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Je suis sociopathe

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Je suis sociopathe

De plus en plus de personnes se décrivent comme étant sociopathes. Aujourd’hui, on a tendance à entendre ce terme aussi bien à bon qu’à mauvais escient. La sociopathie est un trouble de la personnalité qui caractérise des personnes dites antisociales, tout comme la psychopathie.

par Houda Gharbi

Un comportement antisocial est une manière de prendre le contre-pied des normes et des valeurs sociales. Néanmoins, ces deux pathologies présentent des symptômes et des manifestations distinctes.

À contre-pied des règles et de l’ordre établi

Un sociopathe est une personne qui présente des troubles de la personnalité.
Elle a une réelle difficulté à exprimer ses sentiments et ses émotions aussi bien envers les autres qu’envers elle-même.
Ainsi, elle ne ressent pas de peur ou de crainte à l’idée d’être le témoin ou la cause d’une souffrance ou d’une douleur morale, psychique ou physique.
Ce trouble de la personnalité est le résultat de facteurs génétiques et environnementaux, tels que l’absence des parents, l’interaction avec des proches délinquants, la pauvreté…
D’après les médecins et les psychologues, il est possible de reconnaître un sociopathe à travers plusieurs troubles
du comportement marqués par une tendance antisociale : l’absence de sentiment de culpabilité ou d’empathie ainsi que le rejet de l’ordre établi et des règles.
D’autres traits de caractère permettent d’identifier une personne souffrant d’absence d’empathie, d’impulsivité ;
d’incapacité à se projeter dans le futur, même à court terme ; et qui présente une tendance au désengagement et
l’irresponsabilité, à l’irritabilité et l’agressivité.
Les sociopathes ont donc une vie sociale et professionnelle peu stable ponctuée par une tendance au mépris du danger et des règles sociales, au mensonge et à la manipulation. Leurs relations avec leurs familles sont tendues alors qu’ils peuvent infliger sans aucun remords ou culpabilité des mauvais traitements aux gens de l’entourage proche. Au delà de leur incapacité à faire preuve d’empathie, les sociopathes refusent de laisser libre court à leurs sentiments pour ne pas perdre leurs influences sur les autres. Ils assimilent les sentiments à un signe de faiblesse.

Psychopathie ou sociopathie?

La psychopathie et la sociopathie sont deux expressions différentes d’un comportement antisocial. Au sein de la
communauté médicale et scientifique, les avis divergent quant aux origines du mal. Pour de nombreux spécialistes,
la sociopathie est le résultat d’un environnement et de conditions de vie défavorables alors que la psychopathie
est une pathologie innée et héréditaire.
Contrairement aux psychopathes, le sociopathe serait plus enclin à ressentir des remords et de l’empathie.
Tous deux peuvent commettre des crimes qui visent leur entourage, seul le psychopathe pourra s’en prendre directement à sa famille sans éprouver le moindre sentiment de culpabilité ou de remords.
Leur apparence est également différente : le psychopathe est souvent décrit comme une personne dure mais charmante. Il dispose d’une véritable capacité de manipulation et d’intimidation qui puise sa force dans son fort charisme. Il est conscient du mal qu’il peut provoquer et en mesure les conséquences ce qui lui permet de conserver un comportement « normal » dans la société.
Le sociopathe apparaît au contraire comme une personne nerveuse capable de laisser libre court à ses pulsions sans prendre en compte les conséquences éventuelles sur le plan social ou légal.

Traiter le comportement antisocial

Le traitement et les thérapies ont pour objectif de renverser cette tendance antisociale pour impulser un comportement pro-social. Dans cette optique, une approche psychothérapique qui se traduit, entre autres, par une thérapie cognitive et comportementale est souvent décrite comme la mieux adaptée. En effet, elle contribue au changement et la modification des pensées et des pulsions qui pourraient être à l’origine de comportements néfastes, nuisibles et antisociaux. Les traitements médicamenteux à base d’antipsychotiques, d’antidépresseurs ou des médicaments qui stabilisent l’humeur sont prescrits pour contrôler les comportements les plus agressifs.

Sociopathe ou psychopathe, quelle différence ?

La différence entre psychopathie et sociopathie peut s’expliquer par l’origine du trouble.
La sociopathie s’explique par l’environnement social alors que la psychopathie s’explique par un mélange de facteurs psychologiques, biologiques, génétiques et environnementaux.
Les psychopathes naissent avec des caractéristiques psychologiques spéciales comme l’impulsivité ou l’absence de peur, qui les conduisent à chercher le risque et les rendent incapables d’intégrer les normes sociales. Quant aux sociopathes, ils ont un tempérament plus réglé; leur trouble de la personnalité tient plus à un environnement social défavorable (absence des parents, frères délinquants, milieu pauvre, intelligence soit très faible soit trop développée).

Sommes-nous tous des sociopathes ?

Effectivement, tout le monde est potentiellement sociopathe. Ou du moins peut avoir des tendances à la sociopathie.
C’est avant tout un problème de définition que l’on donne à cette pathologie. Mais ce qui est certain, c’est que tout le monde peut, à un moment donné, avoir un comportement antisocial typique du sociopathe sans pour autant être un psychopathe au sens psychiatrique du terme.
Il peut y avoir des circonstances dans lesquelles on agit sans tenir compte de la morale ou de la loi, ce qui ne fait pas de nous des malades pour autant.
Si le mode de fonctionnement habituel, en dehors de tout événement ponctuel dramatique, est un mode de mépris de la
société et de ses règles, alors dans ce cas-là on peut parler de personnalité sociopathique.
Si le comportement est à tendance sociopathique – s’il se répète et devient un mode de vie et non plus une réponse
comportementale ponctuelle en réaction à un évènement dramatique de la vie – c’est une pathologie.

Témoignages

Lilia, 35 ans, community manager

« Au bureau, je suis la méchante de service et ça ne me dérange pas, bien au contraire. Dès que quelque chose se passe devant moi ou quelqu’un fait une remarque sur laquelle je peux rebondir, je n’hésite pas à faire une remarque désobligeante et cinglante. »

Salma, 21 ans, étudiante ingénieure

« Toutes mes amies ont tendance à s’attendrir devant des enfants, des animaux ou une histoire émouvante. Ce genre de choses n’éveillent en moins aucun sentiment. Même leur peine ou leur problème quand elles me les racontent ne me font aucun effet.
Je ne ressens aucune peine pour elle, je suis sociopathe et jusqu’à maintenant je l’assume.».