L’Alzheimer en 9 questions

L’Alzheimer en 9 questions

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La maladie d’Alzheimer devient de plus en plus la maladie du siècle. Certes silencieuse, cette maladie neurodégénérative reste jusqu’à nos jours incurable. Elle touche 45 millions dans le monde et plus de 50 mille personnes dans notre pays.

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Actuellement, il n’existe pas un traitement permettant de stopper la maladie ou de la guérir. Quand les premiers symptômes apparaissent avec la perte de mémoire, le déclin des fonctions cognitives, etc, les dommages causés aux neurones sont déjà irréversibles. Une grande partie des recherches en ce moment porte donc sur la détection de cette phase précoce et silencieuse de la maladie à laquelle on n’a pas accès et pendant laquelle il serait peut-être possible d’agir pour bloquer la dégénérescence et ralentir l’évolution de la maladie. Rencontre avec Dr Faten Ben Yahia (gérontologue – gériatre) pour lever les interrogations et répondre à des questions que tout un chacun peut se poser sur cette maladie neurodégénérative.

Faten Ben Yahia

Dr Faten Ben Yahia, gérontologue – gériatre

1) Comment déterminer les signes de la maladie d’Alzheimer ?

On distingue à peu près 7 stades de la maladie d’Alzheimer. Parmi ces stades, il y a le début de la démence, le stade modéré de la maladie d’Alzheimer. Il faut dire que le début de cette atteinte neurodégénérative est souvent très mal diagnostiqué. Dans la phase précoce, le patient ne présente pas de signes, aucune personne de son entourage ne remarque qu’il a des oublis. Et lorsque la maladie commence à être visible, c’est le stade léger à modéré et parfois c’est la phase légère-modérée. Le patient commence à oublier ses clés, certaines de ces affaires, ses rendez-vous. En fait, ces signes ne sont pas évidents, n’importe qui peut oublier certaines choses sans qu’il ait la maladie d’Alzheimer. Dans certains cas, lors de la prise de parole, le patient peut chercher un mot ou une expression ou bien il place un mot qui n’est pas à sa place. Il oublie des événements passés, des discussions, puis la maladie évolue progressivement phase par phase jusqu’à arriver à un stade de démence sévère à très sévère. Lors de la phase sévère à très sévère, le patient perd toute autonomie physique et mentale.

2) Quels sont les 7 stades de l’évolution de la maladie d’Alzheimer ?

La maladie d’Alzheimer s’aggrave au fil du temps. Les experts ont défini des « stades » afin de décrire l’évolution
des capacités d’une personne atteinte jusqu’à un stade avancé. Le premier stade avec aucune déficience, le deuxième stade avec un déficit cognitif très léger, le troisième stade avec un déficit cognitif léger, le quatrième stade avec un déficit cognitif modéré, le cinquième stade est un déficit cognitif modérément sévère, le sixième stade est
sévère, le septième stade est très sévère. Les stades décrits ci-dessous donnent un aperçu général de la façon dont les capacités d’une personne évoluent au cours de la maladie. Les symptômes et l’évolution de la maladie d’Alzheimer peuvent varier considérablement d’un individu à l’autre.

3) À partir de quel âge l’Alzheimer peut–il survenir ?

En tant que gériatre, je vois plus de malades qui sont âgés de plus de 65 ans. Par ailleurs, les patients atteints de maladie d’Alzheimer que je soigne actuellement sont âgés de 80 ans à 95 ans. En revanche, même à l’âge de 50 ans, cette affection neurologique existe, la maladie à ce stade est encore légère.

4) Quelles sont les causes de la maladie d’Alzheimer?

Les causes de cette maladie restent méconnues. Il existe plusieurs étiologies qui ne sont pas encore confirmées.
L’apparition de plaques amyloïdes peut être due au vieillissement normal. L’accumulation anormale sous-jacente à
la maladie d’Alzheimer reste cependant inexpliquée. La responsabilité des toxiques est suspectée, tels que le mercure lorsqu’il est accumulé dans le cerveau sous sa forme ionisée divalente pro-oxydante et à forte affinité pour les groupements soufrés thiols. Par ailleurs, il s’est avéré que l’hérédité joue un rôle dans la parution de cette démence. Il y a la cause vasculaire par exemple après un accident vasculaire cérébral ou bien une pathologie cardiovasculaire comme l’hypertension artérielle ou bien une pathologie chronique comme le diabète, cela pourrait augmenter les risques d’avoir une maladie d’Alzheimer. Les causes de la maladie d’Alzheimer sont multiples mais ne sont pas encore définies à part l’hérédité qui y joue un grand rôle. Une personne qui a des parents ou des grands parents qui ont une maladie d’Alzheimer présente un risque accru de développer cette affection à l’âge de la vieillesse.

5) Comment se fait le diagnostic de cette maladie dégénérative ?

Pour l’examen clinique, plusieurs tests peuvent être réalisés pour confirmer le diagnostic de la maladie d’Alzheimer. Il y a le test génétique à travers un scanner ou une imagerie par résonance magnétique (IRM) pour déceler l’atteinte neurologique, soit l’atteinte du lobe temporal interne et de l’hippocampe.
On peut faire un bilan sanguins et plus de tests neuropsychologiques. Il y a aussi le test appelé (Minimal Mental
State Examination) / MMSE, et le test (Minimal Mental State) ou MMS. En plus du test de dépression parce que c’est une maladie de sénescence dont les symptômes comprennent les signes de dépression.

