ghosting couple

Le « Ghosting » ou l’horrible silence radio

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Il ne répond plus à vos textos, il filtre vos appels … Attention, vous êtes peut-être victime de ghosting. Le point sur cette nouvelle «technique de rupture», la rupture 2.0 !

par

Sexothérapeute et Coach de vie

 

De la passion au silence radio

couple : de la passion au silence
 

C’était leur partenaire depuis des mois ou des années. Puis, du jour au lendemain, plus rien. Fini les mots doux, la tendresse et les projets. Sans aucune explication, il ou elle a disparu. Plus de coups de fil, plus de sms, plus de mails, plus aucun contact. L’autre est comme un disparu, mais n’en demeure pas moins bel et bien vivant. Pour les victimes de ghosting, place à l’absence et à l’incompréhension face à une rupture brutale.
Ce néologisme anglais, traduisible de manière barbare par « fantômer », désigne la fâcheuse tendance qu’ont certaines personnes à préférer la disparition à la confrontation. Une appellation popularisée par la presse people américaine après la rupture de Charlize Theron et Sean Penn au printemps 2015.
 
couple : silence radio

Une pratique vieille comme le monde !

Rompre en disparaissant de la circulation n’est pas franchement nouveau- on a en tête le cliché de l’homme disparu après être parti chercher un paquet de clopes -, le ghosting se différencie par le fait de disparaitre de la vie 2.0, les nouveaux outils technologiques mis désormais à notre disposition. Le ghosteur coupe tous les ponts qui le relient à son/sa partenaire, comme pour dire « ça y est, je ne veux plus de toi dans ma vie ».

Une pratique pas si rare !

Le ghosting concerne aussi bien les conquêtes d’un soir, que les couples en relation depuis de longues années. Même si le phénomène n’est pas nouveau, nos nouvelles habitudes de communication ont participé à son accentuation : en un clic, on est amis et en un clic, on ne l’est plus. Un geste finalement violent, quand on pense au fait qu’aujourd’hui nous sommes constamment reliés aux autres de par les réseaux sociaux, les téléphones, les ordinateurs, internet de manière générale.
Pas très classe, le ghosting, mais visiblement à la mode : selon un sondage mené sur 1000 personnes par YouGov et le Huffington Post en octobre 2014, 11 % des gens ont déjà utilisé cette technique pour se « débarrasser » d’un partenaire devenu indésirable et on retrouve la majorité de ces 11% dans la gent masculine.

L’idée ? Je te quitte (mais je ne te le dis pas)

couple : je te quitte sans le dire
 
Pas d’explications, pas d’excuses, pas d’épilogue. Le fait d’arrêter de donner des nouvelles brutalement : on coupe toute communication avec l’autre, on le fait se sentir invisible et inaudible du jour au lendemain. Et les nouvelles technologies bossent très bien pour eux : « Si je ne te montre pas que j’ai « vu » tes SMS et tes Messenger, moi qui suis connecté parce que je suis d’une génération connectée, tu vas comprendre tout(e) seul(e). Si je te supprime de mes ‘friends’ aussi. C’est simple : pour te draguer, je te ‘poke’ et t’écris, je ‘like’ tes photos et te ‘snap’. Donc pour te larguer, je fais le strict contraire.

Ghosting : le contraire de l’art de rompre

En fait, le ghosting ne désigne pas une rupture, mais l’absence de rupture.
Dans le cadre d’une relation de couple réelle et suivie, une personne peut choisir de « ghoster » son ou sa partenaire lorsque la relation s’est mal passée et qu’elle souhaite vite passer à autre chose, lorsqu’elle sait pertinemment que les discussions seront vaines, ou lorsque la relation est trop violente (psychologiquement et/ou physiquement), et nécessite un éloignement immédiat, total et salutaire.
D’autre part, dans le cadre de rencontres sur internet, le ghosting pourrait être considéré comme un moyen plus facile de couper le lien, sans avoir à s’expliquer : avec toutes les applications existantes aujourd’hui, on peut rencontrer en un clic beaucoup de gens, beaucoup plus que dans le réel. L’engagement dans la rencontre est également moins grand.
Dans tous les cas, il s’agit d’une technique pour se débarrasser d’un partenaire devenu « indésirable », en faisant l’économie d’une rupture en bonne et due forme. C’est une manière de ne pas affronter la fin d’une histoire, et les conflits qui pourraient en découler.

