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Mohamed Ali Nahdi : Ma forme physique, importante pour mon travail

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Mohamed Ali Nahdi : Ma forme physique, importante pour mon travail

Fils de Lamine Nahdi et Souad Mahassen, Mohamed Ali Nahdi a été influencé par la vie artistique de ses parents, mais c’est à la force de son travail et de ses efforts qu’il doit sa notoriété.

par Jaouida Ben Aouali

Après quelques rôles, dont le premier dans le feuilleton à succès « Weld Ennas », il fait l’école du cinéma à Paris où il se spécialise dans le montage. C’est avec « Fhak Essardouk Enraïchou » comme metteur en scène qu’il s’essaie au théâtre. De nouveau sur les planches, il joue un one man show, « Ezzmegri » d’après une mise en scène de Lamine.
Votre parcours a débuté par le métier d’acteur, vous êtes ensuite passé à la réalisation et, de nouveau, vous reprenez celui de comédien, mais sur les planches !

Comment faites-vous pour passer de l’un à l’autre avec autant d’aisance ?

J’ai commencé en tant qu’acteur avec une formation théâtrale de jeu, d’acting et de danse, avec le Théâtre municipal de Tunis sous la direction de Mohamed Driss dans une pièce réalisée juste après la formation, « Iaychou Shakespeare ». Ça a été mon premier vrai rôle. Après « Weld ennas » je suis parti en France étudier le cinéma où je me suis spécialisé dans le montage. J’ai fait mon stage dans le film « Essaïda » de Mohamed Zran, j’étais encore étudiant à Paris puis j’ai enchaîné en tant que monteur, acteur, assistant réalisateur et même en tant que régisseur.
En fait, j’ai touché à beaucoup de secteurs dans le cinéma. Lorsque mon père montait la pièce «Fhak Essardouk Enraïchou », il m’avait proposé de le mettre en scène; travailler avec un géant ne se refusait pas. Ensuite j’ai réalisé deux courts-métrages qui ont eu un grand succès : «Le Projet » et « Il était une fois à l’aube ».
Avant mon one man show, j’ai participé à l’adaptation de « Un gars, une fille» (« Bent wa walad »), diffusé durant Ramadhan dernier, sur Ettounsia et qui a eu beaucoup de succès. Pour le momen, je vis un véritable rêve puisque « Ezzmegri » cartonne !

Pour répondre à votre question, l’aisance est venue naturellement de par mon environnement familial, mon père m’emmenait avec lui du nord au sud, au gré de ses représentations et j’assistais aux répétitions, à la conception de la pièce, etc. Puis mes études et ma formation dans le montage m’ont appris le côté technique. Sans parler de talent, entre ma famille, mon vécu et mes études, j’ai acquis des bases solides dans le théâtre et le cinéma, ce qui fait que, passer de l’un à l’autre, tant comme acteur, réalisateur ou metteur en scène, ne me pose aucun problème. Je dois dire aussi que je travaille beaucoup : « Ezzmegri » m’a pris deux ans de préparation, par exemple.

Comment vous êtes-vous préparé pour la représentation de ce one man show ?

J’ai toujours fais très attention à ma ligne et pratiqué deux heures, en moyenne, de sport par jour. Avec un spectacle de deux heures comme celui-là, comprenant quatre tableaux de danse sans entracte, sans aucune coupure. Etre sur scène, c’est bien sûr artistique mais aussi très physique. Pour travailler durant deux ans avec un grand comme Lamine Nahdi il faut aussi avoir du souffle et ma forme m’a permis de tenir le rythme; nous avons travaillé « from the scratch» comme on dit en anglais. Nous avons travaillé la voix, l’inspiration, l’utilisation de l’espace, les personnages, le corps, l’articulation, le rythme.

Votre métier n’est pas de tout repos, quel est votre secret pour tenir justement ce rythme ?

