Si Senior

Seniors : Doit-on faire Ramadan ?

Publié le
Seniors : Doit-on faire Ramadan ?

Pour certaines personnes, dépassé l’âge de 60 ans, elles auront jeûné pendant plus de 40 ans. Cette coutume annuelle fait à présent partie intégrante de leur vie. Mais avec l’avancée en âge, jeûner occasionne de plus en plus de stress pour l’organisme.

par Myriam Bennour Azouz

Le jeûne est considéré depuis les temps les plus anciens et dans toutes les cultures comme un moyen de purification physique et spirituelle.

Lors du jeûne, l’organisme « brûle » les muscles pour survivre. Avec les années, le risque de dénutrition est plus important, et on a de plus en plus de mal à récupérer la masse musculaire perdue.

De plus, le fait de jeûner expose forcément l’organisme à des carences en vitamines et minéraux, un déficit qui peut exposer à de nombreux troubles.

L’eau avant tout !

En effet, le manque de nutriments fatigue les organes et altère plus ou moins subtilement leur fonctionnement. Le jeûne hydrique fait naître, quant à lui, une illusion dangereuse. En effet, il est facile de perdre un peu d’eau, ce qui peut donner l’impression de perdre du poids. Mais le manque d’eau fait diminuer le volume sanguin, ce qui risque fort de fragiliser le fonctionnement des organes essentiels comme le cœur et le cerveau  qui a besoin d’eau pour assurer ses fonctions cognitives.

Le plein de vitamines pendant les repas

Ainsi, par exemple, si les organes, en particulier le cerveau, ne sont pas approvisionnés, l’organisme, faute de protéines alimentaires, puise dans les «réserves». Or les protéines musculaires sont les premières à être utilisées par le corps en cas de diète protéinique, et les utiliser ne peut qu’affaiblir l’organisme. C’est dangereux pour le cœur, surtout si ce muscle est déjà fragile. Facteur aggravant, en l’absence de sucres alimentaires, le foie se met à fabriquer du glucose à partir d’acides aminés, issus de protéines. Un autre effet pervers du jeûne porte sur certaines vitamines, solubles dans l’eau, ne pouvant donc pas être stockées. Ainsi, on élimine dans les urines la vitamine C et celles du groupe B; au quotidien  leur manque, à la différence des vitamines dissoutes dans les graisses (A, D, E, K), ne peut pas être compensé par une quelconque réserve.

Attention aux risques

Certaines maladies limitent l’accès au jeûne. Ainsi, le diabète, les insuffisances cardiaques, rénales et hépatiques. Dans de tels cas comme au cours de toute maladie chronique évoluée, le jeûne ne doit pas être entrepris sans contrôle médical. Le jeûne est carrément contre-indiqué en cas de tuberculose, de maigreur, de maladie chronique trop évoluée ou de démence.

Attention à vos muscles

Lors d’un jeûne prolongé, la perte pondérale concerne la masse musculaire et la masse grasse. Plus ce jeûne est prolongé, plus le risque de sarcopénie (manque de muscles) augmente. En outre, si à chaque intervalle le poids revient à son niveau habituel trop rapidement, la masse musculaire qui n’est pas récupérée est remplacée par de la masse grasse. En effet, l’organisme, dans sa grande sagesse, emmagasine des réserves en prévision de la prochaine disette.

Effet pervers sur le poids

Quand on a une diminution importante des apports alimentaires, le corps humain puise dans ses réserves afin de fournir à l’organisme l’énergie dont il a besoin.

Il faut souligner l’effet pervers du jeûne sur le poids. Si vous avez quelques kilos superflus, vous allez effectivement en perdre, mais en stressant votre organisme avec une famine forcée.  Dès la reprise d’une alimentation normale, même progressive, le corps va aussitôt stocker des réserves, pour affronter la prochaine carence. Et vous allez reprendre souvent plus que votre poids de départ !

Jeûner : un moyen de se recentrer sur soi

Plus qu’un simple désir d’éliminer les toxines, le jeûne correspond à une démarche spirituelle. En rompant avec les habitudes alimentaires et sociales, il crée un état propice à la réflexion, au recentrage sur soi. Sous l’effet de la privation de nourriture, le fonctionnement cérébral est modifié et l’esprit est davantage orienté vers le moi, d’où parfois un sentiment de toute-puissance et l’impression d’être au-dessus des contraintes du corps.

Le jeûne a ainsi valeur de point de départ pour améliorer son hygiène de vie et reprendre de bonnes habitudes alimentaires. L’intérêt devient en ce sens plus préventif, à plus long terme, que curatif.

Jeûne et cholestérol

Par rapport à la journée d’alimentation normale, le jeûne augmente le taux de cholestérol (augmentation de 14 % du LDL, le  « mauvais » et de 6 % du HDL, le « bon »). Cette augmentation n’est pas inquiétante, voici pourquoi : en réponse au stress provoqué par le jeûne, le corps libère plus de cholestérol, ce qui lui permet d’utiliser la graisse comme source de combustible, au lieu du glucose. Cela diminue le nombre de cellules graisseuses dans le corps.

Par ailleurs, le jeûne se traduit par une augmentation spectaculaire du niveau d’hormone de croissance (GH). Un seul jeûne de 24 heures entraîne une élévation de la GH de 2000 % chez l’homme et 1300 % chez la femme ! La GH est une hormone « brûle-graisses » ; elle est sécrétée suite à un jeûne car le corps l’utilise pour préserver la masse musculaire et réguler le taux de glucose sanguin ainsi que le niveau de plusieurs hormones. Enfin, le jeûne réduit les triglycérides, un autre facteur de risque cardiovasculaire.

