Dr Hayet Hamdouni

Interview du Dr Hayet Hamdouni, Coordinatrice du programme national de lutte contre le sida et IST

Publié le

Interview du Dr Hayet Hamdouni, Coordinatrice du programme national de lutte contre le sida et les infections sexuellement transmissibles ( IST)- Direction de soins de santé de base de Tunis

par

1- Parlez nous du programme national de lutte contre le sida

Depuis l’enregistrement de premiers cas du VIH/Sida en Tunisie, le ministère de la santé en Tunisie a eu la réflexion de créer un programme national de lutte contre le sida (PNLS), c’est un programme ciblant la lutte contre le sida et les différents IST qui a été édifié depuis 1987, ce programme de santé est géré par la direction des soins de santé de base (DSSB) et présente deux axes principaux.
Le premier axe est la prévention de la transmission du VIH/Sida avec les différents modes de transmission qui sont les relations sexuelles non protégées, la contamination par le sang, l’usage des drogues injectables et la transmission mère-enfant.
Le deuxième axe consiste à réduire l’axe psychosocial chez les personnes vivant avec le VIH et leurs familles.
Donc pour le premier axe qui est la prévention, le programme national de lutte contre le sida a mis en place de différentes modalités de dépistage.

2- Quelles sont ces modalités de dépistage ?

Le dépistage des poches de sang, en contrôlant les donations du sang, est obligatoire.
La deuxième modalité c’est le dépistage volontaire et le dépistage à l’initiative du soignant. Pour le dépistage volontaire, on a créé 25 centres de dépistages anonymes et gratuits sur 19 gouvernorats. Ces centres de dépistage offrent le conseil et le dépistage gratuitement, sans aucun. Le client est accueilli par le centre et conseillé par un médecin et même s’il le test de dépistage se révèle positif, on l’accompagne vers la prise en charge.
Si le test de dépistage est négatif, on renforce les modes de prévention chez lui afin d’adopter un comportement sans risque et on lui conseille de faire le dépistage en cas de besoin.
Les autres mesures de prévention sont surtout l’information, éducation et communication ciblant essentiellement les populations à hauts risques. Ce travail est très appuyé par le rôle et les efforts des associations, puisque ces populations sont souvent des populations cachées, qui ne peuvent être touchées que par des agents communautaires et des éducateurs pairs parmi ces communautaires.
Pour un autre volet de dépistage, celui des femmes enceintes, on a commencé par une expérience pilote au niveau de 7 gouvernorats. On propose le dépistage par tests rapides pour toutes les femmes enceintes qui viennent à la consultation prénatale, pendant une année et jusqu’à la fin de l’an précédent (2015), on a dépisté presque 24 milles femmes durant la période de la grossesse et il n’y a que deux cas positifs dépistés dans 7 gouvernorats qui sont le Grand Tunis, Sousse, Monastir et Sfax où il y a des centres de prise en charge.

Actuellement, on a fait l’extension de cette expérience pilote au niveau de 7 autres régions limitrophes qui sont
voisines des premiers gouvernorats de la première expérience. Il nous reste dix autres régions vont être couvertes en 2017.
Je pense que cette stratégie sanitaire est très bénéfique surtout que pour la mettre en place on forme tous les médecins et toutes les sages femmes de chaque gouvernorat sur le conseil et le dépistage du VIH.
Les autotests de dépistage ne sont pas adoptés en vente pharmaceutique dans notre pays.
Dans le cadre du programme national de lutte contre le sida, on encourage surtout le dépistage volontaire parce qu’il y a le conseil et l’accompagnement.
Quand une personne est dépistée, elle est accompagnée que le test soit positif ou pas.

3- Qu’en est-il de la prise en charge des patients atteints du VIH/Sida ! Quelles sont les indications et les effets secondaires?

Pour la prise en charge, les traitements sont centralisés dans quatre centres de prise en charge hospitalo-universitaires, dans des services de maladies infectieuses.
Il y a le centre de la Rabta à Tunis, le centre de l’hôpital Farhat Hached à Sousse, le centre de l’hôpital Fattouma Bourguiba de Monastir, et celui de l’hôpital de Hédi Chaker à Sfax.
Jusqu’à maintenant, on a 850 personnes vivant avec le VIH qui sont sous traitements gratuits, le suivi immuno-virologique est également gratuit.
On a encore une prise en charge psycho-sociale pour les patients atteints de VIH (PVVIH) et qui sont suivis par une assistante sociale et par une psychologue qui assurent l’accompagnement des personnes vivant avec le rétrovirus, pour la gratuité du transport, l’acquisition du carnet des soins, etc.
Il y a parfois le soutien financier des associations.
La trithérapie est gratuite et elle est financée presqu’en totalité par le budget national du ministère de la santé.
Aussi en Tunisie, nous avons un autre acquis qui est le guide de bonnes pratiques de 2010. Depuis cette date, nous disposons de protocoles nationaux pour la trithérapie rétrovirale, qui sont alignés aux derniers progrès scientifiques mondiaux. Donc nous fournissons à nos patients, les molécules nécessaires à leurs traitements. Jusqu’à maintenant nous avons 24 molécules qui sont utilisées et prescrites et on suit les dernières innovations thérapeutiques.
Concernant le traitement antirétroviral, on fait le suivi des progrès scientifiques, on utilise les dernières molécules surtout avec le moindre effet indésirable, puisqu’il y a toujours une évolution de la fabrication des molécules et sont de plus en plus tolérés et plus efficaces.
Actuellement, on utilise dans la prise en charge des patients le comprimé unique, donc une seule prise par jour est préconisée tenant compte de l’observance thérapeutique de nos malades. Presque la moitié des PVVIH utilisent et tolèrent le comprimé unique.
On fait également le génotypage pour les sujets atteints de la maladie et qui développent une résistance à certaines molécules. Cela nous permet de détecter les résistances et changer le traitement.

En savoir plus sur le Sida : Sida le vrai du faux !