tachycardie

La tachycardie, quand le myocarde s’emboîte puis s’adapte

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On parle de tachycardie quand le coeur bat rapidement à raison de plus de 100 pulsations par minute. C’est l’emballement de la fréquence cardiaque qui pourrait dans certains cas mettre la vie du patient en péril.

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Quelles sont les manifestations et les causes de la tachycardie ? Quels sont les types de la tachycardie ? Et comment réguler cette anomalie du coeur ?

Tachycardie : définition et signes

La tachycardie est l’accélération de la fréquence cardiaque. La fréquence normale du coeur chez l’homme est d’environ 70 battements par minute. La tachycardie est un rythme cardiaque rapide qui est au-delà de 110 à 120 battements par minute. Elle peut survenir à tout âge suite à plusieurs causes. Le patient présente des palpitations qui peuvent être source d’angoisse et d’anxiété. L’accélération de la fréquence de pulsations cardiaques peut être un motif d’une consultation en urgence. Des facteurs de risque de cette accélération cardiaque sont l’hypertension artérielle, le diabète et le tabac. La tachycardie survient également en cas d’une déshydratation, d’une fièvre, de certaines maladies surrénaliennes (le phéochromocytome), la grossesse et la chute de la glycémie. La tachycardie s’accompagne de palpitations. Dans certains cas, il y a un essoufflement, des sueurs et une asthénie articulo-musculaire.

