Youssef Rais : Dans mes créations, il y a de la recherche sur le volume, les formes, le mouvement

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Youssef Rais

Après un parcours scolaire classique, Youssef Rais a décidé d’intégrer le monde du stylisme modélisme.
Un monde souvent vu de l’extérieur à travers les podiums, les défilés, les feux des projecteurs, mais qui est en réalité tout aussi fatiguant, stressant, et dans lequel il faut se donner à fond pour se faire un nom et réussir.

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Malgré son jeune âge, Youssef Rais a réussi à saisir les règles d’or pour se faire une place dans ce monde de la mode. Aujourd’hui, il a lancé sa propre marque « Youssef Rais couture » et nous parle ouvertement de ses
premiers pas.

Comment vous vous êtes retrouvé dans le monde de la mode ?

Tout a commencé dès mon plus jeune âge. J’étais très créatif et j’avais un sens aigu de l’observation. Je me permettais aussi de donner mon avis et de conseiller ma mère et ma soeur en matière de style. J’admirais beaucoup les petites choses brodées à la main que faisait ma maman à l’époque.
Mais ce qui attirait le plus la curiosité du petit enfant que j’étais, c’est les petites nappes brodées et assemblées à la main, faites par mon grand père, et qui m’impressionnaient grâce à leur originalité et au travail minutieux qui y était.
Donc je peux dire que c’est grâce à mon grand père (que je n’ai jamais connu) que je suis devenu ce que je suis, parce que c’est grâce à ses petites créations que j’ai commencé à m’intéresser à ce genre de travaux artistiques faits à la main.

Qu’est ce qui a fait le déclic après votre parcours scolaire scientifique?

Quand j’ai grandi, j’ai suivi un parcours scolaire classique et j’ai eu mon bac maths pour comprendre par la suite
que j’étais destiné à faire une carrière artistique.
Après avoir fait mes recherches, j’ai décidé d’intégrer l’école de mode qui était bien connue en Tunisie et à l’échelle internationale.
J’ai suivi une formation de 3 ans, et je me suis par la suite spécialisé en Haute Couture, des années pendant lesquelles j’ai excellé et j’ai pu avoir le prix de « L’aiguille d’Or » offert par ESMOD International.
Ce parcours m’a fait comprendre que j’étais destiné à faire du stylisme modélisme, parce que je me sentais dans mon élément et que j’aimais chaque jour encore plus ce que j’étais en train de faire.
Parallèlement à mes études, j’ai travaillé dans un bureau d’étude de stylisme et c’est là que j’ai découvert le côté professionnel du métier. Ce qui me motivait le plus, était de prouver à ma famille et à toute les personnes qui ont était contre le fait que je sacrifie ma carrière scientifique et que je fasse du stylisme modélisme, que
c’est un travail avec lequel on pourrait réussir et aller très loin.
J’ai par la suite eu la chance d’enseigner la mode à ESMOD, ce qui me permettait de partager le savoir que j’ai acquis, d’être à jour des nouveautés et de savoir valoriser le talent de chaque petit artiste et chaque apprenti. Cette expérience a duré 2 ans suite auxquelles j’ai décidé de lancer mon propre atelier et de voler de mes propres ailes.

Est-ce que ça a été facile pour vous justement de lancer votre propre marque ?

Non, ce n’était pas facile du tout au début. Il fallait investir financièrement mais surtout se faire un nom et avoir une clientèle, ce qui n’était pas très évident. Mais j’étais patient et j’ai pu me développer petit à petit, même en allant travailler en parallèle pour des enseignes locales afin de connaitre le métier d’un angle différent en découvrant la partie industrielle de notre domaine, d’acquérir une expérience plus riche et d’être à jour des
exigences du marché tunisien.

Comment définissez-vous « la touche Youssef Rais » ?

Mes créations ont un style « glamournoble », avec un côté royal tout en travaillant sur le volume. Je n’aime pas que mes créations soient toutes près du corps et structurées. Dans mes créations, il y a de la recherche sur le
volume, les formes, le mouvement.

Votre métier est certainement un métier stressant, qu’est ce que vous aimez faire quand vous vous sentez stressé ?

Notre monde est souvent perçu de l’extérieur comme un monde Bling Bling, un monde de podiums et de paillettes mais ce n’est qu’une vitrine qui cache bien des coulisses. Derrière ce que voient les gens, il y a beaucoup de travail, beaucoup de fatigue et de patience, beaucoup de stress, et il faut être passionné pour persévérer.
Pour survivre à tout cela, j’adore voir mes amis, faire la fête mais aussi cuisiner. J’adore faire ça, et ça me
permet de vaincre le stress.

A votre avis, qu’est ce qu’il faut pour être un bon styliste modéliste ?

Je pense qu’il faut avant tout être passionné et doué. Il faut aimer ce qu’on fait et être patient sans oublier
l’importance d’avoir de l’imagination, de la créativité et le sens de l’observation.

Avez-vous un conseil à donner à la femme tunisienne moderne ?

D’après mon expérience, j’ai remarqué que 80% des femmes tunisiennes sont indécises, et ne savent pas ce qu’elles
veulent. Je les conseille d’avoir plus confiance en elles, de savoir mettre en valeur leurs formes et de ne pas être complexée si on n’a pas la taille d’un mannequin, parce qu’avec des créations faites sur-mesure, on peut vraiment faire des merveilles et jouer sur la morphologie., et c’est sur ce point là que j’ai beaucoup travaillé pour ma nouvelle collection qui sera révélée au public prochainement.

Est-ce que vous encouragez les jeunes à faire du stylisme modélisme ?

J’encourage beaucoup les jeunes à se lancer dans une carrière de styliste modéliste s’ils sont doués, surtout que
là le domaine est encore vide. Il ne faut pas avoir peur, il faut y croire, et bosser dur pour y arriver.

Avant-goût de la nouvelle collection 2017, robe portée en exclusivité par Sabrine Ghadhab, Miss Globe Tunisie, lors des JCC
Avant-goût de la nouvelle collection 2017, robe
portée en exclusivité par Sabrine Ghadhab,
Miss Globe Tunisie, lors des JCC
 
Combinaison Youssef Rais Couture, portée par le mannequin Khaoula Madi Photo: Hend Jebali
Combinaison Youssef Rais Couture, portée par
le mannequin Khaoula Madi
Photo: Hend Jebali

Questions Express

Si vous étiez un tissu, que seriez-vous ?

– La mousseline, pour sa transparence, sa fluidité, sa légèreté, sa noblesse et son mouvement.

Si vous étiez une couleur, vous serez laquelle ?

– Le bleu, qui caractérise le calme, et je suis d’une nature très calme.

Si vous étiez un styliste international, qui seriez-vous ?

– Bien que je sois fan d’Alexander McQueen, je ne vais pas le citer parce que pour moi c’est un artiste inégalé. Donc je dirais Yves Saint Laurent qui a beaucoup travaillé sur la femme et voulait par ses créations mettre la femme à l’aise dans son quotidien.