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Dr Chiheb Zaghouani

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Dr Chiheb Zaghouani

Le sport, c’est ma raison de vivre
Médecin, chef du service des urgences à la clinique El Manar, le sport il est tombé dedans dès son enfance. Malgré un emploi du temps professionnel exigeant, Dr Chiheb Zaghouani arrive à concilier travail, famille et sport avec autant de bonheur. Il a même réussi à devenir champion de Tunisie en tennis et au golf. Secrets de réussite !

par Lilia Oueslati

Vous semblez être un passionné de sport ?

En fait, dès ma plus tendre enfance, je me suis fixé des règles de conduite bien précises. Et l’un de mes principes de base était de me concentrer sur les activités sportives et de m’y adonner pleinement afin d’éviter toute autre forme de tentations malsaines auxquelles succombent facilement les jeunes, telles que le tabac, l’alcool, etc. D’ailleurs, à ce jour, je n’ai jamais fumé, ni bu une goutte d’alcool.
L’entourage et la famille ont également une part importante en me guidant sur la voie que j’ai choisie. Durant toute ma jeunesse, je n’ai donc rien fait d’autre que le sport et les études, avec bien évidemment le soutien de mes parents qui n’ont jamais cherché à m’empêcher d’assouvir ma passion sous aucun prétexte.
Mes parents n’ont jamais perçu le sport comme un obstacle à mes études, bien au contraire. A ce propos, je me souviens lors de mon année de passage du baccalauréat, j’avais en même temps bon nombre de tournois et de compétitions que mes parents m’ont plutôt encouragé à y participer.
Aujourd’hui, avec du recul, je me rends compte du rôle qu’ils ont joué dans ma carrière sportive.

Quel sport pratiquiez-vous ?

C’étaient le tennis de table et le tennis.
Le premier parce qu’on avait une table de ping-pong à la maison et le second parce que le terrain du Tennis Club de Carthage était tout juste en face de notre maison.
J’ai rapidement progressé en tennis de table réussissant même à devenir membre de l’équipe nationale. Il en est de même pour le tennis. Mais ayant un planning trop exigeant, j’ai dû abandonner mes entraînements avec l’équipe nationale (horaires astreignants) et j’ai préféré continuer à m’entraîner tout seul.
En période de cours intenses et d’examens, aussi bien à l’école, au lycée ou à l’université, je réduisais mes heures d’entraînement, et en période creuse je jouais tant que je voulais et quand je voulais. Il m’est même arrivé de jouer au tennis l’été jusqu’à une heure du matin, c’était vraiment génial !

Et le golf dans tout cela ?

Au début, je l’ai pratiqué avec un ami étranger, mais j’en suis immédiatement devenu fou.
D’ailleurs, je suis rapidement devenu meilleur que mon ami et j’ai commencé à participer aux championnats de Tunisie. Mais, au début, j’ai rencontré le même problème qu’avec le tennis, le golf exigeant même encore plus de temps.
D’abord à l’entraînement, mais également en compétition.
Un parcours de golf peut parfois nécessiter plus que cinq heures de jeu. Le golf est un sport très agréable, mais qui nécessite de la passion et de la patience et une grande technique de jeu avant d’atteindre le niveau de compétition et de gagner des trophées.
Maîtriser cette petite balle de golf c’est vraiment passionnant au vrai sens du terme d’autant plus que c’est un sport qui se joue en pleine nature. C’est vraiment extraordinaire d’avoir atteint un si haut niveau en seulement cinq ans !

Comment vous avez pu donc concilier travail et sport ?

Ce n’est pas du tout évident vu que je pratique en même temps le tennis et le golf.
Mais j’ai réussi à bien organiser sport, travail et famille.
Le tennis c’est donc à partir de 21h30 afin de ne pas perturber les habitudes familiales et donc de pouvoir me réunir avec ma femme et les enfants, juste avant.
Quant au golf c’est entre midi et deux en cours de semaine et très tôt le samedi avant de partir au travail.
Le week-end étant réservé exclusivement à la famille. Donc je m’arrange à créer un certain équilibre entre ma vie personnelle, professionnelle et mes activités sportives.

N’est-ce pas dur à gérer, du moins mentalement ?

