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Seniors : se marier de nouveau !

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Seniors : se marier de nouveau !

Un senior a-t-il encore droit de croire en l’amour ? Le remariage, c’est aussi décider de finir ses jours à deux. Alors est-ce possible ?

par Myriam Bennour Azooz

Ça y est, le printemps est là ! Et avec le beau temps et tout comme les fleurs, les amours fleurissent de partout. Oui, c’est bien connu, le printemps est la saison des amours. Mais que viennent faire les seniors dans cette histoire me diriez-vous ? Eux aussi ont droit  à l’amour, et quoi de mieux que l’union du mariage pour le sceller.

Remariage seniors après 60 ans : une réalité !!!

Aujourd’hui, on vieillit de mieux en mieux et on vit de plus en plus longtemps. Aussi, l’âge de la retraite n’est-il plus vécu de la même manière. Désormais, ce sont les portes d’une nouvelle vie qui s’ouvrent, où l’amour et la vie de couple tiennent une place prépondérante. Que ce soit pour vivre le grand amour ou pour rompre la solitude, les seniors accordent une grande importance à leur vie amoureuse, cherchant parfois activement leur partenaire idéal.

Dans l’air du temps

Les rencontres et remariages entre seniors sont de plus en plus fréquents dans notre société depuis une dizaine d’années. C’est un changement sociétal associé à l’allongement de la durée de vie. Le départ à la retraite peut provoquer une nouvelle vie en rupture avec celle vécue jusqu’alors. Il n’est pas rare qu’à ce moment, des couples ayant plus de 30 ans de mariage décident de divorcer. N’oublions pas aussi les risques de décès du partenaire. En effet, on retrouve en Tunisie un nombre important d’hommes et femmes seuls de plus de 60 ans.  De plus, après le moment du départ en retraite, il reste en moyenne une période de près de 20 ans durant laquelle les seniors continuent à être soumis à un impératif social d’activité… 

Pour un regain de vie

Un remariage implique forcément la fin d’un premier… la fin d’un premier mariage suite à un divorce, ou suite au décès du conjoint !!!

Les modifications socio-psychologiques montrent que le décès du conjoint et le veuvage qui en découle sont à l’origine de beaucoup de stress et augmentent de manière significative la dépression, la maladie, le taux de suicide et la mortalité chez les survivants.

Attendre la disponibilité du cœur

Lorsque l’on se retrouve séparé de son conjoint –par un divorce ou un décès- après des décennies de vie commune, c’est toute la vie qui s’en trouve chamboulée. Et même s’il faut bien tourner la page, il faut s’en donner le temps. Ainsi, s’il y a remariage, pour que celui-ci soit positif, il faut qu’il vienne après l’acceptation intérieure de l’absence physique du conjoint. Indépendamment de l’entourage, une certaine disponibilité du cœur est nécessaire pour reprendre une vie de couple marié. D’ailleurs, cette nouvelle union ne peut se faire que parce que le travail du deuil de sa relation passée, long et difficile, transforme l’être humain tout entier. C’est cette nouvelle personne qui entame une seconde aventure conjugale. Et ceux qui choisissent de tenter l’aventure font un formidable pari sur les ressources infinies de l’amour humain.

Latifa, 64 ans « Depuis maintenant plus de 20 ans que je suis divorcée, je ne suis que mère. Aujourd’hui que mes enfants sont mariés, je continue à l’être, je ne sais plus vivre autrement. C’est vrai que parfois, j’oublie que je suis femme aussi, je n’arrive pas à me voir autrement, et ça me pèse, mais j’essaie d’y travailler. »

Des attentes différentes avec l’âge

A partir d’un certain âge, les attentes ne sont plus les mêmes. Alors qu’à 25 ans, on cherche la bonne personne, celle avec qui construire sa vie et fonder une famille, passé 60 ans on cherche plutôt une personne avec qui partager des moments de complicité. Ce sont souvent des passions identiques, des loisirs et passe-temps similaires qui font que les seniors tombent amoureux. A 60 ans, on cherche quelqu’un qui nous ressemble. 

Et les proches dans tout ça ?