6) Comment se fait la prise en charge d’un patient atteint d’une maladie d’Alzheimer?

Les personnes atteintes d’Alzheimer ne sont pas toutes pareilles. La prise en charge des patients diffère du stade dans lequel la maladie est décelée. Si le stade de la maladie d’Alzheimer est modéré, il y a quelques médicaments, quelques molécules, bien que jusqu’à l’heure actuelle, il n’existe aucun traitement qui est efficient pour stopper l’évolution de la maladie. Il y a des médicaments qui coûtent cher et il y a des molécules qui ne donnent pas un effet notable sur l’évolution de cette démence au fil du temps. En fait, le traitement dépend du stade dans lequel la maladie est repérée. Pour le stade avancé, les traitement sont totalement inefficients.
La médication de la maladie d’Alzheimer est onéreuse sans donner de résultats spectaculaires, parce que comme c’est
mentionné dessus, l’Alzheimer reste malheureusement incurable. Ces molécules anti-Alzheimer peuvent ralentir l’évolution de la maladie sans la stopper. Et la réponse au traitement varie d’un patient à un autre. La personne atteinte d’Alzheimer doit être maintenue dans son milieu avec ses repères à elle. Pour mes patients, je suggère à l’entourage et aux aidants de ne pas modifier le coin où le patient peut se retrouver pour qu’il ne perde pas ses repères et ses orientations. Le changement d’endroit ou d’emplacement peut rendre le patient encore plus confus. Il y a des précautions à prendre prévalant plus que les médicaments.

7) Quelles sont les précautions à prendre pour améliorer la qualité de vie du patient ?

Il est important de ne pas changer les repères habituels du patient atteint de la maladie d’Alzheimer pour lui faciliter la vie et l’aider à retrouver ses repères. Dans une phase modérée de la maladie, le patient reconnaît l’emplacement des choses, les pièces du logement et les différentes orientations spatiales. Ensuite, quand le stade de la pathologie neurodégénérative est sévère, le patient ne devient plus autonome mais dépendant d’un aidant. Par ailleurs, Les proches des patients doivent être patients et ne jamais les contrarier. Il faut les suivre délicatement et s’occuper d’eux d’une manière habile. L’important est de ne pas les frustrer. En fait, une frustration du patient atteint d’une maladie d’Alzheimer peut engendrer une absence de la communication, ce qui peut aggraver la maladie avec les secousses de la vie dans les cas de mauvaises nouvelles, de décès, etc. Il ne faut pas perturber le cycle de vie des patients, il faut les laisser à leur aise dans leurs repères, être là et se montrer disponibles pour eux, il ne faut pas les laisser isolés ou enfermés dans un coin.
Les patients doivent être bien entourés avec un bon apprentissage cognitif, il doit par exemple réapprendre à faire des choses qu’il a oubliés, l’amener aux toilettes, parfois ils confondent les pièces de la maison, par exemple le salon et la salle de bains ou les toilettes ou autres chambres de son domicile. Il faut bien les laisser dans leurs repères et si une orientation habituelle est modifiée alors le patient peut se retrouver dans un état confus et cela peut s’aggraver.

8) Quelles sont les complications de la maladie d’Alzheimer ?

Les complications majeures sont des complications physiques avec une perte complète d’autonomie. Le patient devient dépendant d’autrui. C’est la perte totale d’indépendance. Par ailleurs, au cours de la phase terminale de la maladie, le patient ne devient plus capable d’interagir avec son entourage, ni d’avoir une conversation cohérente, ni de contrôler ses gestes.
Il peut encore prononcer des mots ou des phrases. À ce stade, la personne requiert une aide importante pour les activités quotidiennes telles que manger ou aller aux toilettes. Il peut se tenir assis et lever la tête. Ses réflexes deviennent anormaux et ses muscles se raidissent. Le patient commence à avoir des troubles de la déglutition.

9) Peut-on prévenir l’Alzheimer ?

Des études scientifiques ont montré récemment que la prise de l’ibuprofène ou d’un paracétamol au quotidien peut
atténuer le risque de l’atteinte par cette démence. L’apport de la vitamine D peut aider dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer. Cependant, il n’existe pas un médicament qui peut permettre la prévention de la maladie d’Alzheimer. Il n’y a pas une molécule active qui joue un rôle préventif pour cette démence. Il y a plusieurs études qui apparaissent et qui soulèvent des pistes de prévention de la démence comme la gymnastique intellectuelle, comme les jeux « des chiffres et des lettres », « les mots croisées », « les mots fléchés », etc. Mais, il n’y a pas une règle préventive pour la pathologie d’Alzheimer. Par ailleurs, il faut dire que chaque patient est unique, chaque malade ne ressemble pas à l’autre. Entre deux malades, je constate beaucoup de dissemblances. Déjà, on ne peut comparer deux frères, et c’est pareil pour deux malades atteints de la maladie d’Alzheimer. Chaque patient présente une individualité. Chacun est un cas à part.