Pas du tout. Je dirais plutôt que c’est grâce au sport que je me sens à l’aise et épanoui dans mon travail.
Depuis mon enfance, je suis quelqu’un de discipliné et d’organisé, ce qui me permet d’être équilibré à tous les niveaux, et surtout psychiquement.
De nos jours, les gens sont de plus en plus stressés dans tous les domaines et encore plus dans le domaine des urgences médicales. J’ai entendu parler dernièrement d’un médecin en France qui a tué ses enfants et son épouse avant de se suicider. Un acte malheureux dû au stress et à un déséquilibre psychique.
Dieu merci, je ne ressens pas ce genre de sentiments désagréables.
Au contraire, je croque la vie à pleines dents. J’aime le sport à un point tel que si je reste une semaine sans en faire je me sens mal. Je ne me sens bien dans ma peau que lorsque je suis courbaturé, épuisé et fatigué après le sport. D’ailleurs, je me demande parfois comment font tous ces gens qui ne font pas de sport, ça me sidère. Enfin, c’est une question de choix.

Comment se déroule le championnat de Tunisie de golf ?

Le championnat se déroule en huit tours qui se jouent en moyenne un week-end par mois chaque fois dans une ville différente, Tabarka, Tunis (La Soukra), Monastir, Sousse…
La finale se joue vers le mois de juin entre les douze joueurs les mieux classés tout au long de l’année. Vous voyez donc combien cela peut exiger comme mobilisation, mais j’essaye malgré tout de trouver du temps pour ma famille.
C’est d’autant plus agréable quand on remporte des titres, et actuellement j’ai gagné huit coupes et dernièrement la finale du championnat 2010 qui s’est déroulée au golf de Gammarth.

Le golf est réputé pour être un sport de riche. Qu’en pensez-vous ?

C’est vrai. Aujourd’hui, le golf est au stade qu’a connu le tennis il y a 30 ans.
Heureusement que les clubs encouragent actuellement l’école des jeunes et leur fournissent même le matériel nécessaire au début.
Plus tard, chacun devra acheter son sac de golf qui peut coûter s’il est de marque jusqu’à 1.800 dinars. La cotisation pour être membre d’un club varie de 1.400 à 3.000 dinars par an, ce qui n’est pas donné.

Peut-on le pratiquer à tout âge ?

Justement, le golf a ceci de particulier c’est qu’il est à la portée de toutes les générations.
Par contre, si on ambitionne une carrière professionnelle, intégrer le rythme des compétitions, des championnats et des tournois il faut commencer assez jeune, dès l’âge de 7-8 ans.
C’est un sport qui nécessite surtout beaucoup d’entrainement. Faire des tours de 8 kilomètres pendant 3 jours successifs ce n’est pas évident pour tout le monde.

Comme dans la majorité des sports, les golfeurs tunisiens ne figurent pas au niveau mondial. Que faudrait-il faire pour pallier cette lacune ?

Pourtant les talents ne manquent pas dans plusieurs disciplines, et à ce titre je citerais l’exemple tout récent de la tenniswoman Ons Jabeur qui a atteint la finale juniors du tournoi de Roland Garros Junior.
Par contre, la faille se situe surtout au niveau des moyens. Il est donc essentiel d’investir dans le domaine sportif pour permettre à nos futurs champions de participer aux compétitions internationales à l’étranger et ainsi pouvoir se mesurer à l’élite du sport et progresser.
Et là, c’est un rôle qui incombe à l’Etat, aux grandes entreprises et aux investisseurs privés. Cela ne signifie pour autant pas que sans les moyens on ne peut pas bâtir une carrière sportive, le sport étant avant tout passion, amour, savoir-faire et savoir se donner à fond.
A partir de là, on obtient des résultats, on progresse et on atteint les objectifs.
Le sport est le seul domaine où on peut s’imposer en dépit des obstacles. Il faut avant tout avoir la passion et la volonté.

Personnellement, je me rappelle un jour où j’étais rongé par les courbatures, j’avais mal partout au point qu’un responsable m’a dit qu’il était impossible de récupérer avant la finale de tennis. Ceci ne m’a pourtant pas empêché de gagner.
Au contraire, cela m’a plutôt boosté pour remporter la coupe : c’était la finale du tournoi de tennis qui s’est jouée à Paris entre les médecins des cliniques de la Générale de Santé du monde entier.
C’est ça la volonté, la forte personnalité et la persévérance. C’est ce que j’essaye d’ailleurs d’inculquer à mes enfants.

Le sport c’est une vie, une éducation, une trajectoire à suivre, une discipline à adopter et un amour qui ne cesse de grandir en nous. C’est ça le sport pour moi !