilibre avec la rédaction. Ils entretenaient surtout des rapports très humains avec nous. Mais celui-là était un vrai suppôt du régime, surtout de la personne de Ben Ali et de Leïla ! C’était quelqu’un de très imbu de lui-même. Il traitait les journalistes avec un mépris sans égal tout comme Ben Ali traitait le peuple ! Après la chute du régime, ce PDG a profité d’un week-end de terreur pour venir au journal et le quitter une heure après avec trois cartables bourrés de documents. En tout cas, ce n’était pas « des manuels à l’usage des petits Ben Ali ». Lorsque la rédaction s’est adressée à lui pour le faire « dégager », il n’a pas demandé son reste mais on sentait à quel point il était aigri… son grand Ben Ali lui a posé un lapin et Leïla s’est révélée une voleuse de classe ! C’était pour lui un monde qui s’effondrait et pour nous l’avènement d’une aube nouvelle.

L’avis du psy

Quel est votre lecture de cette vague de « dégage » employée à l’encontre des patrons ?

La fuite du président déchu Ben Ali et le démantèlement de son système représente une épreuve très délicate à la notion d’autorité. Les répercussions de ce « meurtre » du chef de l’état sont importantes quant à la relation qui relie le citoyen tunisien à l’autorité. Si nous nous limitons au registre psychique de cette vague de « dégage » nous assistons à des tentatives répétitives de confrontation avec le chef, comme si le passage à l’au delà de révolution ne peut se faire qu’au prix d’un réel meurtre. A travers la contestation des patrons qui s’apparente, il ya une violence qui se rapproche du meurtre professionnel, social et familial. La révolution est loin d’être finie, elle n’est pas seulement politique comme le disent certains, elle nous est intrinsèque, elle est contenue dans chacun de nous. Pour la première fois de son existence le tunisien se trouve responsable de son pays et de son avenir en l’absence d’un tuteur tout puissant. Le Tunisien aujourd’hui se sent ingouvernable, il ne croit plus aux gouvernants, à la notion même de l’état. Les décideurs sont totalement remis en question. Il y a un déchaînement dans l’expression des libertés, chacun se révolte contre son tuteur. Nous ne sommes pas encore au stade du « meurtre symbolique » du chef, la tendance actuelle de tout « dégager » n’est qu’une répétition du même phénomène du 14 janvier et qui paradoxalement montre l’impossibilité du meurtre symbolique.

Est-ce qu’il y aurait un lien avec le fait que la joie de la révolution n’a pas été vécue ?

Il y a surtout un rapport avec une déception post révolutionnaire, une déception obligatoire et nécessaire. Le tunisien croit qu’il s’est libéré de tout en se débarrassant de Ben Ali. Aujourd’hui encore il croit qu’il sera plus libre s’il se débarrasse du gouvernement transitoire.

Je vois dans cet acharnement à faire dégager les patrons la recherche d’un idéal qui ne sera jamais atteint. Je vois dans ma pratique beaucoup d’adolescents qui expriment en cette période une révolte contre leurs parents comme si ce qui se passe sur le plan national fait écho à ces jeunes qui sont en quête d’individuation et d’autonomie, ce qui passe par des tentatives de « meurtre symbolique » des parents.

Quels sont les nouveaux rapports hiérarchiques qui se sont installés après la révolution?

C’est exactement la question fondamentale du moment. Comment va s’organiser l’autorité pour retrouver sa place et son efficacité ? Comment l’autorité peut-elle s’exercer en absence totale d’hiérarchie ? L’autorité est en rapport avec la loi, la mise en place d’un système de droit dans lequel le respect de la loi, donnera naissance à une hiérarchie fonctionnelle et respectée. Le patron ne sera plus craint mais respecté, son autorité ira de soi, ce n’est pas sa personne qui compte le plus, mais plutôt son poste et sa légitimité dans ce poste.

Quand certains disent aujourd’hui que ce gouvernement transitoire n’est pas légitime, ils lui enlèvent toute autorité et se retrouvent, eux, dans l’illusion de faire la loi et de prendre la place du chef. Malheureusement dans la dynamique de groupe les choses sont loin d’être simples et la subjectivité de chacun joue un rôle sur le groupe.

Se débarrassera-t-on à jamais de l’image du père (patron ou rais) après cette révolution ?

L’être humain a horreur du chaos, il cherchera d’une manière ou d’une autre à s’organiser. Cette organisation suppose l’instauration de la loi et un représentant de cette loi. Jusque là dans les pays arabes les dirigeants jouent le rôle de père réel de la nation. Ce père réel omniprésent à travers ses portraits, agit sur chacun comme tuteur, par sa toute puissance il dépasse la loi, il est lui-même la loi. A mon avis, en Tunisie il n’y a plus de place pour un père de la nation. Mais qui prendra sa place ? Nous vivons en ce moment cette transition difficile, la mort du père d’un côté et l’absence de structure légitime et symbolique de l’autre. L’autorité n’a pas besoin d’un père pour la représenter. La solution est un système bien structuré et une responsabilisation de tous dans un pays de droit où la loi est au dessus de tous.