Vivre à Deux

L’amour est-il folie ?

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L’amour est-il folie ?

Thème privilégié dans la civilisation arabe, la description du sentiment amoureux s’y illustra en littérature mais c’est surtout  la poésie qui en fit son sujet favori.

par Héla Msellati

Amour : Thème privilégié dans la civilisation arabe

Déjà à la période préislamique, poètes et conteurs  accordaient une place importante à  l’amour tant platonique que physique. Bien avant l’avènement de l’Islam, les nasibs, poèmes d’amour chantant les bien-aimées,  ornaient les murs de la Kaâba, à la Mecque. Au IXème siècle, Ibn Daoud, le « Boileau des arabes » présente dans son « Livre de la fleur » une théorie platonicienne de l’amour courtois. Il servira de modèle à Ibn Hazm dont le « Collier de la colombe » posera les prémices de la fin’amor, conception courtoise de l’amour que développèrent, en Occident,  les troubadours. 68 ans avant l’hégire, la tragique histoire d’amour de Qaïs et Lobna  défrayera la chronique amoureuse et inspirera, treize siècles plus tard, celle de Tristan et Yseult. Mais déjà, dès le VIème siècle de notre ère, Antar aux lèvres fendues,  guerrier mulâtre et bâtard, aime  sa cousine Abla la potelée qui occupe ses pensées et ses vers.

Au VIIème siècle, Omar Ibn Abi Rabiâ, célèbre poète de ghazal, consacra sa vie et ses poésies à Thorayya, jeune femme de l’aristocratie hedjazienne, inaugurant ainsi l’amour-passion, alors que Jamil ibn Maâmar, célébra avec tellement de constance son amour pour Bouthaïna qu’il en devint Jamil Bouthaïna.

L’Europe médiévale attendit le XIIème  siècle et le retour  de la  première croisade pour découvrir ce lyrisme qui puise ses origines au Levant. Mais dans la vaste étendue de la civilisation islamique, allant de l’Arabie à l’Asie centrale et de la Perse au Maghreb, l’histoire d’amour la plus célèbre reste celle de Qaïs et Leïla, adaptée en perse au XIIème siècle par Nizami. Née dans la Perse de Babylone, l’histoire de l’amour fou de Qaïs fut portée par les Bédouins lors de leurs pérégrinations qui racontèrent la mort de Majnoun Leïla, son dernier poème d’amour à la main. Le mythe, décliné à l’infini, a inspiré poètes et dramaturges et fut chanté sous tous les cieux, de Louis Aragon à Mohamed Abdelwaheb.

L’amour conduit à l’aliénation et pas seulement Qaïs qui inaugura la tradition d’une passion menant à la démence. Dans « Le Chevalier au lion » de Chrétien de Troyes (écrit vers 1175), Yvain, premier héros romanesque à devenir fou par amour dans la littérature médiévale occidentale, aime Laudine. Vers 1180, Chrétien de Troyes mettra en scène dans « Lancelot ou le Chevalier de la charrette » un autre chevalier. Amant et martyr, Lancelot aime la reine Guenièvre, de cet amour total qui conduit l’amant à la déraison. C’est un  mal, une folie qui mène à des actes dépassant la raison. Aimer à perdre la raison, les paroles du « fou d’Elsa »,  le Majnoun Leïla du XXème siècle, elles, seront immortalisées par Jean Ferrat.