Les types de la tachycardie

On distingue les tachycardies où le rythme est régulier et celles où le rythme est irrégulier.
-La tachycardie où le rythme est régulier, sinusal : C’est une adaptation physiologique du coeur à l’effort, le débit cardiaque par minute est égal à la fréquence cardiaque qui est multiplié par le volume d’éjection systolique (VES). C’est le cas d’une personne qui fait un effort, qui est angoissée ou stressée.
-Les tachycardies sinusales qui ne sont pas physiologiques, C’est une tachycardie sinusale inappropriée. Le patient est au repos et se plaint de palpitations inexpliquées et il n’existe pas une condition qui peut expliquer cette arythmie (stress, angoisse ou autre) et dans ce cas là on doit éliminer essentiellement une hyperthyroïdie, un trouble hormonal ou encore un problème d’une insuffisance cardiaque.
Il y a aussi l’effet de trouble de sécrétion d’hormones surrénaliennes ou bien également la survenue d’une maladie électrique du coeur qui nécessite un traitement d’ablation particulier ou bien un traitement ralentisseur.
– Les tachycardies associées à un rythme irrégulier : cette tachycardie peut survenir soit au niveau des oreillettes ou des ventricules ou au niveau de la jonction auriculoventriculaire.
En fonction du lieu de naissance de l’arythmie, il y a le diagnostic, le pronostic et la prise en charge. Les arythmies auriculaires comprennent plusieurs arythmies dont la fibrillation atriale et la tachycardie atriale. Il y a le trouble de rythme supraventriculaire qui est supérieur à la normale et irrégulier, on parle de flutter atrial. Dans ce groupe aussi, il y a les tachycardies sinusales inappropriées. Il y a au niveau supérieur ou le toit de l’oreillette droite un pace maker physiologique qui est responsable de la commande de l’électricité du coeur et donc lui décharge d’une façon régulière et automatique des cellules nerveuses, à une cadence particulière, il se produit une décharge de rythme au niveau des deux oreillettes, puis au niveau de la canalisation cardiaque et au niveau des ventricules selon des voies de conduction bien particulières.
Le coeur présente 70 battements par minutes au repos. Quand la fréquence du coeur dépasse 120 à 150 battements par minute, la jonction auriculo-ventriculaire va jouer un rôle de filtre, pour casser cette fréquence pour protéger la fonction cardiaque.
À partir de 200 à 300 battements par minute, cela entraine un risque de mort important par maladie cardiovasculaire. Il y a la fibrillation auriculaire ou autres types d’arythmie qui commencent progressivement et le début de l’arythmie oriente vers le type de la pathologie cardiaque. Les tachycardies de la jonction auriculoventriculaires au cours desquelles il se produit un flux accessoire de conduction électrique, suite à une extrasystole ou des facteurs provoquant ces arythmies et qui peuvent être classiques comme un malaise vagal, stoppant le rythme normal et entrainant un boucle de rythmes qui va descendre de la jonction auriculo-ventriculaire vers le ventricule et puis remonter vers l’oreillette, la boucle dans l’autre sens est également envisagée. Si des patients présentent ce faisceau accessoire qu’on appelle faisceau congénital, c’est une anomalie qui se forme à l’état embryonnaire et à la naissance ces faisceaux sont évolués et dans certains cas diagnostiqués à l’âge de l’adolescence ou adulte.
Un adulte atteint de cette cardiopathie peut avoir un ou deux faisceaux accessoires au niveau de la partie droite ou gauche du coeur. Il se produit ainsi un premier type de des réentrées auriculoventriculaires et un deuxième type de réentrées intra-nodales. Au niveau du noeud intra-ventriculaire, il y a une dualité avec une voie de conduction lente et rapide. Le mécanisme du rythme cardiaque dépend de paramètres électro-physiologiques. Il y a les réentrées intra-nodales avec des circuits qui naissent entre la voie lente et la voie rapide. Dans le cas normal, la conduction électrique est homogène. Mais pour un patient atteint d’une tachycardie fonctionnelle, il y a des fois où la conduction est normale et l’autre où la conduction passe lentement et des moments où la conduction passe rapidement. Dans certaines conditions, la lenteur de la conduction du flux électrique suite à une extrasystole ou autre, met en exergue une hétérogénéité de la conduction des impulsions électriques. L’influx dès qu’il sort de la voie lente, il trouve un fil perméable et le flux se rétablit progressivement d’une manière spontanée. Lorsqu’il y a une vulnérabilité et la fréquence cardiaque dépasse 70 battements par minute, il va y avoir une conduction passe en boucle. Dans certains cas, le sujet essaye de vomir ou pratique des manoeuvres spécifiques pour stimuler le nerf vague. En fonction de l’électrocardiogramme, les voies accessoires sont visibles au cours du diagnostic des patients. Il y a également les tachycardies ventriculaires qui peuvent être graves et engendrer la mort subite des patients. On distingue dans ce cas deux cas figures, les arythmies antidromiques lorsque la conduction s’effectue de l’oreillette vers le ventricule en opposition aux arythmies orthodromiques. Si le flux descend de l’oreillette vers le ventricule, les caractéristiques électriques du faisceau accessoire permettent un passage rapide de la fréquence cardiaque, c’est une urgence vitale. On doit les ablater d’une extrême urgence parce qu’il y a un risque de fibrillation auriculaire et ayant une période réfractaire courte, c’est-à-dire permettant un passage jusqu’à 300 battements par minutes et menaçant le pronostic vital du patient.
Le ventricule ne tolère pas une cadence de 250 à 300 battements par minute et là le patient peut mourir. A travers les techniques ablatives, on passe à travers les fentes et on parvient à ablater les foyers de faisceaux accessoires. Dans ce cas on utilise la radiofréquence.
La classification des tachycardies se fait aussi selon l’anatomie du coeur et le tracé de l’électrocardiogramme, selon le complexe (QrS) qu’il soit fin ou large, il y a :
-La tachycardie à complexe fin (TCF) englobant la tachycardie atriale et la tachycardie auriculo-ventriculaire.
-La tachycardie à complexe large (TCL) : c’est une tachycardie complexe et périlleuse. Il s’agit d’une tachycardie
ventriculaire et puis on doit discerner les différentes caractéristiques de cette arythmie chez l’enfant ou l’adulte. Il est important dans ce cas d’éliminer un infarctus du myocarde, un ancien problème ou une installation d’un problème coronaire chez le patient, on doit traiter les douleurs thoraciques, dilater une artère s’il y a une entrave pour sauver le patient, voir s’il existe une cardiopathie sous-jacente ou si le patient est traité par des médicaments qui entrainent un effet indésirable arythmogène et une tachycardie ventriculaire. Ainsi on doit préciser les médicaments du patient, ses antécédents, s’il porte un stent, etc et on détermine son bilan hémodynamique. Ainsi on prend on charge le patient pour stabiliser son rythme cardiaque.

Les causes de la tachycardie

Cette accélération des pulsations cardiaques à plusieurs facteurs comme une anémie, une prise médicamenteuse inadaptée, une cardiopathie, une détresse respiratoire, des valvulopathies cardiaques, une acidose, une dysplasie, et très rarement un infarctus du myocarde.

Le diagnostic de la tachycardie

L’examen de la tachycardie se fait par un cardiologue ou unurgentiste. Le diagnostic comporte un électrocardiogramme ou un dispositif le holter qui permet de suivre la contraction du muscle cardiaque pendant 24 heures.

Les complications de la tachycardie

Les conséquences sévères d’une tachycardie sont la perte de connaissance, la survenue d’un accident vasculaire cérébral, l’infarctus du myocarde et la mort subite.

