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La peau et le diabète

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La peau et le diabète

Le diabète est la pathologie silencieuse du 21ème siècle. Au fil du temps, il altère le fonctionnement de plusieurs organes comme la peau, les yeux, le cœur, les reins et le cerveau. Des manifestations cutanées érythémateuses, nécrolytiques et allergiques apparaissent chez le diabétique.

par Ema Farès

Des examens minutieux de la peau permettent de déterminer l’affection cutanée et de la prendre en charge. Plus de la moitié des patients diabétiques manifestent des anomalies cutanées.
Tour d’horizon de ces maladies qui affectent la peau.

Les types de diabète et les affections de la peau

On distingue deux types de diabète. Le diabète de type 1 représente 10 % des cas. Ce diabète est une affection auto-immune et est dû au fait que le système immunitaire ne reconnaît pas les cellules béta des îlots de Langerhans et les détruit. Ces cellules produisent de l’insuline entraînant l’entrée du glucose dans les cellules. Le glucose retourne dans le sang et sa concentration se retrouve élevée. Par ailleurs, pour le diabète de type 2, qui est le plus courant, les cellules font résistance et le glucose n’est pas utilisé correctement par les cellules. Par conséquent, le taux de glucose augmente dans le sang. Cette hyperglycémie induit des risques pour plusieurs organes, dont la peau. Les atteintes dermiques du diabète peuvent être liées à la maladie elle-même, associées à des séquelles de traitements ou bien à une prise médicamenteuse. Parmi les anomalies cutanées, on cite l’atteinte et la perte de la sensibilité du pied, un retard de cicatrisation des plaies, les érythèmes cutanés, le vitiligo lié essentiellement au diabète de type 1, des ulcères cutanés qui peuvent alerter sur un risque de neuropathies.

Les maladies cutanées liées au diabète

Parmi les maladies dermiques liées au diabète, on distingue :
– La nécrobiose lipoïdique :
Cette atteinte dermique rare touche de 0,3 % à 1,2 % des patients diabétiques et est caractérisée par l’apparition de papules érythémateuses. Elle est également appelée la maladie d’Oppenheim-Urbach. Elle se manifeste par des taches lésionnelles rouges à brunâtres au niveau de la face antérieure de la jambe sur une étendue centrifuge. Généralement, le traitement se fait selon les cas, le type du diabète et la sévérité des lésions. La prise en charge est tenue par des dermocorticoïdes, des anti-inflammatoires ou des immunosuppresseurs (ciclosporine et anti-TNF). La voie chirurgicale, renferme une exérèse et une greffe cutanée. Par ailleurs, les autres compléments thérapeutiques pouvant être préconisés sont le laser CO2 fractionné combiné à la radiofréquence. Dans des cas rares, cette nécrobiose se transforme en carcinome épidermoïde.

– La bullose oedémateuse des jambes
Ces bulles peuvent survenir d’une manière insidieuse et brutale et se rompre facilement et entraînant des plaques rougeâtres à brunâtres. C’est un trouble dégénératif du diabète avec un clivage sous ou intra-épidermique. Parmi les traitements de cette dermatose, la prescription de dermocorticoïdes et d’immunosuppresseurs, selon les cas.

– L’acanthosis nigricans
C’est une anomalie cutanée qui touche essentiellement les diabétiques de type 2. Cette atteinte cutanée affecte aussi bien les jeunes que les adultes et se traduit par un durcissement et une pigmentation en excès de la peau ainsi que la survenue de verrues dans les plis de flexion des membres. Le traitement de cette pathologie se fait par voie orale et l’application de pommades et crèmes topiques à base de rétinol A. Par ailleurs, le patient doit gérer son poids et maîtriser son traitement pour soulager sa maladie.

Les papules de Huntley ou « finger pebbles »
Ce sont des taches granitées et striées qui affectent les doigts et les faces dorsales des mains. Cette anomalie hyperkératosique est assez courante chez les patients diabétiques.

