J’ai la mémoire qui flanche

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mémoire qui flanche

Quand on avance en âge, il arrive, bien souvent que des petites pertes de mémoires pointent le bout de leur nez. Dans ces cas-là, autant la personne concernée que son entourage n’en font pas grand cas, pensant que cela fait partie de cette étape de la vie. Or, ce n’est pas aussi simple que cela.

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« Où est-ce que j’ai mis mes clés ? » « Comment s’appelle la rue de notre ancienne maison déjà ? » « Tu n’aurais pas vu mes lunettes ? […] Ah, c’est bon elles sont sur ma tête » … Nombreux sont parmi nous, qui une fois dépassée la 60 aine ou même bien avant commencent à oublier quelques petites choses, et nombreuses aussi sont les personnes qui ont entendu bien des fois ces questions de la part de leurs parents ou grands-parents.
Cela veut-il dire pour autant qu’avec l’âge, la mémoire commence à lâcher ? Pas forcément. Cela apparaît en effet, bien plus complexe qu’une simple affaire d’âge avancé.

Le mécanisme de la mémoire en question

First thing first, il convient avant toute chose de comprendre de quoi on parle. Qu’est-ce que la mémoire ? Les spécialistes ont décomposé le mécanisme de la mémoire en trois parties qui sont : l’enregistrement, le stockage et la récupération. Le premier dépend des ressources dites attentionnelles (la capacité de la personne à concentrer son attention). Le second est directement lié à la structure cérébrale elle-même, puisque ce sont les neurones qui conservent la trace de l’information, une fois que celle-ci est transcodée dans leur langage. Quant au troisième, à savoir la récupération, elle implique la mise en jeu de stratégies cognitives fonctionnelles, c’est-à-dire, des liaisons neuronales préexistantes et de leur enchevêtrement (il s’agit là des acquis de la personne en termes d’apprentissage et d’entraînement intellectuel).
Quand on parle de troubles de la mémoire en général (dans le langage commun), cela peut être lié à un dysfonctionnement d’un de ces éléments. Or, d’un point de vue médical, ce n’est pas tout à fait juste, puisque cela peut aussi être lié à l’attention.

Où commence la pathologie ?

Pendant très longtemps, on a considéré les troubles de la mémoire chez la personne âgée comme faisant partie du processus normal de vieillissement. Que c’était même inévitable. Plusieurs spécialistes, dont le Professeur Allain de l’Université de Rennes, ne sont pas d’accord ! Selon ce dernier « Il convient de se battre contre cette idée reçue : Non, la perte de mémoire n’est pas inévitable avec l’âge ! » Il ajoute que « Même s’il peut exister une difficulté d’accès aux souvenirs […] mais pas de troubles de la mémoire. » Il est tout à fait normal de rencontrer avec l’âge une petite baisse progressive de certaines capacités, cela fait partie du processus normal de vieillissement du corps, et avec lui des neurones. Mais ce qui doit alerter c’est si des épisodes de vrai oubli apparaissent. On parle ici d’évènements marquants, comme ceux autobiographiques ou d’autres ayant une forte charge émotionnelle. D’ailleurs dans une grande majorité des cas de pathologie, ce sont là les premiers signes de l’apparition de la maladie.

Trouble de la mémoire ou de l’attention ?

Il convient de s’arrêter sur ce point. En effet, on a souvent vite fait de coller l’étiquette de la perte de mémoire liée à l’âge lorsqu’on en vient à parler d’une personne qui a dépassé la cinquantaine. Or, ce n’est pas aussi simple que cela. C’est ce que souligne le Professeur Bruno Dubois, neurologue de CHU Pitié-Salpêtrière (Paris), en précisant que « ces troubles de la mémoire sont majoritairement liés au fait que nous ne prêtons pas une attention suffisante à un grand nombre d’évènements sans importance. » Plusieurs paramètres entrent en ligne de considération s’agissant d’un déficit de l’attention. Cela va des petits tracas sans grande gravité comme les troubles du sommeil, un stress important (que ce soit dans la vie privée, familiale ou dans le cadre professionnel), le vieillissement (dans le sens que cela induit un ralentissement progressif du fonctionnement du
corps), l’hyperstimulation constante à laquelle nous sommes exposés dans la vie courante (TV, Smartphones, brouhaha de la ville…) à des origines qui portent plus à conséquences comme l’hyperthyroïdie ou la prise de médicaments comme les benzodiazépines, notamment).