La prise en charge de la tachycardie

Le traitement de la tachycardie se fait soit par une prise en charge médicamenteuse, soit par une voie chirurgicale. La voie médicamenteuse comprend des anti-arythmiques (des bétabloquants, des anticoagulants,…).
Une stimulation électrique du coeur ou une stimulation endocavitaire peut être exercée en milieu de soin hospitalier ou en urgence. Dans certains cas une chirurgie est abordée soit par une chirurgie classique soit par radiofréquence pour réparer la zone lésée du coeur, faire une « ablation » dans le cas d’un foyer électrique secondaire, diminuer l’excitabilité du muscle cardiaque et réduire le rythme du coeur. Par ailleurs, certains exercices de relaxation permettent de ralentir l’activité cardiaque.

La prévention de la tachycardie

La prévention de la tachycardie se fait par l’adoption de mesures hygiénodiététiques, c’est-à-dire l’alimentation
saine et équilibrée, la pratique quotidienne d’un sport, environ trente minutes par jour, le sevrage tabagique,
l’évitement de boissons excitantes et de substances dopantes. D’une façon générale, il est conseillé de respirer plus lentement en bloquant l’inspiration pendant quelques secondes. Dans le cas d’une sensation de palpitations ou d’un malaise cardiaque, il est nécessaire de consulter en urgence.

Kechida Zohra

Dr Kechida Zohra, Spécialiste en maladies cardiovasculaires

1) Quelles sont les modalités de prise en charge d’une tachycardie ?

On doit faire le diagnostic, préciser le type de la tachycardie et les antécédents du patient pour orienter la prise en charge des patients. Selon la figure de l’électrocardiogramme, on va classer le type de la tachycardie si c’est une tachycardie à complexe fin alors on doit déterminer la fréquence cardiaque et la tolérance et discuter le traitement au long cours. Ce sont des paramètres qu’on doit déterminer en premier lieu sans attendre. On mesure la tension artérielle du patient, son état de conscience, puis on passe à l’électrocardiogramme, s’il y a une tachycardie à complexe fin ou à complexe large et voir si le patient présente une cardiopathie ou un problème cardiovasculaire connu. En fonction des résultats, on doit procéder si c’est un complexe (TCF) alors ce sont souvent des patients qui ont une affection bénigne (provenant des oreillettes), bien toléré par rapport à ceux qui ont un complexe (TCL). Pour ceux qui ont une tachycardie à complexe fin, on va déterminer si le patient souffre d’une tachycardie auriculaire, une fibrillation auriculaire ou bien une voie accessoire. Ce ne sont pas toutes les tachycardies qui nécessitent une anticoagulation. Si c’est une tachycardie atriale ou bien une tachycardie atrio- ventriculaire avec une réentrée intra-nodale, il n’est pas nécessaire de prescrire un traitement anticoagulant. S’il y a une fibrillation auriculaire, on recommande les anticoagulants en première intention. Ainsi pour la prise en charge, on va décider si le patient a besoin pou pas d’un traitement anticoagulant, si il y a le moindre signe d’une intolérance hémodynamique, on va faire un choc électrique pour arrêter l’arythmie. Sinon on va donner aux patients des médicaments qui vont rétablir un rythme normal chez les patients. En même temps, on fait un bilan en urgence, un bilan sanguin où il y a le dosage ionique notamment du potassium, de calcium, d’hormones thyroïdiennes afin d’éliminer un problème hydro-électrolytique, un trouble endocrinien ou de la glande thyroïde. On va ainsi traiter les facteurs qui ont déclenché la tachycardie et l’atteinte cardiovasculaire. On fait un suivi et une évaluation de la prise en charge pour éviter des récidives.
Si la tachycardie est à complexe large (TCL) et si elle est mal tolérée alors on procède à la réanimation du patient, on applique choc électrique et on le remet à un rythme sinusal. Si le patient est coronarien ou présente un infarctus en cours alors pour sauver le patient, on va effectuer une dilatation artérielle coronarienne. Une échographie cardiaque permet d’observer et d’évaluer la fonction cardiaque. On peut même faire une imagerie par résonance magnétique, une IrM cardiaque pour rehausser le diagnostic du patient, rechercher des zones de fibrose dans les ventricules et là on peut retrouver un examen clinique clair. On oriente ainsi la prise en charge pharmacologique ou interventionnelle. Si c’est une cardiomyopathie, on prescrit des médicaments dépendant du type
de cette affection cardiaque. Si le patient présente une affection électrique du coeur ou une cardiopathie congénitale, cela ne nécessite pas une médication.
Si le patient présente une insuffisance cardiaque ou une fibrose ventriculaire alors un défibrillateur cardiaque est à implanter et on associe des médicaments anti-arythmiques pour stabiliser le rythme cardiaque des patients. Souvent le traitement est étiologique. Traiter la cause pour soigner l’affection cardiaque et on prend en charge également les causes secondaires. Dans le cas où il n’y a pas une cause apparente ou on n’a pas de solution pour la causalité de l’arythmie, on discute les différents cas permettant d’améliorer l’état des patients.

