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Henri le coiffeur globe-trotter

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Henri le coiffeur globe-trotter

Mon Dieu ! Cinq minutes de retard ! Nous voilà arrivées chez Donna (madame Mokni), ce salon de coiffure qui a vu défiler moult personnes et personnalités désirant être coiffées à la perfection. Henri nous y attend, avec son sourire avenant au visage et sa bonne humeur habituelle.

par Jaouida Ben Aouali

C’est par cette matinée d’été que nous avons choisi de le rencontrer, un moment rare de calme dans l’établissement où il travaille depuis tant d’années et qu’il nous a réservé pour cet entretien. En effet, Henri est un homme très occupé car très demandé entre son travail et sa multitude d’amis. Force est de reconnaître que sa gentillesse et sa personnalité chaleureuse ne peuvent laisser indifférent. Quelques minutes en sa compagnie et l’on repart avec du soleil plein la tête, toute humeur grise dissipée.

C’est un personnage que cet amoureux de la vie, et curieux de tout ! La coiffure est son métier mais c’est aussi une passion dans laquelle il s’investit totalement et à travers laquelle il a fait de grandes rencontres de par le monde. Installé en Tunisie, il ne manque pas une occasion de prendre l’avion pour découvrir ou retrouver d’autres pays et d’autres cultures. Des histoires, il en a à revendre et en l’écoutant raconter ses multiples expériences, l’on a le sentiment de l’accompagner dans ses périples.

Petit voyage virtuel dans le monde d’Henri.

Qu’est-ce qui vous a amené en Tunisie et à vous y installer ?

Vivant à l’époque à Londres, j’ai été invité par des copains tunisiens également installés dans cette ville. J’ai donc eu le privilège d’habiter à Sidi Bou Saïd, un village pour lequel j’ai eu un grand coup de cœur. Depuis, et de retour à Paris, j’ai pris l’habitude de venir passer mes vacances en Tunisie où je me suis fait beaucoup d’amis. Je me suis alors attaché à ce pays et à ses gens, ce qui m’a décidé à tout arrêter et à quitter Paris avec les artifices du monde de la mode. Ce côté superficiel et emprunté me fatiguait, je cherchais le calme et l’authenticité et j’ai tout de suite pensé à la Tunisie, sans vraiment savoir combien de temps j’allais y passer… et voilà maintenant 30 ans que je vis ici ! Ça n’était pas programmé et je n’éprouve aucun regret. J’aime ce qui est authentique et les gens cool, j’aime rigoler. Etant épicurien, j’apprécie de vivre en Tunisie car j’y ai trouvé tout cela et je me sens épanoui.

Quel a été le déclenchement de votre carrière ici ?

J’ai rencontré un jour Dalila Mathari, cette grande coiffeuse très connue en Tunisie, et ce fut très vite le coup de foudre entre nous de par son côté artiste et déjanté comme moi. Grâce à elle, j’ai été introduit dans les milieux de la haute société tunisoise, ce qui m’a permis de me faire connaître. Ensuite, j’ai changé de voie depuis ma rencontre avec Donna et une sorte de pacte a été établi entre elle et moi, qui perdure depuis 28 ans. Une bonne entente s’est installée entre nous et je m’en trouve très bien.

Quelles stars ou quelles personnalités avez-vous eu l’occasion de coiffer ?

Sur la Tunisie, j’ai été pendant longtemps le coiffeur attitré de Souha Arafat durant sa vie ici, nous étions d’ailleurs quasiment amis, mais je suis surtout coiffeur des mannequins et top modèles comme Kenza Fourati, que j’ai coiffée lors d’un grand défilé à Paris à l’Institut du monde arabe. Je me suis occupé de la coiffure de Hanaa Ben Abdesslem, l’égérie de Lancôme, qui compte parmi les plus grands mannequins internationaux et dont la coupe, que j’ai réalisée, a été classée sixième meilleure en 2016 par le magazine Harper’s Bazaar. Je coiffe également le nouveau top modèle à Paris : Nour Guiga, à qui j’ai coupé les cheveux depuis son enfance. Egalement la nouvelle actrice Yasmina Bouabid, l’actrice Anissa Daoud, Nadia Khiari, la dessinatrice connue pour son personnage Willis from Tunis… Toute la jeune génération que je suis ravi d’avoir autour de moi et de voir évoluer. Elles apprécient mes coupes.