Bien qu’ayant eu bon nombre de propositions, j’ai refusé car il s’agit pour moi de me concentrer sur mon spectacle et la série « Bent wa walad » dont le tournage de la saison 2 débute en décembre. Je ne me disperse pas, tel est mon secret ; d’autant que je suis sur l’écriture de mon premier long-métrage, auquel je consacre tout mon temps libre et dont le titre provisoire est « Sidi El Bahri », où je travaillerai en tant que scénariste réalisateur et dans lequel je me suis attribué le premier rôle.

Quels conseils donneriez-vous à nos lecteurs pour garder la forme?

Tout d’abord ne pas fumer, éviter de boire, faire des exercices au moins deux fois par semaine. Consacrer deux jours par semaine au sport est un minimum mais c’est très bénéfique, prendre un lecteur MP3 et courir. Il faut surtout manger sainement en réservant une journée «jocker » pour la cuisine tunisienne en général très lourde et très riche en matières grasses. Sans oublier le sommeil, bien entendu, élément essentiel à la forme physique.

Quelle importance accordez-vous à votre apparence extérieure ?

En tant qu’acteur mon corps, ma voix, sont mes outils de travail et je fais attention à ma ligne ; un corps fort et souple peut aider un comédien à rester debout, à garder le souffle. Je fais bien sûr attention à mon apparence physique mais sans tomber dans le narcissisme ! Je prends soin de moi.

Comment gérez-vous votre stress et que faites-vous pour vous détendre ?

Le sexe, le sport, un bon film et un peu de lecture sont les activités qui me détendent le plus !

Quel type d’alimentation avez-vous?

J’accorde une grande importance au petit-déjeuner : chez moi il est essentiellement composé de fruits, avec des œufs, des céréales et du miel. Un peu à l’anglaise.

« Ezzmegri » jette un regard critique sur les aspects sociaux et politiques de la Tunisie, qu’avez-vous à nous en dire ?

Ce spectacle est une fenêtre que j’ouvre sur la société tunisienne post révolutionnaire. « Ezzmegri » raconte un personnage qui revient en Tunisie après la révolution et une absence de huit ans. Il est un peu décalé par rapport à ce qui s’est passé durant son absence mais, à travers lui, on se regarde dans un miroir. C’est une critique sociale qui n’omet pas de s’attaquer à la politique, sans parti pris, comme un appel à se remettre en question et à se demander quelle voie on a pris.

Derrière le rire se cache le tragique de la situation sociopolitique du pays. Il y a plusieurs personnages et plusieurs situations : j’ai parlé du chômeur, du dealer, de l’intello, de l’homo, du voyou à l’ancienne et du voyou d’aujourd’hui, du poète, de la prostituée…Comme toile de fond de la scène se trouve une grande reproduction d’un tableau de Gauguin représentant différents personnages avec cette phrase en dessous : « Qui sommes-nous ? Où sommes-nous ? Où allons-nous ? »

Quand le spectacle est terminé, que faites-vous ?

Après un spectacle de deux heures, je n’ai envie que d’une seule chose : me reposer. Cependant nous partons, avec toute l’équipe, dîner assez rapidement durant une heure ou deux, ensuite je rentre chez moi. Mais nous avons l’intention de fêter la 10ème représentation!

Vous qui travaillez généralement dans la comédie, que pensez-vous du rire comme thérapie ?

Le rire est la meilleure des thérapies mais c’est aussi la chose la plus difficile, c’est presque du suicide pour certains comédiens. Ceux qui ont l’habitude du jeu tragique ont du mal à passer au comique, pour ma part cela ne me pose aucun problème car j’aime le risque. J’ai commencé dans ce type de rôle avec Walid, le personnage de « Cine Cità ». Pour ce qui est de « Ezzmegri » les gens en sortent gais et me remercient ! N’est-ce pas mieux que d’aller voir un psy ? Et Chaplin de dire : « Une journée sans rire est une journée perdue».