Vivre à Deux

Femmes castratrices: Au secours, j’ai épousé une Amazone !

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Femmes castratrices: Au secours, j’ai épousé une Amazone !

Certaines femmes font vivre à leur mari un véritable enfer : interrogatoires, contrôles des listes d’appels, des SMS, du courriel et exigence d’un rapport oral d’activités au quotidien…. Leur unique objectif : installer dans l’esprit de leur conjoint une détective qui ne le quitte jamais et elles réussissent l’exploit ! Des femmes jalouses dites-vous ? Pas seulement. Castratrices avant tout,
elles entendent bien faire valoir leur droit à l’autoritarisme…Bienvenue dans le monde des Amazones !

par Salem Djelassi

« Icir 3arrjel wmaykoulouch lommethom ! » dit un proverbe tunisien (les hommes souffrent mais ne disent rien à leur maman !).
C’est ainsi que nous parlons d’un homme qui vit sous le joug de sa femme. Dites cela à un homme marié et essayez de saisir l’expression de son visage. C’est souvent un sourire d’impuissance, un rire jaune mais rien n’arrive jusqu’aux yeux. Des yeux tristes d’hommes sans âme. Des yeux qu’ils baissent souvent afin d’éviter tout regard interrogateur qui fouillerait au fond de leur âme… ou tout simplement pour éviter de regarder la vie en face. Beaucoup d’hommes passent ainsi les yeux par terre et à qui il est difficile d’arracher une confidence. Ces hommes qui ont l’impression d’être constamment surveillés et qui gardent constamment l’oeil rivé sur leur téléphone portable de crainte de voir s’afficher certains numéros, qui les font sursauter. Ils se retirent alors dans un coin pour répondre de peur d’être surpris en plein délit de « petitesse ».

Portrait robot de la ‘victime’ d’une femme autoritaire et castratrice.

Il s’agit souvent d’hommes bien éduqués, cultivés, de bonne famille, généreux, bardés de diplômes parfois et qui ont des yeux qui savent dire merci. Ce sont ces hommes-là qui se retrouvent souvent en proie à une femme autoritaire et castratrice.

Moez fait partie de ces « gentils » profils. Issu d’une famille de la grande bourgeoisie, ce journaliste mène sa vie au rythme de son métier et des nombreuses rencontres qui jalonnent son parcours professionnel. Un jour, une chanteuse plutôt « glamour » est en rendez-vous dans son bureau pour faire la promotion de son nouvel album. Il la reçoit comme son métier le veut et l’artiste en est toute ravie. Mais voilà qu’une demi-heure après avoir quitté les locaux de la rédaction, celle-ci reçoit un appel téléphonique enragé : l’épouse de Moez, après l’avoir insultée copieusement, lui intime l’ordre de se « tenir à carreau » et de laisser son mari tranquille. Choquée, l’artiste en informe le directeur du magazine qui se confond en excuses, précisant que sa femme a détruit sa vie avec ce type de comportement malsain. Malheureusement, lui-même laisse faire car il tient à préserver sa famille et en particulier ses enfants. Et, en effet, une femme castratrice peut détruire des talents extraordinaires, des relations importantes… elle peut ruiner une vie à succès !

S’agit-il de simples crises de jalousie ? Pas du tout, répond notre spécialiste. Si la jalousie procède d’un sentiment amoureux qui verse dans la possession et qui se manifeste par des crises, la castration est une dévirilisation de l’homme, une sorte d’asservissement… Elle s’applique à long terme et elle a pour objectif de briser la volonté de l’homme et sa résistance à exécuter certains ordres. Elle touche non seulement à sa dignité mais aussi à son identité lorsqu’elle est menée à terme. Il s’agit d’une sorte d’émasculation psychologique. C’est froid, c’est pervers. Il s’agit d’une terreur silencieuse. Autrefois, en Europe, on châtrait les individus mâles en leur coupant les testicules dès l’enfance pour qu’ils conservent une voix de soprano. Cette opération les empêchait de se reproduire mais faisait d’eux des chanteurs d’opéra célèbres comme Farinelli. Dans le cas qui nous intéresse, la castration n’est pas physique ; elle est psychologique et prend ses sources dans une sorte de terrorisme conjugal qui ne dit pas son nom.