Parlez-nous de vos voyages.

Je voyage pas mal, j’arrive à faire deux longs courriers par an, dont, cette année, Cuba, ma destination favorite depuis 25 ans. Je vais dans ce pays pratiquement tous les ans et j’y retourne, d’ailleurs, en janvier prochain. Je me suis rendu en Indonésie, au Cambodge l’hiver dernier et là, je viens de rentrer d’un voyage magnifique, pas très loin, c’était le nord de l’Espagne que j’ai traversé de part en part, de l’Atlantique à la Méditerranée. C’était un voyage formidable et j’avoue que, quelque part, je suis fier de dire que je suis originaire de la région puisque je viens du pays basque. A part cela, certains pays m’ont beaucoup marqué, dont le Maroc, l’Egypte, le Yémen, un pays extraordinaire où j’ai apprécié l’architecture et les gens et où j’ai eu l’occasion de rencontrer, par pur hasard, le cinéaste anglais Joe Wright qui a réalisé le film Orgueil et préjugés. J’ai aussi été en Inde, une contrée qui m’a beaucoup apporté, on ne sort pas indemne d’un tel voyage. Il y a eu ensuite le Brésil où j’ai travaillé pour Vogue durant deux ans à São Paulo mais l’appel de la Tunisie a été le plus fort et je suis donc revenu.

Parmi toutes ces rencontres que vous avez faites, quelle a été la plus marquante ?

Eh bien c’était à la résidence de l’ambassade de France à la Marsa, lors d’un dîner j’ai fait la connaissance de notre maître à tous, feu le grand Alexandre de Paris. Il a coiffé Elisabeth Taylor dans Cléopâtre, l’impératrice d’Iran Farah Diba pour son sacre… J’ai eu une grande relation d’amitié avec lui et la chance de le connaître avant sa mort. Il est revenu à deux reprises en Tunisie et il m’a fait la surprise de me rendre visite ici au salon de coiffure. C’était un homme d’une grande simplicité et d’une grande humilité, il m’a beaucoup apporté. Cela a été un moment très intense dans ma carrière.

Nous connaissons Henri en tant que coiffeur mais qu’en est-il de votre côté artiste ?

A part les ciseaux, il y a aussi mon côté palette pour exécuter… les balayages, ton sur ton, naturel (rires) et la palette de peinture à laquelle je me suis adonné voilà maintenant 10 ans. Je peins en autodidacte et l’Afrique est ma source d’inspiration. La peinture est ma seconde nature et j’expose de temps en temps. Modestement, j’arrive à écouler mes toiles, surtout grâce au relationnel.

Quels sont vos secrets santé ?

J’essaye d’avoir une hygiène de vie saine avec une alimentation basée sur les légumes, les fruits, excellents en Tunisie, et sur le poisson que je consomme en grandes quantités. Je n’aime pas du tout la viande, je suis à la limite du végétarien, ma base culinaire est méditerranéenne et je bois beaucoup d’eau. Je n’apprécie pas tellement les plats en sauce, trop lourds ou trop riches. Le second aspect de mon rythme de vie, c’est mon travail qui ne me prend que les matinées, finissant vers 14 heures et le temps de rentrer chez moi, je déjeune vers 16 heures et cela me convient parfaitement. En effet, je ne dîne généralement jamais le soir, un yaourt et un thé en regardant un film me suffisent amplement, sauf si je vais au restaurant avec des amis : mon côté épicurien et fêtard reprend le dessus.