Bien vivre avec le diabète durant Ramadan

Bien vivre Ramadan avec le diabète

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Le mois saint de ramadan est un moment fort de communion spirituelle, de ferveur religieuse mais aussi de partages et de réunions familiales, d’interminables dîners gargantuesques et de soirées sucrément gourmandes. Cette récréation diététique peut être lourde de conséquence particulièrement en cas de pathologie chronique tel que le Diabète.

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Véritable pandémie, le diabète enregistre une évolution exponentielle en Tunisie. Actuellement la prévalence du diabète s’élève à 12% en Tunisie pour une moyenne mondiale de 5%, sachant que 86% des diabétiques tunisiens de type 2 jeûnent pendant Ramadan.

Ramadan : un chamboulement physiologique total

Depuis quelques années, Ramadan tombe pile poil avec l’été, avec de longues journées de jeûne, suivies de repas trop copieux, de soirées rythmées de grignotage gras et sucré, et d’un sommeil perturbé et insuffisant.
Ceci bouleverse complètement l’équilibre physiologique mais les conséquences pour les diabétiques peuvent être encore plus graves. En effet, ces modifications de rythme induisent une perturbation des cycles biologiques et hormonaux qui peuvent en cas de diabète créer un état de déséquilibre et décompenser le diabète causant des complications parfois très graves.

Un risque inégal

Jeûner Ramadan est une décision personnelle pour chaque diabétique selon son état de santé et de l’évolution de son diabète. On peut distinguer selon l’état d’évolution du diabète, l’âge et l’état de santé global des situations à risque élevé, modéré, ou faible de complications en cas de diabète.
Ceci dit, il existe des contre-indications absolues au jeûne chez les diabétiques :
– Les personnes qui ont des épisodes récurrents d’hypoglycémie.
– Les diabétiques de type 1 dont la maladie n’est pas bien contrôlée.
– Les personnes souffrant en plus du diabète d’autres maladies graves.
– Les femmes diabétiques enceintes ou les femmes souffrant d’un diabète gestationnel et traitées par l’insuline ou par des médicaments de la famille des sulfamides hypoglycémiants.
– Les patients sous dialyse.
– Les diabétiques présentant des complications macrovasculaires (touchant les gros vaisseaux).
– Les personnes âgées ayant la santé fragile.

Idéalement, le diabétique doit prendre l’avis de son médecin avant de décider de jeûner, un mois ou deux avant Ramadan, pour limiter les risques et adapter le contrôle de la glycémie et du traitement. Un bilan général lui permettra les conseils nécessaires dictés par l’état de santé du patient. Il est parfois nécessaire d’avoir une écoute particulière de rassurer les malades particulièrement les personnes âgées fragilisées psychologiquement et
pour qui ne pas jeûner un facteur de stress et de même de tristesse. Mais devant les complications qui peuvent mettre en cause le pronostic vital, outre la sensibilisation une surveillance médicale et par l’entourage est
nécessaire.

Les risques de complications majeures

Dans le cas ou le patient diabétique prend la décision de jeûner sans consultation préalable de son médecin traitant, les complications majeures sont trois : hypoglycémie, hyperglycémie, et déshydratation. Le principal risque est l’hypoglycémie la journée puisque toute prise d’aliment et de liquide est interdite du lever au coucher du soleil. Ensuite, la surcharge alimentaire la nuit peut entraîner une hyperglycémie pouvant aboutir à un état d’acidocétose, complication grave du diabète. La déshydratation est majorée par des journées de jeunes trop longues et trop chaudes.
Il faut être vigilent et savoir reconnaître les signes avant coureurs de chaque complication pour réagir en conséquences.
-L’hypoglycémie : Il faut savoir reconnaître et anticiper cette complication car elle met en danger les organes noble tel que le cerveau le rein ou le foie. On la reconnaît en présence des signes suivants : confusion, nervosité, irritabilité, transpiration, faiblesse, vertige, maux de tête, faim, somnolence, accélération du rythme cardiaque… En l’absence de traitement d’urgence, l’hypoglycémie peut entraîner une perte de connaissance, des convulsions, des crises d’épilepsie.
Il faut réagir immédiatement par ingestion de sucres rapides (des carrés de sucres,une boisson sucrée)
-L’hyperglycémie : elle est post prandiale (en général après la rupture du jeune),on la reconnaît à la sensation de soif intense, maux de tête, fatigue, difficultés de concentration, perte de poids, envie fréquente d’uriner. Si elle est prolongée elle peut entraîner une perte de connaissance, voire un coma. L’hyperglycémie constitue donc une urgence médicale au même titre que l’hypoglycémie.
-La déshydratation. Ce risque est majorée par la survenue de Ramadan en pleine saison chaude. La Privation prolongée d’eau s’ajoute au déséquilibre électrolytique liée au diabète. Les signes de déshydratation sont la sécheresse buccale, les crampes musculaires, des nausées, les vomissements, les palpitations cardiaques. La déshydratation augmente aussi le risque d’acidocétose et de thrombose (oedème, douleur, éruption cutanée, démangeaisons et sensation de chaleur à l’endroit où se forme le caillot sanguin).
-L’acidocétose : survient en cas de sous dosage d’insuline par certains patients diabétiques, croyant bien faire en maintenant leur traitement malgré le jeune. Le corps se retrouve dans une situation particulière où il ne peut pas utiliser le glucose comme source d’énergie et se rabat sur ses réserves de graisses. On reconnaît l’acidocétose diabétiques aux signes suivants : douleurs abdominales, soif intense, urines fréquentes, nausées
et vomissements. La prise en charge doit se faire par injection d insuline en milieu hospitalier.

Pour un Ramadan en toute sécurité

Pour éviter ces situations, la consultation pré-jeûne est indispensable, ainsi qu’une adaptation du traitement et une rééquilibration de l’alimentation.
L‘objectif étant de passer un Ramadan en toute sécurité, malgré le diabète.
-Adapter le traitement : avec l‘avis du médecin traitant, les traitements hypoglycémiants et les doses d‘insulines
seront modifiées pour éviter une hypoglycémie pendant la journée et pour pailler à une hyperglycémie post prandiale (après la rupture du jeune).
Ce protocole sera établi avec le médecin et impliquera également une auto surveillance glycémique (Une mesure avant chaque repas le soir, et deux mesures pendant la journée de jeûne).
-Equilibrer son alimentation. Même si c‘est une tâche très difficile particulièrement après une journée de privation, le diabétique doit toujours garder en tête les recommandations diététiques spécifiques à sa pathologie.
• Privilégier un seul repas, en pensant à bannir les plats riches en sucre et en graisses (fritures, sauces trop copieuses, pâtisseries orientales) pour éviter les hyperglycémies. A défaut, structurer les prises alimentaires autour de 3 repas en évitant les grignotages.
• S’hydrater suffisamment et très régulièrement en privilégiant l’eau. N’oubliez pas les tisanes, les eaux aromatisées au citron ou à la menthe fraîche mais également. Evitez le café et le thé sont diurétiques. Les sodas
sont à éviter car riches en sucre.
• Parmi nos plats traditionnels à privilégier : la chorba frik, le couscous, les dattes, la l’orge, les vermicelles, le boulgour, le pain, en contrôlant les quantités. Misez aussi sur les différentes salades et privilégiez les briks au four plutôt que les fritures. Pour les douceurs de la soirée, choisissez les fruits de saisons ou les sorbets de fruits plutôt que les pâtisseries traditionnelles trop riches en sucres et en graisses