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Pionnier de la Medecine Tunisienne : Pr Kamel Ennabli

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Pionnier de la Medecine Tunisienne : Pr Kamel Ennabli

Le Pr Kamel Ennabli, cet éminent médecin est le 1er chirurgien tunisien à avoir réalisé des pontages coronaires en Tunisie. Il est également le 1er chirurgien à avoir pratiqué la chirurgie cardiaque pédiatrique et néonatale. Il a consacré plus de 30 ans de sa vie à sauver celle des autres, celle de ses patients atteints de maladie cardio- vasculaire. C’est un chirurgien hors pair et un homme de très grande qualité, entier, simple, généreux et plein d’humilité (malgré sa médaille du mérite). Lorsque nous l’avons rencontré, il nous a chaleureusement reçu pour nous entretenir « à coeur ouvert ». Là, c’est notre coeur qui allait « battre pour lui ».

Un chirurgien avec la main sur le coeur

Si vous nous parliez de votre parcours ?

Au terme de mes études à la faculté de médecine de Tunis en 1973, j’ai débuté ma carrière au service de chirurgie
générale des professeurs Hammadi Farhat et Salaheddine Gharbi à l’hôpital Farhat Hached de Sousse. De 1979 à 1981, j’ai bénéficié d’un stage de perfectionnement en chirurgie générale et de formation en chirurgie vasculaire à l’hôpital Maisonneuve à Montréal. De retour en Tunisie, j’ai réintégré le service de chirurgie générale de 1981 à 1983 puis je suis retourné de nouveau au Canada pour une période de deux ans pour suivre une formation en chirurgie cardiaque adulte à l’Institut de Cardiologie de Montréal et en chirurgie cardiaque pédiatrique à l’hôpital Sainte Justine de Montréal. Depuis 1988 j’occupe le poste de chef de service de chirurgie cardio-vasculaire et thoracique à l’hôpital universitaire Sahloul de Sousse.

Comment en êtes vous arrivé à la chirurgie cardiaque ?

Cette spécialité n’existait pas encore en Tunisie malgré quelques tentatives échouées ou incomplètes, pourtant la situation nécessitait son développement. En effet, faute de moyens techniques et humains et surtout de compétences en matière de chirurgie cardiaque, les patients tunisiens atteints de cardiopathies valvulaires et de maladies coronaires étaient en grande majorité transférés à l’étranger. Leurs frais d’intervention et d’hospitalisation étaient entièrement pris en charge par les caisses de sécurité sociale tunisiennes. Cela constituait un problème tant sur le plan financier, car cela représentait une sortie importante de devises pour le pays, que sur le plan humain et médical car cela générait des problèmes liés aux cas urgents, aux conditions des transferts et parfois des décès. C’est alors que le Ministère de la Santé Publique, conscient de la nécessité de prendre en charge ces patients en Tunisie, en collaboration avec la faculté de médecine de Sousse, me propose, alors que j’étais assistant en chirurgie générale, de m’orienter vers une nouvelle spécialisation en chirurgie cardio-vasculaire et thoracique. Malgré la lourde responsabilité que cela supposait, j’ai accepté la mission et décidé de relever le défi.

Quelles ont été vos premières réalisations ?

De retour en Tunisie, j’ai été nommé chef de service de CCVT. Les moyens étant dérisoires et mon équipe très réduite. Tout était à faire. J’ai dû mettre moi-même en place les protocoles thérapeutiques opératoires et post opératoires, la surveillance et le suivi des malades, développer les soins intensifs post opératoires, former le personnel paramédical, former une équipe de chirurgiens et d’anesthésistes réanimateurs. Une fois tout ceci en place, nous avons commencé à pratiquer à partir la chirurgie cardiaque adulte à coeur ouvert des valvulopathies et des coronaires de façon totalement autonome sans l’aide d’aucune mission étrangère. Depuis de plus en plus de patients adressés par les services de cardiologie à partir de toute de la Tunisie sont opérés à Sousse hissant notre service au premier rang en terme de débit d’intervention. Au vu des excellents résultats, les autorités tunisiennes décident l’arrêt total des transferts des patients adultes à l’étranger au niveau national.

Et qu’en est-il de la chirurgie cardiaque pédiatrique ?

Parallèlement à la mise en place de l’activité cardiaque adulte, je me suis intéressé dès 1991 aux cardiopathies congénitales. Nous avons initié la chirurgie cardiaque infantile en élaborant deux projets de coopération avec deux grands centres européens : le Centre Chirurgical Marie Lannelongue de Paris, France en 1992, et le Centre Hospitalier Universitaire Vaudois à Lausanne, Suisse en 1994, avec le concours de l’association caritative suisse non gouvernementale « Terre des Hommes » également en 1994. Ces coopérations ont pris fin au début des années 2000 lorsque toutes les équipes ont acquis toute la compétence nécessaire pour devenir autonomes. Depuis 2007 plus de 80% de la pathologie cardiaque infantile est traitée à Sousse aussi bien chez les nouveau-nés que chez les grands enfants.

Un vrai parcours du combattant qui n’a certainement pas été de tout repos, n’est-ce pas ?
Quel que soit le combat qu’on mène dans la vie, ce dernier n’est certainement pas de tout repos. J’ai mené un combat sur plusieurs plans. Il fallait développer la chirurgie, combattre les préjugés des patients qui, parfois, mettaient la pression pour aller se faire soigner à l’étranger, et enfin prouver que nos résultats étaient aussi bons que si le patient avait été transféré. Et pour cela il a fallu travailler nuit et jour (et ce n’est pas une simple expression !). Nos efforts ont porté leurs fruits puisqu’en quelques années nos résultats ont convaincu même les personnes réticentes et plus aucun malade n’a été transféré depuis.

Qu’est-ce qui vous animait ans votre combat ?

Toute ma carrière de chirurgien et mes réalisations, je les ai accomplies par pure vocation et passion. L’une de mes principales motivations, comme tout médecin, est de sauver des vies humaines, particulièrement celles des petits enfants dont les pathologies sont curables. il y a lieu de dire que dans ma nature d’homme, j’aime relever les défis. Pour moi, chaque fois qu’un objectif est atteint, un autre défi est à relever.

Quelle est votre plus grande fierté ou satisfaction tout au long de votre carrière ?

C’est d’avoir rendu service à mon pays et aux patients en ayant développé cette chirurgie en Tunisie. Je suis également fier d’avoir formé des chirurgiens compétents, tunisiens mais aussi étrangers notamment, libanais, mauritaniens, et d’avoir bâti une équipe chirurgicale basée sur la compétence, le travail et l’abnégation.

Et si vous nous parlez de vos espoirs ?

Mon espoir c’est que cette activité pour laquelle tant de sacrifices ont été consentis soit préservée et pérennisée. Je souhaite vivement que tout ce qui a été réalisé continue à évoluer, et que cette spécialité suscite encore des vocations. Mon autre espoir c’est celui de voir la chirurgie cardio-vasculaire pédiatrique se développer au point que plus aucun nouveau-né atteint de cardiopathie congénitale ne soit transféré à l’étranger pour être opéré.

Qu’est ce qui vous passionne d’autre dans la vie ?

Je suis un amoureux et défenseur de la nature et surtout un passionné de la mer. Mon autre bonheur c’est d’être entouré de mes petits enfants et leur faire apprécier les choses simples de la vie. Dans sa passion, il ne faut pas oublier de vivre, pour reprendre une chanson bien connue.