Non à la banalisation

D’un autre côté, il ne faut pas constamment banaliser l’apparition de genre de manifestation. En effet, s’il y a une plainte de la part d’une personne, c’est-à-dire que ces «pertes de mémoire» génèrent une gêne de quelque forme que ce soit, il faut en rechercher les causes. Il faut savoir que bien que près de 80% des personnes âgées de 80 à 84 ans ne sont pas atteints par la maladie d’Alzheimer, le risque de l’apparition de cette maladie est 2 à 3 fois plus élevé chez les personnes qui se plaignent de leur mémoire (et ce comparés à une population de même âge). Ce n’est que le spécialiste, une fois qu’il a réalisé un certain nombre de tests, qui pourra déduire s’il s’agit d’une plainte bénigne liée au vieillissement cognitif, de troubles cognitifs légers ou dans les cas extrêmes à une suspicion d’une démence sénile de type d’Alzheimer.

Muscler sa mémoire

« Le cerveau c’est comme un muscle, plus on l’exerce, plus il est performant ». Cette phrase, nombreux sont ceux qui n’ont eu de cesse de l’entendre durant leur scolarité, comme un mantra pour nous pousser à étudier plus dur pour mieux réussir. Mais une fois arrivé à l’âge adulte, on a vite fait de l’oublier. C’est là toute l’erreur ! Bien au contraire, il ne faut jamais cesser d’exercer son esprit, de faire travailler son cerveau et ses neurones. En effet, les connexions neuronales sont au coeur d’un cerveau actif. A l’âge de 6 mois à peine, nous possédons près de 90 milliards de neurones, avec les connexions qui s’établissent être eux. Avec l’âge et ce qu’on appelle la spécialisation, plusieurs se perdent. Les aptitudes ou les connaissances que l’on n’utilise pas dépérissent. C’est un processus par ailleurs tout ce qu’il y a de plus normal, tant que cela se cantonnent à quelques aptitudes mineures. Par contre, pour conserver une « bonne mémoire » (on l’entend au sens large avec les fonctions tant d’enregistrement que de stockage et de récupération), il faut conserver les connexions neuronales impliquées. Et cela en les exerçants constamment. C’est ce que nomme le Docteur Sandrine Louchart de la Chapelle, psychiatre au Centre de la mémoire de Monaco, « la plasticité cérébrale ».
Selon elle, il n’y a pas de limite d’âge quand il s’agit de booster son cerveau, et par la même sa mémoire. Mais il est vrai, que comme pour toute chose, il vaut mieux s’y prendre tôt ! D’ailleurs, plus on a acquis une réserve cognitive et un réseau neuronal riche dans un âge jeune, mieux on se portera à un âge avancé. Cela se fait principalement grâce à la lecture et à une stimulation cognitive diversifiée et positive. Cette stimulation prend de plus en plus d’importance avec l’âge, puisque, selon les spécialistes, c’est surtout la richesse des interactions sociales qui est déterminante à ce stade.

Petit test

En cas de doute, et avant que cela ne tourne à une source d’anxiété permanente sur de éventuels problèmes pathologiques liés à la mémoire, il y a un test facile à réaliser pour déterminer s’il s’agit d’un problème lié à la mémoire à proprement parlé ou à un déficit de concentration.
Il s’agit d’une liste de mots à apprendre et à restituer. Si, en étant bien concentré, la personne se souvient des mots, alors une difficulté liée au stockage est probablement à exclure. Si elle en oublie quelques-uns, mais réussi à s’en souvenir grâce à quelques indices, c’est que les troubles seraient liés à un trouble de la récupération.
Celle-ci dépend des lobes frontaux qui vieillissent avec l’âge. Par contre, c’est quand la personne ne parvient
pas à se souvenir de la liste qu’il faut impérativement consulter.