Pause cinéma : Film Mother de Darren Aronofsky !

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MOTHER ! C’est le film le plus controversé du moment qui a divisé le public entre des fans conquis et observateurs pas très convaincue par cette œuvre alambiquée.

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film motherMOTHER ! se rapproche des films précédents d’Arnofsky : RIQUIEM FOR A DREAM, BACK SWAN, JACKIE où binarité, dédoublement, paradoxe, et claustration, se présentent comme les matrices centrales qui génèrent l’action. Mais aussi les thématiques épineuses de la religion, la politique, les médias, l’appartenance et l’identité n’ont pas été épargné cette fois. Une seule lecture ne suffit pas pour déchiffrer les codes de ce film, qui dégage une forte charge émotionnelle, transgressant ainsi la puissance de Répulsion de Roman Polanski. Difficile de classer cette œuvre dans un genre précis, on se contente donc de la labelliser dans la catégorie des films cultes de l’année !
 
critique mother

MOTHER ! est une épitaphe déployée à l’image de l’Humanité.

Cette descendance chaotique d’Eve et Adam, qui malgré son intelligence, elle a sombré dans l’ignorance, l’inconscience, et la sacralisation du paraitre au profit de la négation de l’être. Darren Arnofsky a déversé son dégout du comportement de l’Homme moderne. Le pauvre spectateur à la fin du film se sent comme un dépotoir pour sa rage enfin c’est ce que moi j’ai ressenti. Cette œuvre est une pure délivrance. Anorfsky a profité de son acuité visuelle, et de sa maitrise de la mise en scène, pour nous noyer dans un profond spectre dans les strates d’une société détraquée, dévastatrice, sauvage, malsaine, voyeuriste, avide, sous l’hypnose de la religion, et en perpétuelle recherche du miracle d’un sauveur guérisseur.
MOTHER représente plutôt un éloge funèbre dédiée à la Femme en premier; anonyme dans le film, mais souvent surnommée « Déesse », « Muse », « Source de vie », c’est cette mère qui donne la vie, et l’épouse qui se sacrifie âme et cœur, pour l’être aimé et sa famille. « MOTHER! », fait allusion aussi à « MOTHER NATURE » ou « MOTHER EARTH » selon les métaphores anglaises et puis MOTHER comme source de l’Humanité comparée à EVE.
On découvre Jennifer Lawrence dans un total nouveau look qui rappelle une « amish », avec ses lents cheveux blanchit, et ses traits innocents d’une adolescente chaste et naïve, mariée à un homme beaucoup plus âgé qu’elle. La légère robe blanche qu’elle a portée dans le début du film lui a offert une aura céleste. Javier Bardem dans son rôle de l’écrivain poète anonyme en manque d’inspiration, souffre du syndrome de la page blanche. A l’antipode de son épouse, il incarne le male dominateur, qui écrase et oppresse tout en caressant sa victime. Un passif-actif, dont les actes et les dires se contredisent sans fin.
 
critique film mother
 
A travers un tableau cauchemardesque qui orchestre les crises de l’Homme moderne, Arnofsky a mis un zoom sur deux personnages opposés : Une femme soumise, isolée, esseulée qui vit comme un funambule, le moindre déséquilibre lui fait perdre ses moyens, et puis l’homme épicurien, l’éternel insatisfait, bien adapté à son milieu, prêt à tout miser pour gagner l’amour de l’autre. Grâce un dédale de portraits (Michel Pfeiffer,…) le réalisateur a posé des questions philosophiques, sociologiques, éthiques, étiologiques… voir existentielles :
Qu’est ce que l’Accomplissement de soi ? Et qu’est ce qui conditionne le bonheur? Le bonheur, provient-il d’une source immatérielle et spirituelle ? Ou de l’harmonie conjugale et de la chaleur du cocon familial ? Ou, est-il bien plus que cela. Est-ce que l’argent, le succès, les projecteurs et la reconnaissance, sont des fins vitales et des conditions pour l’épanouissement, ou bien forment-ils juste un mirage? Est-ce que l’Homme a vraiment besoin de l’approbation de l’autre pour amorcer son égo et se procurer de l’amour propre? ? Enfin, on assiste à un démantèlement des Théories de la motivation de Maslow, à la manière la plus innovante qu’elle soit !
La fin du film est la partie la plus attachante; où le monde du couple s’écroule par une vorace apocalyptique! Une violence mutante, une cruauté stylisée, un écrasement féroce, ont été incorporés dans des plans très rapprochés sur un nombre hallucinant d’intrus et d’inconnus, qui arrachent, mutilent, dévastent éternellement. Ces plans rappellent les peintures du caravagisme à connotation religieuse, biblique et métaphasique. Teintes brunes, contraste du clair/ obscure, faible éclairage, tous déployés pour suggérer les thèmes de la souffrance, l’adoration, le châtiment, la mort, la flagellation, prophétie… Mother !est une œuvre très riche en références cinématographiques et picturales. Le réalisateur a présenté une quasi-infinité de mise en abyme qui ne sera divulgué que par les cinéphiles futés ! Les images frôlent la beauté des tableaux de la Renaissance et des fresques évangélique du Vatican. C’est un film qui mérite réflexion, et qui doit être abordé dans sa dimension allégorique pour pourvoir son intelligibilité.