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L’enfant et le web

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L’enfant et le web

D’abord c’était la télé. Les parents s’inquiétaient de l’emprise de ce petit écran qui hypnotise leurs enfants et qui leur apprend des mots et des idées dont on ne veut pas forcément dans la famille. Maintenant c’est le web. La télé puissance 1 million en termes d’impact.

par Sondes Khribi Khalifa

Qu’est-ce qui se joue réellement sur ces interfaces au design si fun, avec autant d’images, de commentaires et de « j’aime » ? Y a-t-il des dangers dont on devrait protéger sa progéniture ou sommes-nous trop vieux pour comprendre le web et les réseaux sociaux ? Le web, finalement, est-ce un progrès pour nos enfants ? Quand intervenir et comment ? Beaucoup de questions auxquelles doivent répondre les parents aujourd’hui pour que leurs enfants deviennent des adultes sereins et équilibrés.

Il y a quelques années les pédo psychologues faisaient des plateaux télé pour expliquer aux parents que la télé n’est pas si recommandée pour un développement psychomoteur sain de leurs enfants.

La télé pour les enfants n’était donc pas recommandée avant l’âge de 1 an, nous disaient-ils. Pourtant des chaînes de télé proposaient du contenu pour les 3 mois.

Des couleurs, des belles formes, voilà qui a l’air bien pour stimuler l’éveil et l’intelligence de l’enfant, à condition de ne pas le laisser des heures durant, pointé devant le petit écran jusqu’à l’endormissement pour certains.

Ensuite c’était la question de la violence qui faisait débat. La violence serait générée sinon renforcée par la télé. Enfants et ados stressés, agressifs et violents seraient influencés, manipulés par l’avalanche d’images, de séries américaines, de pubs, etc.

Comme si la télé ne suffisait pas…

La télé est un peu passée de mode on dirait. Ma fille ne me demande pas, comme je le faisais à mes parents, la permission de regarder un autre épisode de « Beverly Hills ». Aujourd’hui, ma fille a déjà sa propre tablette tactile.

La télé ce n’est  pas si intéressant car on peut tout avoir sur son petit objet magique, à la fois télé, interface de jeux, caméra et appareil photo, magnétophone, etc.

Que sais-je ! J’avoue que je ne me donne pas beaucoup de temps pour scruter tout ce qu’on peut faire avec cette tablette que j’emprunte de temps en temps (quand même !) pour lire un livre.  

Aujourd’hui, les écrans envahissent nos vies. Dans toutes les familles il est fréquent d’être réunis vers 8 h du soir : papa regardant le (sacré) journal télé de la Watanya,  le petit regardant un « truc » sur sa tablette, la petite jouant à un de ces jeux colorés sur le téléphone de maman.

Et maman travaillant, sur son vieil ordinateur, le dossier qu’elle va rendre demain au bureau.

Les écrans et la révolution des TIC, c’est peut-être une grande avancée technologique, une avancée de la taille de celle de l’imprimerie, voire plus.

Elle est en train de changer la civilisation humaine, elle peut considérablement accélérer l’apprentissage et l’ouverture à des connaissances infinies …à nos enfants, leur donner plus d’horizons. Mais c’est aussi une arme à double tranchant.

Facebook : c’est oui ou c’est non ?

Avant, comme beaucoup d’adultes sérieux je me moquais de ce FB. Je ne me voyais pas poster ma photo que des inconnus peuvent regarder.
Ecrire des choses que des inconnus peuvent lire, mais en plus commenter. Aujourd’hui, j’ai un compte FB comme tout le monde car ça me permet simplement d’être dans le monde d’aujourd’hui ! Comprendre les enjeux auxquels font face mes propres enfants.

Si votre enfant de 10 ans vous demande une tablette ou une 3G pour avoir un compte FB, qu’allez-vous lui dire ? Trop jeune pour ça? Vous risquez d’être passéiste (ringard) avec une telle réponse…

S’il a déjà un compte, savez-vous ce qu’il en fait au juste ? Savez-vous ce qui se joue derrière ces milliards de « j’aime » postés dans le monde toutes les secondes ?