2) Quelles sont les mesures de prévention de la tachycardie ?

Dans la tachycardie, la prévention est au cas par cas. Il s’agit d’avoir une hygiène de vie, de lutter contre les facteurs de risques cardiovasculaires, par exemple une hypertension artérielle peut engendrer une fibrose auriculaire. Il est important de réaliser un diagnostic précoce pour les cardiomyopathies. Il faut agir très vite face à une tachycardie pour pallier à des complications comme un infarctus du myocarde. Une des premières causes de l’infarctus du myocarde, c’est la tachycardie. Une hypertension artérielle mal traitée peut induire au long cours une surcharge ventriculaire et des foyers de fibrose dans les ventricules et c’est également la même chose au niveau auriculaire. Parmi les mesures de prévention il y a l’activité physique régulière, l’alimentation saine, le sevrage tabagique, alcoolique, l’excès de sel, etc. Une fois la maladie est installée, il faut bien la gérer, prendre ses médicaments. Par ailleurs, il faut éviter le surdosage et une manipulation inappropriée des médicaments.

3) Comment réagir face à un passage de tachycardie ?

Pour une tachycardie, il ne faut pas paniquer. En voyant une personne en passage de tachycardie, il y a un message standard simple « une tachycardie ventriculaire peut être le premier signe d’un infarctus du myocarde ». Entre 60% à 80% des cas meurent avant d’être hospitalisés.
Si on assiste à des personnes ayant des syncopes ou des pertes de connaissance, il faut penser entre autre à une tachycardie et agir en une extrême urgence. Il est nécessaire d’adresser un patient souffrant de douleurs thoraciques avec de palpitations au centre médical le plus proche, alerter vite un médecin, appeler le SMur, etc Pour le mettre en position latérale de sécurité, le réanimer et le sauver. Dans le cas d’une tachycardie bien tolérée, il faut consulter un spécialiste. Et là il faut faire la part des choses entre les différents types d’arythmie et il ne faut pas paniquer. Il faut voir si c’est une arythmie liée à une tachycardie, déceler son étiologie. Avant d’arriver au stade de la maladie, en tant que praticiens, on doit travailler beaucoup sur l’aspect préventif en luttant contre les facteurs de risques cardiovasculaires (la hTA, la consommation des acides gras trans, les aliments non équilibrés des fastfoods qui sont très nocifs pour la santé..).
Actuellement, on a une flambée de cardiomyopathies dilatées, de maladies coronariennes, d’infarctus du myocarde qui sont secondaires à une alimentation mal saine, au tabac, la sédentarité et le manque d’activité physique. C’est pour cette raison qu’il faut agir sur la sensibilisation la consommation de l’excès de sel, du sucre et des acides gras. Il faut attirer l’attention des gens sur le régime alimentaire équilibré. On privilégie les aliments riches en fibre comme les céréales complètes telles que l’orge, l’avoine, le son de blé. Les farines blanches sont très
riches en sucre et en amidon et sont nocifs pour les sujets diabétiques et entre dans les facteurs de risque de pathologies cardiovasculaires.
En outre, il y a actuellement beaucoup de jeunes qui souffrent de maladies cardiovasculaires. Il est aussi à mentionner l’excès de consommation d’excitants, comme la consommation de cinq à six tasses de café par jour surtout dans des circonstances particulières comme les jours de la révision pour les élèves et les étudiants, des examens universitaires ou le baccalauréat, ou dans le travail. Il faut minimiser au maximum les excitants. Ainsi, il est conseillé de boire un bon café noir à deux tasses de café ou un thé vert par jour. Mais exagérer pour la consommation de la théine et de la caféine est nocif, engendre des palpitations et qui ont une action directe sur les hormones cardiaques et les cellules pacemaker et qui vont agir sur le système nerveux central et donc remplacer ces boissons par des tisanes naturelles et apaisantes (à la verveine ou à la fleur d’oranger par exemple).