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Aide à domicile, une solution pour préserver l’indépendance

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Aide à domicile, une solution pour préserver l’indépendance

Avec l’âge, beaucoup d’hommes et de femmes sont un jour où l’autre confrontés au problème de la dépendance. Du jour ou lendemain pour certains, seprendre en charge au quotidien devient impossible. La famille proche est parfois la solution, mais dans la plupart des cas, une aide extérieure est nécessaire. Pourquoi se faire aider, et comment faire? Quelques pistes.

par Emmanuelle Houerbi

Quand une personne âgée n’est plus capable de réaliser les gestes de la vie courante, un accompagnement à domicile permet parfois de vieillir sereinement chez soi, en conservant sa dignité et un maximum d’autonomie.
Avec l’augmentation rapide de l’espérance de vie et le changement des modes de vie, le besoin se fait de plus en plus pressant.
Alors lisons ces quelques lignes, puisque nous pouvons tous un jour ou l’autre être confrontés à une telle situation.

L’aide à domicile : à quoi ça sert ?

Tout d’abord, il n’y a pas une aide à domicile, mais plusieurs.
De nombreuses personnes peuvent intervenir pour assurer un environnement optimal :
l’ambulancier, l’auxiliaire de vie, le nutritionniste, le cuisinier ou une société de catering qui livre à la maison des plats tous préparés, le coiffeur, la lingerie, les loueurs de matériel médical etc…

L’auxiliaire de vie, maillon essentiel du dispositif avec la famille, organise la vie quotidienne des personnes âgées: l’habillage, la toilette et l’hygiène générale, la composition des menus, le ménage, les courses et la préparation des repas. Principal interlocuteur du médecin, elle veille à la bonne prise des médicaments et au respect des prescriptions médicales.
Elle peut aussi organiser les loisirs et les relations sociales de la personne, et la conseiller sur la gestion financière, les démarches administratives ou tous les aspects matériels de son quotidien.

Comment rester serein face au handicap ?

Pour que la personne âgée dépendante et ses proches continuent malgré tout à voir la vie en rose, les conditions à réunir sont nombreuses.
Le logement doit être adapté, les aidants et les proches doivent être formés et soutenus, la santé du senior doit être considérée comme une priorité (dépistage et diagnostic fréquent, régime alimentaire adapté, soins appropriés), ainsi que ses loisirs, sa vie sociale et le maintien d’une activité physique et d’une mobilité maximale en rapport avec ses capacités.
Avec un seul objectif : son confort au quotidien dans un environnement serein et sécurisé.

A qui faire appel ?

Quelques sociétés privées spécialisées dans les services de proximité et l’assistance à domicile existent en Tunisie. Se basant sur le modèle des sociétés étrangères, elles louent des équipements, fournissent le personnel, et peuvent même proposer un service de garderie occasionnelle en cas d’absence ponctuelle des aidants et des proches. On peut faire appel à ces sociétés de façon permanente ou ponctuelle, par exemple à la suite d’une hospitalisation.
Par ailleurs, des organisations à but non lucratif s’adressent en priorité aux familles défavorisées qui ne peuvent pas faire face au coût financier souvent très élevé de ces sociétés. C’est le cas par exemple de l’Aaghd, qui intervient à domicile et organise la formation des professionnels et du public (voir encadré).

Les maladies évolutives : un cas à part

Lorsque la personne âgée est frappée par des maladies de type Alzheimer, Parkinson, ou sclérose en plaques, les soins à domicile doivent être adaptés en permanence à l’évolution de la maladie. La famille et les proches doivent être particulièrement soutenus, sur le plan moral et matériel, pour faire face à la maladie et à ses conséquences quotidiennes. Un malade atteint de troubles du comportement est souvent déroutant et il n’est pas rare de perdre le contact avec lui, et de se retrouver totalement désemparé. Un soutien moral et technique aide l’entourage à mieux comprendre la maladie pour mieux réagir, apporte le réconfort nécessaire, permet d’apaiser les conflits et de retrouver le maximum de sérénité. La présence d’un professionnel permet à la famille de prendre du recul, de trouver un certain repos et de faire face au mieux aux événements.

L’avis du gériatre Samy Allegui « L’aide et l’hospitalisation à domicile : encore beaucoup de chemin à parcourir »

Le concept de dépendance, né dans les années 80 en France, s’applique à tous les individus en situation de handicap, jeunes ou moins jeunes.

En ce qui concerne les personnes âgées, de nombreux progrès y ont été réalisés pour adoucir leur vie au quotidien, ainsi que celle de leurs proches et de leurs aidants. Grâce à l’hospitalisation à domicile (HAD), on permet à la personne en situation de dépendance de rester chez elle le plus longtemps possible, dans son environnement habituel, tout en encourageant son autonomie et en protégeant au maximum sa santé, son bien-être et surtout sa dignité.

Mais malheureusement, en Tunisie, on n’en est encore qu’aux balbutiements. Contrairement à ce que pensent certains, le seul médecin ne peut pas s’occuper de tout, de la santé, de l’hygiène, de l’alimentation du malade, que sais-je encore ? Et il ne suffit pas d’habiller la femme de ménage d’une blouse blanche pour en faire une auxiliaire de vie digne de ce nom. De plus, les entreprises de soins aux personnes dépendantes dans notre pays sont souvent trop jeunes et trop inexpérimentées pour répondre aux besoins de la société.
Et pourtant l’urgence est bien là : l’espérance de vie augmente rapidement, les structures familiales évoluent : la femme travaille, les liens avec les voisins sont réduits au minimum, la vie en appartement rend très difficile la mobilité des personnes âgées et la cohabitation intergénérationnelle.
Face à cette situation, les défis de notre pays sont nombreux. Nous devons améliorer d’urgence la réglementation, car les textes ne sont pas clairs et pas toujours appliqués.
De son côté, la CNAM doit être réformée en profondeur, pour simplifier les procédures et réduire les coûts exorbitants que le malade et sa famille doivent supporter. Pour se donner une idée, le malade qui a besoin d’oxygène ou d’un autre équipement à domicile doit se plier à un vrai parcours du combattant : demande préalable, commission d’acceptation, plafonnement des remboursements. Il doit tout justifier et prouver, malgré un dossier complet et l’attestation en bonne et due forme de son médecin. C’est incompréhensible, car que ferait une personne de l’oxygène à domicile s’il n’en avait pas un besoin impérieux ? Et pour ne rien arranger, ces équipements ne sont pas disponible partout en Tunisie, et beaucoup de familles n’y ont pas accès.

Le principal problème en Tunisie, c’est que les hôpitaux, en général, n’acceptent pas les personnes âgées en fin de vie. Et comme, à de rares exceptions près, il n’existe pas de centre d’accueil des personnes âgées (maisons de retraite), les malades sont livrés à eux-mêmes ou laissés à la charge de leurs familles.
Enfin, il y a une vraie barrière entre l’hôpital et les médecins de famille, qui ont pourtant pour mission d’accompagner le patient dès sa sortie de l’hôpital, avec l’aide de la famille et des proches.

Le chemin reste long pour répondre à tous ses défis. Mettons un terme à l’improvisation et soutenons au maximum les familles et les aidants, moralement et financièrement. Sans oublier de les former, pour qu’ils ne soient submergés par l’ampleur de la tâche et pour qu’ils ne baissent pas les bras.