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L’oesophage de Barrett

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L’oesophage de Barrett

L’oesophage de Barett est une complication du reflux gastro-oesophagien.
Au cours de cette affection, la muqueuse de l’oesophage est remplacée par une muqueuse de type intestinal.

par Ema Farès

Quels sont les symptômes de l’oesophage de Barrett? Comment guérir et surtout prévenir de cette pathologie ?

Réponses avec notre spécialiste Dr Mohamed Mehdi Kechaou spécialiste en gastro-entérologie et hépatologie

Dr Mohamed Mehdi Kechaou

Quelle est la prévalence de l’oesophage de Barrett en Tunisie ?

Il n’y a pas de chiffres sur la prévalence de cette maladie oesophagienne. Aucune étude n’a été faite.
Ceci dit, cette pathologie de l’appareil digestif n’est pas fréquente. Je pense que c’est inférieur à 1% de la population tunisienne mais cela n’engage que moi.
En revanche, réellement, on ne dispose pas de chiffres élaborés à partir de bases scientifiques claires.

Quels en sont les signes ?

Il n’y a pas de signes spécifiques pour l’oesophage de Barrett. En effet, l’oesophage de Barrett est une complication du reflux gastrooesophagien. Par conséquent, quand un patient consulte un gastro-entérologue, suite à un reflux, une fibroscopie est préconisée. Par ailleurs, ce ne sont pas tous « les reflueurs » qui vont se retrouver avec un oesophage de Barrett et il n’y a pas de signes spécifiques pour cette pathologie. Mais le pyrosis, les régurgitations avec un liquide gastrique au niveau de la bouche sans aucun vomissement et des douleurs abdominales reflètent des symptômes de cette anomalie gastrique.

Quelles sont les causes de l’oesophage de Barrett ?

L’oesophage de Barrett est lié à un reflux gastro-osophagien. C’est un mécanisme de défense de la muqueuse de
l’oesophage contre cette agression acide.
La bouche de l’oesophage « cardia » ou le sphincter intérieur se trouve ouvert et ne se ferme pas assez. Quand l’acide gastrique va remonter, il va irriter la partie inférieure de l’oesophage, de la muqueuse et par moment, la muqueuse peut se défendre en se transformant et devenant plus résistante afin de ne pas être lésée par cet acide qui remonte tout au long de l’oesophage.
La muqueuse gastrique est très résistante à l’acide. Il y a des échanges d’ions H+ et K+ qui lui permettent
de rester intègre à l’action de l’acide.
Cependant, la muqueuse de l’oesophage ne tolère pas l’acide gastrique et, à la suite d’une altération acide, elle
devient relativement congestive et ulcérée. Lorsque le mécanisme de remontée acide devient chronique, la muqueuse recherche un mécanisme de défense et passe d’une muqueuse oesophagienne de type « malpighien » en une muqueuse glandulaire de type « intestinal ».
D’ailleurs souvent on sent moins le reflux gastrique quand il y a une transformation lors d’un oesophage de Barrett.

Quelles en sont les complications ?

La complication majeure de l’oesophage de Barrett est la transformation néoplasique.
C’est-à-dire qu’une tumeur se développe et un cancer. Il s’agit essentiellement d’un adénocarcinome de la partie inférieure de l’oesophage parce que toute transformation d’une muqueuse « normale » en une muqueuse qu’on appelle « spécialisée » est une modification qui peut se retrouver avec des accidents mitotiques, de multiplications cellulaires.
Il y aura une dysplasie et à ce niveau, il peut se développer un cancer du tiers inférieur de l’oesophage. En effet, les complications les plus redoutables de l’oesophage de Barrett sont le cancer gastrique et le cancer oesophagien, de type adénocarcinome.

Comment se fait la prise en charge ?

