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L’implantologie, une spécialité bien implantée

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L’implantologie, une spécialité bien implantée

L’implantologie a démarré à l’hôpital Farhat Hached à Sousse en 1991, suite à la nomination de Dr Chedly Baccouche, Professeur en médecine dentaire et implantologie, comme chef de service de médecine dentaire.

par Jaouida Ben Aouali

En 1993, elle a été reprise par l’Hôpital militaire de Tunis et, la même année, a été créée l’Association tunisienne d’étude et de recherche en implantologie orale (ATERI). A partir de cette date là, l’implantologie a été généralisée au niveau des structures étatiques et des citoyens. En tant que technique chirurgicale, l’implantologie a été introduite en Afrique du Nord, puis dans le reste du continent, à partir de la Tunisie. Depuis, elle a trouvé sa véritable place auprès des citoyens et a été démocratisée au niveau des structures étatiques. Ainsi, s’est développé, sur tout le territoire tunisien, un programme de formation des médecins dentistes en implantologie, qui deviennent, dès lors, implanto-conscients, l’implantologie n’étant pas une spécialité, c’est une technique chirurgicale de formation postuniversitaire.

Les dentistes algériens, marocains, mauritaniens et libyens ont été formés dans notre pays et à partir de 2001/2002, l’implantologie a joué un rôle important dans le cadre du tourisme de santé, au niveau des cabinets dentaires privés, qui a drainé des ressortissants des pays du Maghreb, par défaut de compétences dans le domaine chez eux à cette époque, et d’Europe, pour des techniques et des compétences identiques et des coûts nettement moins élevés que dans leurs pays d’origine. En outre, l’Etat avait développé l’importation des différents produits (entre autres les implants) nécessaires aux soins dans ce domaine et, concurrence oblige, la diversité des marques a fait le reste, générant la diminution des prix des implants. Ceci a permis l’accès des Tunisiens à l’implantologie, d’autant que les caisses nationales d’assurance maladie et les assurances privées prennent en charge une partie des frais. Pour ce qui est des ressortissants français venant se faire soigner dans notre pays, leurs mutuelles ont accepté, vers 2008/2009, de rembourser 500 euros par implant et par an, ce qui a généré leur afflux dans les cabinets d’odontologie de Sousse, carrefour de l’implantologie avec la Faculté de médecine dentaire, suivie de Hammamet, puis de Tunis où la population a commencé à intégrer cette démarche thérapeutique.

Nous avons rencontré le Dr Chedly Baccouche qui nous en parle.

Interview de Dr Chedly Baccouche – Professeur en médecine dentaire et implantologie

Où en est la prise en charge de l’implant pour les citoyens tunisiens ?

La prise en charge est timide, 200 dinars pour l’acte chirurgical et 200 dinars pour l’implant sur les 1.500 à 2.000 dinars de frais globaux, mais elle est compensée par les assurances et les mutuelles privées.

Quelle différence de prix y a-t-il entre le bridge classique et l’implant ?

Un bridge pour une dent manquante, qui nécessite de sacrifier deux dents, revient au même prix qu’un implant, soit 1.500 dinars. Le choix est donc vite fait entre les deux et ce, avec un intérêt grandissant de la part des citoyens pour l’implantologie qui leur apporte un confort de mastication et un bénéfice esthétique incomparables.

Combien y a-t-il de sociétés savantes dans le domaine et quel est leur rôle ?

Entre les sociétés et les associations, il me semble qu’il en existe sept ou huit : Elles prennent la responsabilité de la formation en invitant des professionnels essentiellement français de la technique.

Entre la pose d’un implant et celui de la couronne, il y a un délai de cicatrisation. Quelle est sa durée ?

Ce délai dépend de l’âge du patient, plus il est âgé et plus ce délai s’allonge. Il est de 4 mois pour une personne relativement jeune et de 6 mois pour une personne âgée, chez qui la cicatrisation est plus lente. Il dépend aussi de l’état de santé du patient qui, s’il est diabétique par exemple, requiert plus de temps pour sa cicatrisation.

Que faut-il faire lorsque le patient présente une résorption osseuse ?

Il faut recourir au comblement par adjonction d’os de banque, on parle alors d’allogreffe, d’os autogène que l’on obtient par prélèvement dans la partie supérieure de la mâchoire et que l’on broie. Ma préférence se porte sur l’os de banque, qui est lyophilisé et biocompatible. Actuellement, il y a également possibilité de recours à l’os synthétique, qui est neutre et fabriqué à partir de phosphate tricalcique.

Ce comblement osseux est généralement réalisé lorsqu’il n’y a pas assez de hauteur au niveau des sinus, afin de relever la paroi sinusienne, et 6 mois sont alors nécessaires avant la pose de l’implant.

Pour ce qui est de la mâchoire inférieure, elle est plus délicate à traiter du fait de certaines interventions supplémentaires à réaliser, à savoir la distraction osseuse. Cependant, il est généralement fait appel, dans ce cas, à un chirurgien maxillo-facial avant de procéder à l’implantologie.

Où avez-vous été formé ?

J’ai entamé ma formation en implantologie en 1996 à Paris à l’hôpital Cochin et j’ai suivi, en parallèle, des cours à l’hôpital de la Salpêtrière. J’ai ensuite collaboré avec le Centre hospitalier intercommunal de Créteil, avec l’hôpital dentaire de Milan. Par la suite, en tant que professeur en la matière, j’ai invité des professionnels français à dispenser des cours en Tunisie. La technique a donc été introduite en Tunisie sur des bases solides, avec la meilleure qualité d’implants, à savoir des marques allemandes, l’Allemagne étant performante en matière de technologie. Il est, d’ailleurs, possible aujourd’hui pour un médecin dentiste de réaliser des prothèses dans son cabinet grâce à un logiciel informatique, ce qui m’amène à vous dire qu’à l’occasion du Salon Tunisia Health Expo, j’ai invité le représentant d’une société qui fournit ce type de technologie à faire la démonstration de cet appareillage innovant susceptible d’être commercialisé dans notre pays. Bien qu’étant une affaire commerciale, il n’en reste pas moins que c’est un plus scientifique non négligeable.

Par quelle filière recevez-vous les patients étrangers ?

En 2000, les agences étaient les principaux acteurs de la filière de la patientèle étrangère, avec également les sites Internet des hôtels qui drainaient les visiteurs étrangers, lesquels, par ouï-dire, étaient informés quant à notre expertise et venaient se faire soigner chez nous. Les techniques et le savoir-faire étaient identiques à ceux de l’Europe et les honoraires étaient nettement inférieurs en Tunisie, les pôles les plus importants en matière d’implantologie étant Sousse, Monastir, Djerba. Par ailleurs, de nombreux Algériens, Mauritaniens et Libyens viennent aussi se faire soigner dans nos cabinets à Tunis.