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Cette douleur quand vous marchez… et si c’était vos artères?

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Cette douleur quand vous marchez… et si c’était vos artères?

L’angiologie est la spécialité qui s’intéresse aux pathologies vasculaires. En ce qui concerne les maladies des artères, l’artérite reste la principale affection souvent méconnue par le patient et tardivement diagnostiquée.

Dr Rym Battah Ben Yedder, angiologue-phlébologue nous en dit plus sur l’artérite.
 
Rym Battah Ben Yedder
 

Qu’est ce que c’est que l’artérite (AOMI) ?

L’Artérite (maladie des artères) des membres inférieurs, ou Artériopathie Obstructive des Membres Inférieurs
(AOMI) est une pathologie fréquente caractérisée par une baisse de la circulation sanguine suite à des sténoses ou occlusions de leurs artères. Ces occlusions sont dues dans plus de 90% des cas à l’artériosclérose et l’athérome et évoluent donc lentement.

Quels sont les facteurs de risque ?

La maladie est la conséquence d’une altération de la paroi artérielle par dépôt de l’athérome.
L’obstruction de l’artère est progressive constituant des rétrécissements (sténoses), jusqu’à la boucher totalement
par endroits (thromboses) sur des longueurs plus ou moins importantes. Les principaux facteurs de risque d’artériosclérose sont, en plus de l’âge et de la prédisposition génétique bien connus, le tabac, l’hypertension artérielle, l’hypercholestérolémie, le diabète, la sédentarité et le stress.

Comment se fait le dépistage?

Au début, la maladie est souvent asymptomatique.
L’AOMI est définie alors par la mesure d’un indice, l’index de pression systolique (IPS) qui est le rapport entre la pression systolique aux membres inférieurs et la pression systolique aux membres supérieurs. Quand ce rapport est inférieur à 0,9 à droite et/ou à gauche, on estime qu’il y a AOMI. A l’inverse, un IPS > 1,30 signifie que les artères sont incompressibles, rigides, calcifiées. (cas du diabète).
Cette définition très précise, de type hémodynamique, a le mérite de repérer une personne atteinte d’artériopathie
même lorsqu’elle ne ressent encore aucun symptôme.

Quels sont les symptômes de l’artérite (AOMI) ?

L’AOMI se manifeste par des symptômes lorsque l’apport en sang artériel est insuffisant (ischémie). Avec le développement de la maladie, apparaissent bientôt les premières douleurs à la marche et la claudication intermittente. La douleur, sorte de crampe localisée notamment au niveau du mollet est suffisamment intense pour obliger la personne à s’arrêter. La douleur disparaît alors assez rapidement (en deux ou trois minutes) mais peut réapparaître à la marche. C’est un signe très évocateur d’artérite. La distance parcourue par le patient jusqu’à ce qu’il soit obliger de s’arrêter du fait de la douleur est appelée périmètre de marche ; c’est un élément fondamental pour évaluer le degré de sévérité de la maladie et son suivi. La crampe et les douleurs peuvent intéresser également la région fessière ou la cuisse.
Le périmètre de marche (PM : distance d’arrêt de la marche) peut être plus ou moins réduit en fonction de la gravité de l’AOMI .
En effet le traitement, la lutte contre les facteurs de risque, et les changements de comportement en terme d’hygiène de vie vont avoir un impact majeur sur ce périmètre de marche qui va augmenter, signe de l’amélioration clinique.
C’est surtout le caractère invalidant de cette claudication qui doit motiver des examens complémentaires et faire
discuter d’un traitement médical ou chirurgical. Plus tard, si rien n’est fait pour enrayer l’évolution, les douleurs apparaissent même au repos et notamment en position couchée, particulièrement la nuit au lit. La seule façon d’atténuer la douleur, mais efficace seulement pour quelques jours : placer ses jambes pendantes en dehors du lit ou bien passer la nuit dans un fauteuil. Il s’agit là d’un stade ischémique sévère, qui nécessite une prise en charge rapide.
Le stade ultime se manifeste par l’apparition de troubles trophiques soit sous la forme d’ulcères artériels au niveau du tiers inférieur de la jambe, du pied ou des orteils, soit sous la forme de gangrène (mort des tissus suite à l’arrêt de l’irrigation sanguine), exposant le membre atteint à une menace importante d’amputation.

Quels sont les principaux examens d’exploration de l’artérite (AOMI) ?

Le premier examen à réaliser par le médecin est la palpation des différents pouls (battement de l’artère ressenti
par la pulpe de l’index et du majeur aux endroits où l’artère est superficielle sous la peau), aux deux membres inférieurs. L’auscultation des artères permet de retrouver un souffle artériel. L’absence d’un pouls peut traduire une AOMI.
L’écho-doppler des artères est l’élément central qui fera le diagnostic de l’AOMI. Cet examen simple, indolore et non invasif donne des paramètres morphologiques et hémodynamiques des vaisseaux. Sa sensibilité et sa spécificité dans le diagnostic des sténoses et occlusions sont >90% comparativement à l’étalon-or qu’est l’angiographie. En plus des lésions artériosclérotiques, elle permet de visualiser des anévrismes, des artériopathies inflammatoires, des syndromes de compression artérielle ou des néoplasies . Toutes ces informations donnent la base de la planification des futures mesures thérapeutiques, médicamenteuses ou invasives.
En cas de symptômes invalidants des examens complémentaires sont nécessaires pour préciser le siège et l’étendue des lésions artérielles : L’angioscanner (scanner des artères) , l’IRM (Imagerie par Résonnance Magnétique) ou une artériographie.

Qu’en est-il de la prise en charge de l’AOMI ?

Lorsque qu’une AOMI est diagnostiquée, il faut réaliser un bilan général de la maladie cardiovasculaire athéromateuse par la recherche d’antécédents personnels et familiaux, un bilan biologique (dosage du cholestérol et des triglycérides, dosage de la glycémie), la recherche de signes cliniques cérébrovasculaires (AVC : perte de vision, petite aphasie ou paralysie dans la main) ou coronarien (infarctus du myocarde, douleurs dans la poitrine) qui seraient passés inaperçus.
La prise en charge dépend du stade de la maladie.
Dans tous les cas, le traitement est celui de la maladie athéromateuse cardiovasculaire générale et de ses facteurs de risque. Il repose sur des mesures d’hygiène de vie : arrêt impératif du tabac (première cause de l’artérite), perte de poids si nécessaire, exercice physique quotidien (supervisé ou non en centre de rééducation), alimentation équilibrée… S’y associe un traitement par médicaments comprenant un antiagrégant plaquettaire pour fluidifier le sang afin d’éviter qu’il forme des caillots obstruant l’artère, une statine pour contrôler le cholestérol et un inhibiteur de l’enzyme de conversion (IEC) qui protège les artères des effets de l’athérome.
En cas d’échec de cette prise en charge ou quand la situation est grave (ischémie sévère ou aiguë), une revascularisation est nécessaire, par un chirurgien vasculaire (dilatation +/- stent , pontage, ou amputation pour les cas dépassés.