La prise en charge de l’oesophage de Barrett est double.
D’abord, il faut lutter contre les symptômes qui sont les signes du reflux qu’il faut traiter. Comme le patient souffre, il a des remontées acides, il a des brûlures, ce qui le gêne énormément.
Il faut prescrire un traitement pour lutter contre cette acidité, ce sont les fameuses molécules qui s’appellent les « inhibiteurs de la pompe à protons » qui vont agir et lutter contre cette acidité, ce qui permettra au patient de moins ressentir cette aigreur, ces reflux et ces régurgitations acides. C’est le premier volet.
Cependant, la concentration la plus importante doit être donnée à ce risque de transformation. Du coup, il y a
une surveillance régulière, des examens par une fibroscopie et un suivi qui va dépendre de ce qu’on va trouver lors de la première biopsie. Cela signifie, que lors de la fibroscopie, on va prendre des petits fragments au niveau de cet oesophage de Barett, les l’analyser et voir quels types cellules existent, vérifier s’il y a néoplasie ou pas ou observer une dysplasie de haut grade.

Dans ce cas, il faut enlever cette lésion par plusieurs moyens.
L’endoscopie est généralement utilisée en premier lieu, c’est la première voie. On note que cette modification oesophagienne peut aussi mener jusqu’à la chirurgie si jamais on détecte un début d’un cancer. Le suivi peut se faire tous les ans ou tous les trois ans. Cela dépend de ce qu’on va trouver au cours du diagnostic et des explorations du système digestif, des biopsies multiples suivant les différents cadrans de l’oesophage de Barrett. Ce qui nous permet de connaître l’évolution de cette pathologie.
Est-ce qu’il y a une tumeur ou pas? Est-ce qu’il y a une dysplasie ou pas ? D’ailleurs, c’est à ce moment qu’il faut réagir avant que l’oesophage de Barrett n’évolue vers un cancer invasif où à ce moment une bataille très dure s’engage. Il faut vraiment agir en amont, c’est-à-dire
avant la survenue de tout cancer.

Quelles sont les mesures de prévention ?

Personnellement, je pense qu’à chaque fois qu’un oesophage de Barrett est diagnostiqué, il faut mettre tout en oeuvre pour guérir cette pathologie gastrique. Une attention particulière doit être portée à cette affection, même s’il y a des formes minimes.
On a parfois tendance à l’oublier alors qu’au contraire, le mot d’ordre est la surveillance. A partir du moment où il y a des signes de la muqueuse de Barrett, il faut contrôler le patient d’une manière régulière et très approchée, faire des fibroscopies, des biopsies afin d’agir à temps. Cela constitue un premier pilier.
En second lieu, notamment pour les patients, il faut qu’ils mentionnent tous les nouveaux symptômes qui peuvent apparaître sous traitement ou sans la piste médicamenteuse.
S’ il y a quelque chose qu’on n’a pas l’habitude de ressentir, une difficulté à avaler, le bol alimentaire n’arrive
pas à bien descendre ou bloque un tout petit peu, il faut mentionner ces signes et aller consulter rapidement.
Puis, il faut prendre les médicaments prescrits parce que même au premier stade de l’oesophage de Barrett, on réduit le risque de l’évolution de cette maladie vers un cancer.

Mon conseil et le dernier point, qui s’adresse tout particulièrement aux patients, est de comprendre l’importance des règles d’hygiène et d’un régime alimentaire équilibré et de les appliquer parce que ceci réduit le risque d’apparition d’un cancer.
Par ailleurs, il y a un certain nombre de gestes à ne pas faire pour ne pas aggraver le reflux, c’est par exemple, ne pas manger le soir tard, ne pas manger liquide le soir et ne pas dormir tout de suite après. De même, il ne faut pas boire, ni eau, ni sodas, ni aucun liquide au cours des repas.
Ces pratiques permettront de réduire le reflux et, par conséquent, le risque d’une transformation en oesophage de Barrett et par la suite le risque de développer un cancer de l’oesophage.