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Pour une gestion écologiquement rationnelle et sécurisée des PCB en Tunisie

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Pour une gestion écologiquement rationnelle et sécurisée des PCB en Tunisie

Dans le cadre de l’exécution du plan national de mise en œuvre de la convention de Stockholm sur les Polluants Organiques Persistants (POP), l’Agence Nationale pour la Gestion des Déchets (ANGED) vient de clôturer la première phase du projet de gestion écologiquement rationnelle des PCB en Tunisie.

par Hela Kochbati

C’est un projet de gestion des sources d’émissions des polychlorobiphényles (PCB) en Tunisie, tels les huiles et les déchets etc, a pour objectif d’éliminer les équipements et les matières qui contiennent et/ou qui sont contaminés par les PCB. Le projet s’étend de 2013 à 2025 avec le soutien de l’ANGED, de la Banque Mondiale (BM) et du Fond pour l’Environnement Mondial (FEM). Dans la cérémonie de clôture de la première phase du projet, Mme Aziza Hamrouni Kerrou, la coordinatrice Nationale des activités de gestion des PCB Projet FEM (PCB&DAS), a souligné l’importance de cette démarche et de la lutte contre la contamination des PCB en Tunisie : « Nous travaillons sur la mise en place d’un plan d’élimination national des PCB à travers une gestion rationnelle et écologique des équipements électriques et des déchets contenant ou contaminés par des polychlorobiphényles. Notre objectif est de réduire les impacts nocifs des PCB sur la santé et sur l’environnement». Jusque là 1050 tonnes d’équipements et récipients du PCB ont été collectées, conditionnées et exportées pour un traitement à l’étranger dans des installations spécialisés et agréées. Dont une partie a été incinérée et une autre décontaminée puis recyclée et valorisée. Soit 96% du gisement national prioritaire en rebut. La signature du marché d’élimination des équipements et des déchets contaminés par les PCB à l’étranger a été conclue le 9 décembre 2015.

Les travaux effectifs de conditionnement, transport et traitement, ont été lancés le 2 mai 2016 par le groupement SITA DECONTAMINATION/ SEGOR. 55 conteneurs ont été exportés en Belgique conformément aux normes et réglementations internationales de transport et de transfert des déchets dangereux. Le coût du projet est d’environ 6 millions de dollars, dont 3 millions fournis du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM). Dans le planning national de ce projet le retrait des PCB à l’horizon de 2025, la mise en place d’un système de contrôle et de suivi des équipements afin de garantir une meilleure sauvegarde environnementale et sociale des sites de dépôts et des régions de répartition durant toute la période de l’exécution du projet.

Aziza Hamrouni Kerrou

Mme Aziza Hamrouni Kerrou (Coordinatrice Nationale des activités de gestion des PCB- Projet FEM PCB1DAS)

1) Quels sont les principaux axes de la gestion écologique rationnelle et sécurisé des PCB ?

Le projet de gestion écologique des Polluants Organiques Persistants (POP) concerne les sources des émissions des polychorobiphényles (PCB) en Tunisie. Il a pour but d’éliminer les équipements et les matières contenant les produits PCB. Ce projet s’étend de la période de 2013 à 2025 avec l’appui de l’ANGED, de la Banque mondiale et du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM) dans le cadre d’un projet global pour environnement sain et une santé pour tous. L’ANGED est l’agence nationale de la gestion des déchets qui a été crée en 2005 et est sous la tutelle du ministère de l’environnement. C’est un établissement public à caractère non administratif. Les missions de l’ANGED sont l’élaboration des programmes nationaux en matière de gestion des déchets, la gestion des systèmes publics relatifs à la gestion des déchets, le management des infrastructures relatives aux déchets industriels et spéciaux, la promotion des systèmes et des programmes de collecte, de recyclage et de valorisation des déchets, l’assistance des communes et les industriels dans le domaine de la gestion durable des déchets, le partenariat entre tous les intervenants et notamment entre les collectivités locales, les industriels et les privés, la consolidation des compétences nationales dans le domaine de gestion des déchets, la préparation et l’exécution des programmes de sensibilisation en matière de gestion des déchets, l’élaboration des textes législatifs et réglementaires et la collaboration dans le cadre de la coopération internationale aux projets liés à la gestion des déchets et matières organiques. Le projet de la lutte contre la contamination des PCB en Tunisie est important. Nous travaillons sur la mise en place d’un plan d’élimination national des PCB à travers une gestion rationnelle et écologique des équipements électriques et des déchets contenant ou étant contaminés par des polychlorobiphényles. Notre objectif est de réduire les effets nocifs des PCB sur la santé et sur l’environnement. Ce projet nous a permis à cette phase de faire le recensement de 2051 équipements à PCB, répartis sur 140 sites sur tout le territoire dont 1100 tonnes en rebut et 1214 tonnes encore en service. Nous avons établi 91 plans de gestions environnementales et sociales (PGES) pour plus de 140 dépôts abritant des équipements contaminés par les PCB répartis sur la totalité des zones du pays. Les sites qui remportent presque 80% de PCB sont relatifs au stockage des équipements en rebus de la STEG, de la CPG, de la GCT et d’EL Fouledh. 1050 tonnes d’équipements contenant du PCB ont été collectés, conditionnés et exportés à l’étranger dans des installations spécialisées et agrées. Les quantités exportées ont été gérées par le groupement SITA Decontamination / Segor en Belgique selon des normes et des réglementations internationales de transport et de transfert des déchets dangereux.