En tout cas si vous choisissez le black out, l’interdiction totale, sachez que la chose interdite à la maison devient très désirée. L’enfant scolarisé passant le plus clair de son temps à l’extérieur de la maison, je peux vous l’assurer, va quand même le faire son compte FB.

Alors explorons mieux ce qu’est ce magique FB.

Une génération de « j’aime »

L’engouement des jeunes pour FB, Twitter, Instagram et que sais-je…est proprement édifiant. Il ne s’agit pas que de jeunes d’ailleurs, mais la population la plus importante d’utilisateurs semble être jeune, et de plus en plus jeune;

Ce qui est inquiétant. Inquiétant car simplement quand on a moins de 15 ans on est très manipulable, notamment par les grandes marques et entreprises en tout genre qui tirent les ficelles d’un jeu qu’on croyait anodin. Spontané. 
En Europe mais surtout aux Etats-Unis, la quantité de vidéos d’enfants sur le web est considérable. Chose surprenante pour les parents que nous sommes.

Des millions de vidéos sont postées toutes les minutes par des jeunes qui cherchent simplement à « se faire voir ». Certaines vidéos me semblent proprement nauséabondes (se jeter dans la boue, faire des gestes malsains dans la rue).

Ces jeunes sont capables de tout pour attirer l’attention. Pas seulement pour ça d’ailleurs car il y a des recettes financières qu’on peut faire en jouant à ce jeu : en obtenant le maximum de « j’aime » et de « vus ».

Les marques vont utiliser tous ces nouveaux canaux (spontanés) de communication pour faire de la pub à leurs produits. Pub judicieusement cachée le plus souvent pour que le message soit fluide.

Pas comme quand il y a la coupure pub à la télé. Tout le monde est content, les marques, les jeunes…   Et les parents ? Pas si sûr.

De nombreux jeunes ne rêvent que de devenir stars du web. Star : ce mot résume bien la philosophie de l’époque. Il faut absolument avoir des dizaines, voire des centaines de vues et de « j’aime » pour se sentir intéressant.

Gagner une certaine valeur sociale dans leur communauté. Ce n’est pas propre aux jeunes par ailleurs, combien d’adultes scrutent leurs notifications pour voir combien de « j’aime » ils ont obtenu… ?!

A la recherche de l’amour…perdu ?

Tout cet engouement pour le web, le partage, le postage qui ne finit pas de nouvelles photos de soi allant par-ci allant par-là, en parlant à untel, en dansant dans tel endroit, etc. semble cacher un besoin de « se voir ».
« Oh regardez-moi ! Je suis beau ! Je suis intéressant ! Je suis intelligent ! J’ai des centaines de « j’aime » »…semblent dire ces jeunes fous des réseaux sociaux.
Quand maman les appelle pour dîner tous en famille, ils disent qu’ils n’ont pas le temps. Ça alors !

C’est si important de rester connecté pour exister.
Pourquoi tout cela ?! N’est-ce pas une recherche d’amour et de présence qui les motive ?
Cette recherche qui caractérise tous les humains que nous sommes et qui a pris d’autres chemins avec le web ? Plus ils ont des « j’aime » plus ils se sentent aimés, on dirait.

Même avec leurs petits boutons sur le visage, leur fragilité et leur sensibilité à fleur de peau.
Vous, je ne sais pas, mais moi je suis décidée à donner toujours plus d’amour à ma fille pour qu’elle ait une vie réelle bien remplie.  Pour qu’elle se sente bien présente dans son environnement et sa vie physique avec de vrais gens…pour pas qu’elle s’invente une vie sur le web.

Le web et la technologie c’est bien, à condition d’en faire bon usage pour en retirer le meilleur. Comme pour le médicament, c’est la dose qui fait la différence entre le poison et le remède.