Jeûne et diabète

Chez le diabétique, lorsqu’il n’a pas assez d’insuline, le sucre ne peut pas entrer correctement dans les cellules ce qui entraîne une hyperglycémie, et l’organisme utilise les graisses de réserve ce qui conduit à la production d’acétone. La glycémie s’élève de façon importante ce qui entraîne une élimination de sucre dans les urines dont le volume devient important (polyurie), avec pour conséquence une diminution de la quantité en eau et en sel de l’organisme (déshydratation) ainsi qu’une une soif et une baisse de la tension artérielle (hypotension).

D’autre part, la production d’acétone en quantité importante s’accompagne de l’accumulation de déchets acides dans le sang (acidose), ce qui entraîne une fatigue physique et intellectuelle, une perte de l’appétit, puis des nausées et des vomissements.
Si la situation n’est pas corrigée rapidement, cela peut aboutir à un coma avec une respiration rapide car les poumons essaient d’évacuer l’acidité présente dans le sang.
C’est donc une situation dramatique, à soigner d’urgence. Dans le cas du jeûne, on note effectivement une légère acétose des urines, puisqu’elle signe le catabolisme des graisses de réserve.

De nombreux bénéfices

Les bénéfices du jeûne sont nombreux ; outre la perte de poids, une diminution du sentiment de faim, une réduction des phénomènes inflammatoires, une amélioration du sommeil, un meilleur tonus physique et l’impression d’avoir les idées plus claires.

D’autres effets sont aussi avancés : une cicatrisation plus rapide des plaies, l’amélioration de la qualité de la peau, l’effacement des rides, la distanciation par rapport aux dépendances ordinaires (café, chocolat, alcool, tabac), la récupération auditive et visuelle, l’arrêt de la progression de certains cancers.

L’avis du spécialiste Sondos Baccar gériatre à l’hôpital Mahmoud El Matri, membre de l’association Alzheimer

Tout d’abord, chez la personne âgée, le jeûne doit être préparé. On pense particulièrement aux cas qui présentent une pathologie chronique comme l’hypertension artérielle ou encore le diabète. S’agissant de ce dernier, le jeûne est proscrit pour les personnes insulinodépendantes (de même que pour les personnes sous traitement pour des calculs rénaux). Quant aux personnes ayant un diabète de type 2, c’est deux mois à l’avance qu’il faut prévenir son médecin traitant pour qu’il puisse étudier les différentes alternatives. Ce dernier doit revoir les quantités de médications ainsi que leur répartition. Dans certains cas, il proposera de revoir le traitement à la baisse puisque certains traitements sont souvent hypoglycémiants. Ceux-ci par exemple, se prendront de préférence à l’heure de la rupture du jeûne. Ainsi, les nutriments apportés lors de ce repas anticiperont les éventuelles baisses d’énergie provoquées par le traitement. Généralement, après l’essai d’un nouveau traitement, le médecin conseillera un bilan afin de constater les effets de ce changement sur le corps. En fonction des résultats, il réajustera le traitement ou, s’il le faut, proscrira le jeûne.

Le jeûne est, de toute manière fatiguant pour le corps, alors que dire lorsqu’il se déroule en été. Pour cette année, on jeûnera pendant 17 h, ce qui est extrêmement éreintant, a fortiori pour les seniors. Il faut donc boire en abondance durant la soirée, et de façon fractionnée pour laisser le temps au corps d’assimiler l’eau et ses nutriments. Ensuite, le s’hour est indispensable. Il faut aussi retarder la prise alimentaire au maximum, juste avant le début du jeûne. Prenez votre s’hour le plus tard possible en y intégrant des fibres et de l’eau. Le masfouf, par exemple est très conseillé. Pour ce qui est de l’alimentation lors de la rupture du jeûne, on conseille les sucres à charge glycémique élevée et moyenne de même que des fibres.

Pour les personnes âgées, l’activité physique est déconseillée durant la période du jeûne car celle-ci  épuise d’autant plus l’organisme ; à noter que la prière est admise comme étant une légère activité physique.

A partir d’un certain âge, les effets du jeûne sont plus néfastes que bénéfiques pour la santé. Mais, étant donné que certaines personnes âgées peuvent avoir du mal à accepter l’idée de ne plus jeûner, la famille doit être présente. Il ne s’agit pas dans ce cas de forcer la personne à manger ou de l’abandonner à son sort. Bien au contraire, il vaut mieux l’aider, l’accompagner et surveiller son état de santé. L’idéal serait d’avoir un lecteur de glycémie au doigt, que l’on soit diabétique ou non. Grâce à cela, on peut contrôler son niveau, de préférence, à 11 heures du matin, juste avant la rupture du jeûne et dès que la personne se sent mal ou présente des signes de malaise.

Les risques pour la santé des seniors lors du jeûne sont majeurs, d’autant plus lorsque le terrain est fragile. L’hypoglycémie ainsi que la déshydratation peuvent avoir des répercussions très graves allant même jusqu’à des cas de confusions voire de coma. Mais, comme on l’a dit plus haut, il ne faut jamais forcer une personne à s’alimenter car le bien-être psychique est aussi important que l’équilibre physique. Le choix appartient à la personne âgée. Si celle-ci tient à jeûner, ceci doit se faire en collaboration avec le médecin.