Le granulome annulaire
C’est une anomalie cutanée qui est souvent associée au diabète mal contrôlé. Cette dermatose entraîne des lésions sous formes de papules arciformes qui peuvent être jaunâtres, rosâtres ou rougeâtres. La rémission est spontanée avec des corticoïdes, des anti-inflammatoires ou des immunosuppresseurs selon les cas.

La dermopathie diabétique :
Cette pathologie est souvent corrélée à une microangiopathie. Elle est caractérisée par des lésions circulaires, atrophiques, bilatérales et pigmentées. Les plaques cutanées sont brunes, claires et squamateuses. Les signes de cette inflammation ne présentent pas de >douleurs, ni de démangeaisons.

Le vitiligo auto-immun
Les patients atteints de diabète 1 ont plus de risques d’être atteints par le vitiligo. Cette anomalie de la peau se traduit par une hyperpigmentation et une perte des cellules mélanocytaires. Il se manifeste par des taches dépigmentées à limites nettes. Près de 3 % à 9 % des personnes atteintes de vitiligo sont des diabétiques. Le traitement de cette affection repose sur des dermocorticoïdes, des inhibiteurs de la calcineurine et des analogues de la vitamine D.

La sclérodermie
Elle se distingue par des plaques scléreuses cutanées et des lésions appelées « morphées » qui atteignent le cuir chevelu, la face et les membres. Des troubles musculo-squelettiques surviennent au cours de cette atteinte de la peau. Le traitement se fait par des corticoïdes locaux, des prostaglandines, des immunosuppresseurs et parfois des antidouleurs dans le cas de l’apparition d’algies articulaires.

La cheiroarthropathie
C’est une affection cutanée qui est appelée également « le syndrome de la main raide ». Elle se traduit par un engourdissement des articulations des doigts. Par ailleurs, à un stade avancé, cette maladie entraîne des contraintes de mouvements articulaires au niveau des poignets, des coudes et des épaules. Elle apparaît chez les diabètes de type 1 que de type 2 et elle peut être associée à une affection rétinienne ou neurologique. La prévalence de cette affection est de 8 % à 50 % des patients diabétiques de type 1 et près de 25 % à 75 % des diabètes de type 2. Les signes de la cheiroarthropathie sont en rapport avec la durée et l’évolution du syndrome diabétique. Le traitement se base essentiellement sur des anti-inflammatoires non stéroïdiens et des séances de rééducation pour assurer la souplesse des mouvements de la main et des doigts.

Les candidoses
Ce sont des mycoses survenant suite à une infection par un champignon, candida albicans. Elles se développent chez les sujets ayant un diabète et surviennent au niveau des différents endroits du corps (main, bras, tronc, abdomen). Ces candidoses sont diverses et on y distingue les dermatophytoses et le pityriasis versicolore. Le traitement de ces mycoses se fait généralement par des médicaments antifongiques.

La gangrène des diabétiques
Les lésions des membres inférieurs sont très courantes chez les patients diabétiques. La gangrène diabétique est l’une des complications majeures des diabètes de type 1 et 2 lorsque celui-ci est mal contrôlé. Près de 5 % à 10 % risquent une amputation et près de la moitié de ces amputations peuvent être évitées avec la maîtrise et la gestion du diabète par le patient. C’est pour cette raison que toute plaie ou blessure par exemple au niveau du pied doit être traitée rapidement. Un diabétique peut ignorer une lésion non soignée ou une blessure, ce qui induit une surinfection grave du membre.

Les maladies cutanées dues aux prises médicamenteuses antidiabétiques

Parmi les médicaments qui entraînent des effets secondaires sur la peau des diabétiques, les sulfamides hypoglycémiants qui provoquent chez certains patients des érythèmes nécrolytiques et des éruptions lichénoides. En outre, les biguanides peuvent induire des érythèmes passagers, des manifestations d’urticaires et des prurits. Les traitements peuvent associer, selon les cas des dermocorticoïdes, des antihistaminiques ou des biothérapies.