2) Quels sont les moyens et les logistiques nécessaires pour la gestion et la collecte de matière à PCB ?

Effectivement, nous avons commencé par des équipements en rebus de la STEG, de la CPG, d’El Fouledh, de la GCT, de la Stir, du ministère de la santé publique, des établissements hospitaliers. Nous ciblons à avoir encore plus de décharges et oeuvrer pour avoir un inventaire exhaustive pour la gestion de ces déchets et ces matériaux. Actuellement, nous avons actualisé l’inventaire, nous avons acquis des compétences d’experts recrutés par l’ANGED, nous sommes parvenus à faire le déplacement de porte à porte, analyser les échantillonnages et affirmer ou infirmer la présence de PCB particulièrement dans des huiles et de gravats souillées par le PCB, des transformateurs et des condensateurs contaminés. Nous avons un planning de retrait d’ici huit ans et nous sommes parvenus à mettre en place d’un système de suivi avec des équipements de haute technologie. Nous avons encore une grande part de tonnes de PCB en service. Nous travaillons chaque jour pour le recensement des produits PCB. Aujourd’hui pour la clôture de la première étape du projet, on a communiqué notre schéma directeur national de la gestion des PCB. Pour moi, ce sont des substances chimiques qui sont assez dangereux, c’est pour cette raison qu’il faut bien s’équiper de protections individuelles des agents spécialisés dans la maintenance, le contrôle et le traitement des équipements, assurer la sécurisation des sites de dépôts et planifier le suivi de la dépollution des sites contaminés par les PCB. Ce projet a contribué à la mise en exécution d’un plan national qui a marqué l’engagement de notre pays pour la mise en œuvre de la convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants, avec des attentions particulières de contribuer à la réduction des dioxines, des furannes et à l’éradication des PCB d’ici l’horizon de 2025. Les mesures prévues dans ce projet ont été respectées et mises en œuvre par la société SEGOR sous forme d’un plan selon une méthode Hygiène Sécurité et Environnement (HSE) spécifique à chaque site. Des plans de prévention des risques éventuels des équipements à PCB qui sont encore en service ont été réalisés ainsi que des sessions de formations accélérées sur la gestion et le traitement sécurisé, l’identification, l’échantillonnage, l’analyse des PCB et la gestion de ces polluants. Nous avons réalisé également un spot pour la sensibilisation du management de ces substances organiques polluantes selon les normes internationales et informer sur les méfaits écotoxicologiques de ces produits sur les écosystèmes terrestre et marin.

3) Après la clôture de la première phase de la gestion écologiquement rationnelle et sécurisée des PCB en Tunisie, quelles sont les prochaines étapes ?

Il s’agit de faire un inventaire exhaustif de tous les équipements, détenus par les entreprises publiques et privées. La première partie du lot a été réservé pour le secteur public mais nous avons aussi élaboré un plan national d’élimination des PCB où on touche à tous les secteurs. Nous avons équipé les laboratoires, un laboratoire central auprès du ministère de tutelle de l’industrie et un autre laboratoire au niveau du Centre International des Technologies de l’Environnement de Tunis (CITET) pour qu’ils se dotent d’une accréditation en matière d’analyses des matières aux PCB et des concentrations en ces produits. Ce suivi va être renforcé en partenariat de l’Etat pour compléter notre inventaire. Pour les faibles concentrations en PCB, la Tunisie peut se doter d’une unité de réhabilitation, de restauration des équipements qui pourront être découpées ou recyclées. Cependant, l’inventaire est très complexe pour savoir et concevoir la rentabilité de traitement de ces déchets et réfléchir sur la manière à décontaminer et traiter les équipements renfermant ces composés chimiques ou bien les exporter comme cela a été fait au cours de la première phase.

4) Quelles solutions selon vous pour un traitement efficient des dépôts aux PCB ?

Je pense qu’il est essentiel d’avoir la coopération de tous les intervenants qui adhèrent dans ce projet. L’ANGED est un organisme qui dédié à la gestion des déchets, son rôle est de trouver des solutions nécessaires aussi bien au niveau national et surtout pour chercher les fonds nécessaires à l’étranger. Ce sont des traitements coûteux et c’est pour cette raison qu’il faut en appui des fonds d’investissements étrangers. Le coût de ce projet est d’environ 6 millions de dollars, dont une tranche allouée par la Banque Mondiale et 3 millions fournis du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM). Actuellement, nous sommes en train de négocier la seconde phase avec la Banque Mondiale pour nous aider afin de se débarrasser des parcs d’équipements aux PCB. C’est à nous les tunisiens d’exécuter nos actions et tout en espérons de se retrouver dans le deadline de la convention de Stockholm d’ici 2025. Cependant, on est très ambitieux et on aimerait bien finir ces travaux d’élimination avant cette date à travers des incinérateurs spécialisée et le procédé d’incinération protégé. Actuellement, on ne dispose pas des moyens d’avoir ce genre d’installations.

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