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Salah Barka « J’assume ce que je suis »

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Salah Barka « J’assume ce que je suis »

Originaire de Gabès, Salah Barka est l’une des stars montantes de la mode en Tunisie. Il est entré dans le monde de la mode en tant que mannequin puis costumier de cinéma et a fini par être styliste. Autodidacte, il a su créer un style propre à lui, exaltant toute la beauté de la culture tunisienne à travers l’histoire.

par Skander Mzah

Entre modernité et patrimoine, Salah Barka s’est distingué, durant les Fashion Weeks et les autres défilés auxquels il a participé, par un style arabo-africain, unique en son genre. Il sort aussi du lot par sa façon d’être où, loin de tout complexe, il assume entièrement, aujourd’hui plus que jamais, ce qu’il « est ».

Où trouvez-vous votre inspiration?

Mes origines, l’histoire et la rue. Ce sont mes trois sources d’inspiration. Je suis un grand fan de livres d’histoire… mes origines arabo-africaines… et la rue, même si beaucoup n’y trouvent rien d’inspirant.

En voyant vos collections, on voit des corps couverts mais aussi dénudés. Quel est votre rapport au corps ?

C’est un rapport très intime et particulier. C’est une sorte de jeu, ça m’arrive de dénuder l’homme et de lui donner un côté féminin qui le dénude aussi. Et parfois, je couvre la femme pour lui donner un côté masculin qui la protège. Je m’amuse avec les corps et à travers ma collection.

Est-ce que vous faites attention à ce que vous mangez ?

Oui, surtout ces dernières années. Avant, je mangeais beaucoup de sucreries, surtout que je bougeais beaucoup et faisais énormément de marche. Je prenais des sucreries à tout moment de la journée.

Je marche toujours autant mais j’essaie de mieux surveiller mon alimentation. Je bois plus d’eau. De par mon métier, il m’est difficile d’avoir des horaires fixes pour manger correctement. Du coup, j’essaie de bien manger le matin. Au déjeuner, j’essaie de décaler mon repas un peu après midi. Je prends généralement un en-cas pas très lourd. Et, en fin d’après midi, je prends un sandwich ou un plat mais bien entendu light sans beaucoup de matières grasses.

Votre plat préféré ?

Tunisien : Kaftéji.
International : Les pâtes.

Vos gestes santé au quotidien ?

J’ai un problème d’allergie alimentaire. De ce fait, il ne me reste pas beaucoup de fruits que je peux manger hormis les dattes, les bananes, les poires et les pommes. Donc j’essaie de compenser avec des vitamines en comprimés et des fruits secs.

Vous faites un métier relativement stressant, avez-vous une ou des astuces anti-stress ?

Mon secret, c’est le sourire. J’essaie de garder le sourire au maximum et cela me déstresse énormément. Sinon la marche et la musique m’aident  beaucoup également dans les moments de stress.

L’amour pour vous?

C’est une sécurité, une communication et un partage.

Comment vivez-vous, en tant que noir tunisien en Tunisie ? 

C’est bizarre pour les autres. A chaque fois que je prends un transport en commun ou que je parle avec des gens qui ne me connaissent pas, on me répond en français, me prenant pour un « Africain », comme si la Tunisie ne faisait pas partie du continent africain. On s’adresse à moi comme à un étranger, même si je parle  arabe, que je  dis  m’appeler Salah et venir de Gabès. Les gens sont généralement étonnés. Je leur pose parfois la question : pourquoi me prenez-vous pour un étranger? Certains répondent que c’est à cause de mon style vestimentaire, quand d’autres me disent que c’est en raison de mon accent ou de ma façon de parler. Dans tous les cas, on trouve bizarre que je sois tunisien.

Ressentez-vous du racisme à votre égard en Tunisie ?

Oui, surtout lorsque te prenant pour un étranger, les gens se permettent de te descendre en arabe. Donc j’entends des choses qui m’étonnent parfois, me font rire ou m’énervent aussi.

La Tunisie n’est pas extrêmement raciste mais les Tunisiens, en général, acceptent difficilement la différence, quelle qu’en soit la forme ou la couleur.

Qui plus est, je suis homosexuel. Donc la combinaison «  black – Tunisien- musulman – gay » est vraiment difficile à digérer pour un Tunisien. Peut-être que dans leur tête, être noir et gay n’est pas compatible. Ce qui colle encore moins, c’est être gay et musulman.

Les gens sont curieux de savoir comment c’est possible, surtout que je ne cache pas mon homosexualité. Je reste quand même discret, je ne nie pas ma sexualité mais je ne le crie pas non plus sur tous les toits. Le dire, surtout dans mon métier, m’équilibre.

Votre conseil aux jeunes ?

Ne vous autocensurez pas et prenez garde aux dérives et aux excès. Votre moment c’est maintenant! Dès aujourd’hui vous devez commencer à construire votre vie future.