Les maladies cutanées liées aux formes insuliniques

Le diagnostic de ces maladies cutanées en rapport avec l’administration de certains types d’insuline se font par des tests cutanés ou pricks* pour déceler l’hypersensibilité immédiate ou les tests intradermiques (IDR) réservés aux explorations médicamenteuses et un dosage des immunoglobulines Ig E. Le traitement se fait par la prescription des anti-H1, des dermocorticoides et une induction de tolérance avec des pompes à insuline.

Les complications des atteintes de la peau et diabète

Les séquelles sévères sur la peau peuvent entraîner des anomalies vasculaires comme les athéromes, des troubles oculaires comme la cataracte précoce et des neuropathies neurovégétatives, sensitives et motrices.

La prévention des maladies cutanées pour le patient diabétique

Pour se prémunir des maladies cutanées chez le diabétique, il est essentiel d’adopter des règles hygiéno-diététiques. Parmi ces règles préventives une vie saine et une activité sportive régulière. Parmi les soins cutanés de prévention, une hydratation quotidienne de la peau notamment les mains et les pieds.

L’avis du spécialiste Dr Houda Kennou Dermatologue

Quelles sont les principales anomalies cutanées qui touchent le diabétique ?

Comme pour tous les organes, la peau se dégrade à cause du diabète pour plusieurs raisons. En premier lieu, le diabète cause une déshydratation, une envie fréquente d’uriner de telle sorte que la peau devient sèche et rugueuse, ce sont les symptomatologies remarquées chez un patient diabétique. En second lieu, au cours du syndrome diabétique, il se produit plusieurs problèmes au niveau du corps et la peau fait partie des organes touchés par cette maladie.
On distingue :
– La microangiopathie est une anomalie qui affecte les petits vaisseaux sanguins et qui peut affecter le tissu cutané, l’œil et les reins. En ce qui concerne la peau, le problème de la microangiopathie est le fait de ne pas traiter. Cela peut entraîner une gangrène et qui peut être suivie d’une amputation. Le diabète va entraîner une fonte musculaire, les muscles vont être atrophiés et il va y avoir un dysfonctionnement des fibres musculaires. Par conséquent, le patient diabétique va avoir un problème de statisme. Le diabétique ne va plus marcher normalement, va s’appuyer sur certaines zones au niveau des pieds et cela va causer des épaississements, des crevasses et des creux de la peau, des cors ou « durillons des pieds ». La peau va se fissurer et s’infecter au niveau du talon. Lors d’une microangiopathie lorsqu’il y a un cor qui va s’infecter, il y aura une mauvaise oxygénation et cicatrisation de la peau, ce qui peut donner ce qu’on appelle, un mal perforant plantaire, une maladie très fréquente chez le diabétique notamment au niveau de la partie antérieure de la plante des pieds. Ceci peut entraîner une neuropathie périphérique avec une perte de la sensation de la douleur. La peau va s’infecter et le mal perforant plantaire pourra atteindre l’os sans que la personne diabétique en ressente les signes. Quand il consulte le médecin, c’est dans un état qui nécessite parfois des amputations. La microangiopathie dépend de la durée du diabète et du contrôle de HbA1c. Pour éviter une complication de cette affection, il est important de veiller à son équilibre glycémique.
Les patients diabétiques ont tendance à faire plusieurs infections cutanées à cause de l’immunodépression telles que des furoncles, des folliculites et des mycoses. Pour les mycoses, on retrouve le muguet au niveau de la bouche, de l’œsophage et de l’estomac, ainsi que les parties génitales chez l’homme ou la femme. Il y a également les mycoses fongiques, entre les pieds que l’on appelle « intertrigo inter-orteils ». Il faut traiter immédiatement ces mycoses parce qu’elles peuvent être une voie d’entrée pour des plaies et des infections chroniques entraînant de lourdes séquelles pour le patient diabétique.