La réussite du remariage repose sur un difficile équilibre dans lequel les enfants pèsent pour une grande part. L’attitude réfractaire des grands enfants est fréquente. Les adolescents  ou les jeunes adultes, qui ont connu  plus longtemps leur parent qui est parti, auront tendance à vouloir garder jalousement la place vide. L’attitude de l’endeuillée est ici déterminante ; une veuve qui abandonne son côté femme au profit de celui de mère s’expose à ce que son enfant (c’est valable parfois pour les « grands enfants », parents eux-mêmes !) ne supporte pas de la voir dans un autre rôle. Mais, d’une manière générale, cette seconde jeunesse des seniors est plutôt bien perçue par leurs enfants. Ces derniers se réjouissent de voir leurs parents rompre leur solitude et vivre une vie épanouie. 

Myriam, 33 ans « Mon père est décédé il y a 10 ans, et ma mère n’a entretenu aucune relation durant toutes mon enfance et mon adolescence. Il y a un an, à 65 ans, elle a recommencé à sortir. Au début, je ne savais pas trop comment prendre la chose. Mais en la voyant rayonner et se remettre à vouloir se faire belle, la réponse était évidente. Ce qui compte c’est qu’elle soit heureuse, c’est son droit après tout ! »

Leyla, 29 ans « Il y a quelques mois, ma mère s’est remariée, à l’âge de 61 ans. Avant cela, mais cela je ne l’ai appris que bien plus tard, elle a entretenu  une relation avec cet homme durant deux ans, mais n’osait pas m’en parler, de peur que je ne le prenne pas bien. Je n’ai pas compris pourquoi. Le jour où elle m’a annoncé qu’elle voulait se remarier, on s’est assises, et on a longuement parlé. C’était la première fois je crois qu’elle me parlait comme à son égale. J’ai beaucoup apprécié, et j’ai bien compris : ce n’est pas parce qu’elle a divorcé d’avec mon père que sa vie devait se terminer ! »

Hommes et femmes : des besoins différents dans le mariage

Les hommes envisagent plus rapidement, semble-t-il de se remarier après un veuvage. Certains même se précipitent vers une nouvelle union pour fuir la solitude. Malheureusement, ils courent le risque de ne pas être prêts. Cela rend la situation encore plus difficile, à plus forte raison s’il y a des enfants dans l’histoire. A ces âges de la vie, les femmes sans conjoint sont beaucoup plus nombreuses que les hommes seuls. Par ailleurs, les hommes ont tendance, lorsqu’ils reforment un couple, à le faire avec une femme plus jeune qu’eux. Il convient de souligner la croyance, qui semble assez répandue, puisqu’on la retrouve dans les discours tant masculins que féminins, en une plus grande inaptitude des hommes à vivre seuls. On peut aussi évoquer le caractère plus central et exclusif de la relation conjugale pour les hommes, ceux-ci comptant essentiellement sur le soutien de leurs compagnes. Alors que les femmes reçoivent des soutiens plus diversifiés et semblent donc moins dépendantes, de ce fait, de la relation conjugale. Cette nouvelle relation conjugale, plus souvent fondée sur l’amitié –la compagnie, le soutien mutuel et la profonde affection- que sur l’amour permet de continuer son existence sans souffrir de la solitude et en lui donnant un nouveau sens. 

Les étapes du deuil (d’après la psychiatre américaine Elisabeth Kûbler-Ross -1969)

1- Le déni : il correspond à l’annonce et au choc qui s’en suit. Plus la mort est violente, plus le choc le sera.

2- La colère : celle-ci est dirigée contre la terre entière. Les médecins, les proches, soi-même et même le défunt. Elle peut être assez destructrice. Il faut trouver la force d’accepter la situation et de pardonner.

3- Le marchandage : c’est l’étape où l’on tente de fuir par tous les moyens : en se noyant dans le travail, dans l’éducation des enfants, en sortant tous les soirs et en accumulant les rencontres. Bref, on faisant beaucoup d’activités pour mettre une distance entre soi et la souffrance.

4- La dépression : c’est là que commence le véritable deuil. On déprime, on pleure, c’est une étape très importante car c’est là que le détachement commence à se mettre en place.