La Haya et la Meyta

Auparavant, lorsque la société vivait sous le modèle patriarcal, les femmes n’avaient ni le pouvoir, ni la liberté, ni le droit de contrôler les allées et venues de leur mari… Elles n’avaient pas accès à la liste de leurs contacts et avaient alors recours à la ruse et à la sorcellerie. Il s’agissait de rituels magiques venus des campagnes qui consistaient à rendre l’homme impuissant, à le priver de sa virilité ou à le transformer en un « agneau ». Cela se pratiquait dans le monde entier. Dans le « Malleus Maleficarum », H. Kramer et J. Sprenger écrivent : « les sorcières, avec le secours du démon, peuvent réussir à supprimer le membre viril… On possède de nombreux témoignages sur ce point ». Chez nous en Tunisie, cet acte est lié à une plante : la mandragore que les Tunisiennes appellent La Haya et la Meyta (la morte et la vivante). Une plante qui ressemble à la graine du café dont une moitié est rouge et l’autre noire. Administrée en poudre à l’homme par voie alimentaire, la partie noire était censée provoquer des problèmes d’érection en cas de relation extraconjugale. Elle transformait également le mari en un parfait esclave. Pour rendre à la victime toutes ses énergies, il fallait, selon la croyance populaire, lui administrer la partie rouge. Dans le temps, toute femme castratrice se devait de posséder cette graine. Aujourd’hui, plus besoin de rites magiques.

Avec l’avènement de la société matriarcale, les femmes entendent faire valoir leurs droits … Certaines choisissent le dialogue…, d’autres ont recours à des méthodes basées sur la fouille systématique, le contrôle automatique et l’interrogatoire quotidien suivi de scènes de ménage.

Leyla, 25 ans, infirmière: Despotisme féminin

Ma mère disait qu’il y a une revanche à prendre sur les hommes. « De mon temps, disait-elle, les femmes étaient conduites au mariage comme des aveugles. Elles étaient soumises et vivaient souvent dans la misère… Aujourd’hui les jeunes vous devez être plus exigeantes ». Je sais qu’il y a une espèce de rancoeur dans l’esprit de certaines femmes mais je n’entends pas un jour faire vivre à mon mari ce type d’enfer.
Je serais jalouse certainement mais pas castratrice ! Il n’y a aucun goût à vivre avec un homme qui se comporte comme un esclave ! Je sais qu’il y a beaucoup de femmes castratrices et je me demande pourquoi leurs maris ne les quittent pas !

Passage à… la question

C’est l’avènement de la société.
Certaines femmes vont certainement se défendre en parlant des hommes « castrateurs » ? En réalité, les hommes l’ont toujours été… et pendant des siècles.
Le grand événement de ces dernières décennies a consisté en la féminisation de ce travers : le passage du pouvoir d’un sexe à l’autre. Aujourd’hui, l’on assiste à l’émergence d’un nouveau profil de femmes tout simplement à une époque où l’exercice de la vie de couple consiste en un rapport de force. Notamment lorsque certaines femmes font vivre inconsciemment un enfer carcéral à leur mari et se comportent avec lui comme un juge d’instruction sans pitié. Et c’est justement comme cela que commence la castration…
La compagne pose des questions, demandant de plus en plus de détails pour tirer des conclusions. En général, dans cette conclusion posée d’avance, l’homme est nécessairement fautif. « Il ne s’agit pas de questions, précise-t-on, mais d’un interrogatoire… Et entre « poser des questions à quelqu’un et lui passer un interrogatoire, il y a le respect de la personne. Mais justement, c’est le respect qui est visé dans ce genre de scène. Car avant de pouvoir « étendre son autorité sur un homme il faut le dévaloriser ». Ne pas croire ses réponses même s’il jure sur la tête de sa mère. Mépriser ses attitudes. Tuer l’assurance du mâle en l’affectant psychologiquement et de la sorte le rendre impuissant afin qu’il n’aille pas voir ailleurs. Il faut aussi faire le vide autour de lui et trouver des défauts chez sa famille et ses amis qui le soutiennent le plus et avec lesquels il se sent épanoui. Le culpabiliser et le culpabiliser encore jusqu’à ce qu’il se sente comme un vulgaire criminel lorsqu’il ne décroche pas le téléphone qui affiche le numéro de sa femme…Voilà l’homme installé dans l’impuissance, poussé parfois jusqu’au suicide.
Aujourd’hui je ne regrette pas d’avoir divorcé… J’ai l’impression d’avoir recouvert mon identité.