regard de la societe tunisienne sur les femmes celibataires

Femmes célibataires en Tunisie: prise de conscience de leurs valeurs ou mutation sociale ?

Publié le

Selon les statistiques de l’Office National de la Famille et de la Population le taux des femmes célibataires de plus de 30 ans est de 29%. Ce chiffre reflète des mutations et transformations sociales qui ont pris élan ces 20 dernières années. En effet, les mentalités des femmes dans les différentes régions du pays ont changé, sans pour autant que l’autre sexe n’en prenne conscience réellement.

par

Une réalité tunisienne : vivre dans le paradoxe d’une société mitigée

La scolarité des filles en Tunisie est de 43%, ce qui est un pourcentage élevé par rapport aux pays maghrébins voisins, et cela est considéré comme le taux d’éducation le plus haut dans le monde arabe notamment. Cet avantage à plus d’inconvénients que de retombés positives car, dans une société où la femme est quasiment l’égale de l’homme législativement, ce fait lui garantit tous ses droits et son autonomie par rapport à sa famille et son conjoint si existant. Droit à l’éducation, au déplacement, au choix libre de son statut maritale, de ses convictions religieuses, au divorce, et au curetage protégé si elle souhaite limiter sa descendance.
 
Tout cela sonne beau, mais pas vrai dans la réalité et dans la vie quotidienne et de tous les jours en Tunisie. Malgré la protection de la loi, et malgré la situation enviable de la femme tunisienne, elle se trouve enfin, face à l’impasse des inégalités factuelles qui entravent la réalisation d’un statut matrimonial satisfaisant.
 
De nos jours, les jeunes femmes de 30 ans, ayant bien fini leurs études, elles sont devenues ces demoiselles indépendantes, travailleuses, éduquées, ayant de la valeur dans la société et dans leurs familles. Dans plusieurs cas, elles sont de simples ouvrières ou même des hauts cadres dans des compagnies privées ou étatiques. Elles sont entrepreneures, médecins, conseillères, députées, pilotes, écrivaines, professeures, ministres… Elles rêvent d’un avenir meilleur, et d’améliorer leurs vies et celles de leurs semblables, et souhaitent surtout trouver l’âme sœur mais à condition, qu’il soit à la hauteur de leurs attentes.

Exigences inassouvies rattrapées par l’appel aux traditions

Oui, la femme tunisienne a bel et bien des exigences en ce qui concerne le choix de son futur compagnon. Consciente de l’importance de la décision sur laquelle sa vie et la vie de ses enfants reposent, elle préfère attendre la personne adéquate que de s’engager avec le premier venu. Choisir sa moitié, c’est aussi accepter d’intégrer un inconnu dans la vie qu’elle a mis longtemps à bâtir. Il doit donc partager ses perspectives, ses objectifs, ces aspirations, néanmoins, cette personne tant attendue, devrait aussi être capable de porter la responsabilité d’une vie à deux. Ce qui est rare de nos jours, car qu’on le veuille ou non, l’homme dans les sociétés arabo-musulmanes est convaincu qu’il s’occupe de la vie/l’espace extérieur, c’est à lui de parvenir aux besoins financiers de sa famille, et la femme s’occupe des affaires intérieures du domicile, et des enfants.
 
Cette répartition spatiale, patriarcale, archaïque et classique des tâches demeure la plus dominante dans les rangs des deux sexes. Ce fait ne facilite pas le choix pour les femmes encore célibataires.
 
En effet, lorsque la prise de conscience est profonde et entière, le fait de rejeter de tels coutumes et traditions ne se révèle pas un acte de rébellion contre le flux de la société. Plutôt, cette négation de l’efficacité d’une mentalité injuste, montre à quel point le retour en arrière sera difficile voire impossible pour une femme avertie.

Mentalité figée qui contrecarre des transformations réelles

La mentalité figée dans la société tunisienne ne laisse pas une grande marge de manœuvre à nos jeunes femmes. Tiraillées entre leur vision humaine moderniste, qui exige reconnaissance, respect mutuel et homologation si nécessaire, elles accepteront douloureusement qu’on lui délègue les tâches les plus ingrates au détriment de sa valeur en tant qu’un être égale, sans aucune objection réelle. Ce n’est pas le côté matériel uniquement qui est exigé dans ce cas, c’est le changement de comportement envers elle qui est revendiqué.
 
Ce n’est plus le mariage en lui-même qui importe pour la femme tunisienne, c’est la qualité des liens humains et maritaux, un ensemble de traits de caractère et de conditions, auxquels un futur conjoint devrait répondre.
Renforcée par une prise de conscience de sa valeur, certaines choisissent par conviction de demeurer célibataires au lieu de se jeter dans les bras d’un parfait mari aux yeux des autres, pour disloquer justement la pression de la société de l’entourage et de la famille. Une telle décision de mariage prise par la force des choses, a de fortes chances de mener à de sérieuses conséquences, comme la dépression chronique, les agressions et la violence, et dans le pire des cas un tel choix sans fondements clairs, mène directement au divorce.
 
Les causes qu’on vient de traiter ne représentent qu’une seule facette de multiples raisons qui expliquent le célibat en Tunisie. Il faut signaler aussi que le célibat se révèle un bon indicateur d’évolution dans la société tunisienne, à savoir que la femme tunisienne est consciente de sa valeur et de l’apport de son choix pour sa vie et celle de ses descendants, et donc de la société.