5- L’acceptation : comme son nom l’indique, c’est le moment où le veuf accepte la mort de son conjoint. Et ce n’est que là qu’il est prêt à s’investir à nouveau dans sa vie.

L’avis du spécialiste Hisham Sharif , Docteur en sexualité humaine Sexologue et conseiller conjugal, Le Bardo Membre de la World Association for Sexual Health (WAS)

Prendre son temps après un deuil.

Tout d’abord, il est important de prendre son temps de même que de se faire aider pendant la période de deuil car ne pas pouvoir en parler ajoute au traumatisme. Il faut pouvoir en parler à quelqu’un capable d’entendre la personne dans sa répétition sans se sentir obligé de donner des conseils. En premier lieu, on se tourne vers ses amis ou sa famille mais ils peuvent être maladroits et pas assez forts pour entendre toujours le même discours, car il faut bien comprendre que la personne endeuillée  peut ne pas passer à autre chose pendant des mois. C’est pourquoi, consulter un psy, même pour quelques séances seulement, peut être utile pour décharger sa douleur, pour se reconstruire.

Ensuite, après un veuvage ou un divorce, un remariage n’est pas toujours envisagé, et ce majoritairement par des femmes. Plusieurs facteurs sont à l’origine de cet effet de genre. Premièrement, certaines femmes ont passé une partie de leur vie à s’occuper de leurs enfants et souvent des tâches ménagères, et ne veulent pas toujours avoir à nouveau un mari dont elles devront s’occuper. Deuxièmement, les femmes vivent en moyenne plus longtemps, mais prennent généralement pour époux des hommes plus âgés qu’elles. Troisièmement, toujours à partir du fait que les femmes vivent en moyenne plus longtemps, un remariage peut impliquer la perte de la pension du conjoint défunt. A l’inverse, les hommes sont donc plus nombreux à se remarier que les femmes et d’autant plus avec l’avancée en âge. Ceci est dû au fait qu’ils arrivent plus difficilement à vivre seuls.

L’un des facteurs le plus déterminants du désir de remariage, outre le besoin de la compagnie, est l’intérêt sexuel. Or la société renvoie aux aînés des stéréotypes âgistes diminuant l’image qu’ils ont d’eux-mêmes, notamment dans le domaine sexuel. Ils ne veulent pas être jugés anormaux parce qu’ils ont encore un intérêt dans la sexualité. Pour les veufs, les opinions sur la sexualité féminine sont moins négatives, mais pas significativement différentes. Ces avis montrent bien l’existence de jugement montrant une dévalorisation sexuelle de la femme âgée !!! C’est ce qui pousse certaines personnes vers leurs retranchements qui, bien que vivant difficilement la solitude, préfèrent éviter de renouer des relations, de peur d’être jugés.

Pour ce qui est de l’intérêt sexuel, la baisse survient vers 65 ans et est un peu plus présente parmi les femmes que les hommes. Une baisse plus significative intervient vers 75 ans et réduit la différence existant entre les hommes et les femmes. L’activité sexuelle est présente pour 60 % des personnes remariées de plus de 65 ans. Les seniors cessent leurs activités sexuelles pour des raisons similaires à l’arrêt d’un sport : la peur d’avoir l’air ridicule, la peur de donner une image de vieux cochon ou de vieille vicieuse. Cette dernière raison est celle qui explique le mieux l’arrêt des activités sexuelles. Il est aussi à noter qu’aucune personne remariée, femme ou homme, n’évoque de frigidité féminine pour expliquer la cessation des activités sexuelles. Aujourd’hui, la société commence à admettre que les seniors ont une vie intime et les y encourage même. Il est plus facile de voir ses parents refaire leur vie, être heureux et s’épanouir dans leur nouvelle vie de couple.
Pourtant, beaucoup de seniors appréhendent encore la réaction de leurs proches et choisissent de taire leur relation pour ne pas être confrontés au jugement de leur entourage…

Pour en finir, je dirais à toute personne âgée : «Si la personne est âgée, le cœur ne l’est pas !!!»