– Il y a certains patients diabétiques qui développent la nécrobiose lipoïdique, c’est une maladie de la peau qui atteint les jambes. Des plaques scléreuses apparaissent au niveau de la peau, c’est une affection cutanée très douloureuse et dont le traitement est toujours décevant, même si on équilibre le diabète. Les causes exactes sont méconnues. En revanche, c’est une maladie spécifique du diabète, c’est-à-dire que si cette anomalie cutanée est diagnostiquée, c’est que le patient a automatiquement un diabète.

– Chez les diabétiques, il y a souvent au niveau des pieds un épaississement et une rugosité de la peau qui devient de couleur sombre, c’est ce qu’on appelle l’acanthosis nigricans qui est une affection cutanée très fréquente.

Quelles sont les lésions cutanées liées aux médicaments ?

Pour les patients non insulinodépendants, certains comprimés par voie orale peuvent, dans certains, cas provoquer des allergies médicamenteuses. Par contre, pour les diabétiques qui reçoivent des doses insuliniques, il peut y avoir des lésions, des bosses et des dépressions au niveau du site des injections, des atrophies de la peau. Certains patients ont une photosensibilité, la prise de l’insuline liée à l’exposition au soleil peut donner des allergies au niveau du visage et des parties découvertes du corps. C’est pour cette raison qu’il est important de consulter son médecin traitant si l’on pense qu’une réaction allergique s’est produite, suite à une réaction médicamenteuse.

Comment se fait la prévention des affections de la peau ?

Je considère que le pied du diabétique est un organe noble dont il faut s’occuper au même titre que les yeux ou le coeur. Il faut, dès l’apparition d’un cor, durillon, fissure ou autre lésion cutanée, consulter un dermatologue. Une hygiène irréprochable est indispensable pour les mains et les pieds. Par ailleurs, pour certains patients atteints d’une mycose au niveau des pieds, il faut bien laver, sécher et appliquer un antiseptique, des crèmes hydratantes et des antifongiques. Il ne faut pas laisser les pieds humides. En outre, il faut consulter un podologue pour qu’il puisse recommander des semelles adéquates aux pieds du diabétique. Par ailleurs, il faut éviter les chaussures étroites et serrées. Quand il y a une infection même débutante, il faut consulter un médecin spécialiste, équilibrer son diabète, afin d’éviter les séquelles. Au moindre problème de la peau, il faut aller consulter son médecin traitant ou un dermatologue.

Quelle prise en charge pour ces différentes pathologies ?

Il est important d’abord d’équilibrer le diabète et >avoir des produits hydratants adaptés quand la peau devient sèche et rugueuse. Selon le stade, le traitement se fait par voie orale et en usage externe, par des crèmes. Pour la nécrobiose lipoïdique et la microangiopathie, c’est le diabétologue qui prescrit la prise en charge. Si le patient diabétique a un début de prolifération de champignons au niveau des pieds, entre les orteils ou au niveau des ongles des mains, etc, il faut consulter pour mieux traiter l’affection fongique. Par ailleurs, il faut associer l’hygiène du corps à la prise médicamenteuse. Dès qu’il se produit une lésion infectée, il faut immédiatement voir son médecin traitement, parce qu’il faut souvent une antibiothérapie.

Qu’en est-il de la prise en charge par la voie du laser et de la radiofréquence dans certaines affections comme l’acanthosis nigricans et les anomalies de pigmentations cutanées ?

Pour le laser et la radiofréquence, il est vrai que les indications sont assez larges, que ce soit pour les soins de la peau pour les patients diabétiques ou non. Pour l’acanthosis nigricans, il est possible d’utiliser certains lasers mais il faut faire attention au risque d’ hyperpigmentation, qui, au lieu de traiter, peut entraîner des complications. Par ailleurs, il faut se méfier des risques de brûlures. Le patient diabétique est déjà vulnérable. La radiofréquence est préconisée pour la régénération de glycogène et le raffermissement de la peau. Pour le peeling, personnellement, je ne le conseille pas pour les diabétiques afin d’éviter le risque d’infections.