Qui pratique le ghosting ?

– Des personnes qui ne savent pas rompre : il y a ceux qui sont trop timides, trop effrayés à l’idée de dire que tout est terminé à celui ou celle qu’ils ont aimé. Disparaître du paysage devient alors “plus facile” pour eux, mais pas forcément pour leur conscience.

– Des « consommateurs » de relations amoureuses : la sexualité pourrait même devenir un loisir comme un autre. La seule référence est le plaisir personnel. Lorsqu’il s’agit de s’engager à plus long terme, de nombreuses personnes vont s’inscrire dans cette logique consumériste: ils vont définir le “produit idéal” qui va devoir répondre à leurs attentes. Si cela ne fonctionne pas entre eux, s’il n’est pas exactement conforme à ce qu’ils avaient demandé, ils ne l’acceptent pas. Ils renvoient le produit.

– Par lâcheté et peur de blesser : Le ghosteur voit en l’acte la peur de blesser, la difficulté à s’engager, le désir de se protéger, la poursuite de l’être idéal, la quête du ‘toujours plus, toujours mieux’, la lâcheté, la flemme ou encore le manque de considération pour l’autre. C’est une réaction finalement assez infantile d’une personne qui n’assume pas vraiment sa position.

Le silence radio est synonyme de puérilité. Un adulte n’a pas recours au ghosting pour rompre.

Ne pas chercher de sens dans le silence

En cas de ghosting, celui qui reste est seul face à ses questions. Une telle disparition, c’est vertigineux. Le ghosting entraîne une perte de confiance en soi, une profonde dévalorisation. Celui qui reste va se sentir abandonné. « Je suis anéantie. Je n’arrive plus à avancer. Je ne sais pas ce que j’ai fait de mal. Je n’arrête pas de me remettre en question. Je me torture l’esprit avec des tas de questions auxquelles je n’ai aucune réponse… » Témoigne une personne qui a été ‘ghosté’ par son compagnon.
Pourtant, c’est en acceptant de ne pas avoir toutes ces réponses que l’on pourra se reconstruire. Le piège, c’est de se culpabiliser, de regarder « à la loupe » tout ce que l’on a pu faire et se dire que l’on n’aurait peut-être pas dû agir de telle ou telle façon.
Pour obtenir des explications, le premier réflexe d’une victime de ghosting est bien évidemment d’essayer d’entrer en contact avec l’autre et son silence n’en est que plus ravageur. Dans les premiers temps, de nombreuses personnes cèdent à la panique et pensent que l’autre a eu un accident.

Vivre après un ghosting

La personne « ghostée » est laissée dans l’incapacité de réagir, ce qui est frustrant et violent pour elle. Pas facile de se reconstruire, de refaire confiance. Pourtant, il est important d’accepter que l’on ne peut pas tout contrôler, ni tout anticiper. Au-delà du fait d’être particulièrement vexant, le ghosting vient entacher le processus de deuil amoureux habituellement enclenché par une rupture.
Si les explications n’arrivent malheureusement jamais, il faut essayer, autant que possible, de donner du sens au départ de son partenaire, en « posant des questions autour d’elle, voire en en parlant avec un professionnel pour y voir plus clair. Ecrire au partenaire qui est parti sans explication peut également contribuer à mettre un terme officiel à la relation, ce qui peut ensuite permettre le déclenchement du processus de deuil. Evidemment, il est illusoire d’attendre une réponse, la personne doit faire cela avant tout pour elle, pour pouvoir passer à autre chose. Cela lui permettra de retrouver un peu cette capacité de réagir qu’on lui a retirée en rompant de la sorte.