Vivre à Deux

Nuit de noces : Quelle importance en Tunisie ?

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Nuit de noces : Quelle importance en Tunisie ?

Quelle est l’importance de la nuit de noces en Tunisie ? La virginité a-t-elle toujours autant d’importance ?

par Myriam Bennour Azooz

La nuit qui construit le couple

Cette nuit joue un rôle important dans la naissance d’un amour ou d’une haine entre les époux. Il faut alors agir en sorte de fortifier les bases de l’amour au travers d’une relation sexuelle satisfaisante pour les deux parties. Chacun d’eux a ses rêves, ses espérances et ses aspirations. Il  est donc très important que cette nuit soit munie d’égards et d’attentions.

La défloration

La défloration consiste à déchirer ou distendre l’hymen, se situant à l’entrée du vagin. L’hymen est une membrane possédant une rigidité relative, il a aussi une petite ouverture, mais elle n’est généralement pas suffisante pour permettre un rapport charnel apaisant. L’hymen, même si l’on ne peut le considérer comme un obstacle, se doit donc d’être franchi car il obstrue le passage. L’homme doit donc le percer.

C’est quoi cette douleur ?

Lors de ce premier rapport, il y a donc une déchirure qui se produit. Mais comme nous l’avons dit, l’hymen n’est qu’une fine membrane, pas de quoi fouetter un chat ! La douleur provient d’une pénétration rapide et forte, ne laissant pas assez de temps aux organes du vagin de se relâcher et se décontracter. Dans ce cas, la peur résultant de cette sensation est cause d’empêchement d’éjaculation vaginale, permettant d’annihiler les effets de frottement entre le pénis et le vagin. Faute de cette sécrétion, cela fait mal à l’homme comme à la femme pendant le rapport. La participation de la femme diminue considérablement cette douleur et la transforme en jouissance. La relation sexuelle sera alors belle et satisfaisante.

Les risques

Si la femme vit sa première expérience sexuelle comme une sorte d’agression,  cela peut engendrer des problèmes qui peuvent toucher la santé sexuelle de la femme (vaginisme, dyspareunie, problèmes de libido ou de lubrification « sécheresse vaginale »).  Pour ce qui est de l’homme, voyant que sa compagne souffre, qu’elle fuit l’intimité ou qu’elle est atteinte de vaginisme par exemple, il risque à son tour de développer des pathologies liées à cette frustration qu’il ressentira à son tour (troubles d’érection, éjaculation précoce, troubles du désir, etc.).

Bien se préparer

Dans la montagne de préparatifs pour votre mariage, vous pouvez bien caser un RDV avec le gynéco ? Ou alors, dans la foulée des analyses prénuptiales, prendre le temps de discuter un peu avec son médecin. Ainsi, le couple réuni pourra poser les questions qui le préoccupent et profiter des conseils d’un spécialiste. Les inquiétudes ainsi apaisées, vous serez prêts à commencer votre vie conjugale du bon pied !

Communication et partage : le duo gagnant

La douleur durant le premier rapport sexuel n’est pas automatique. Bien au contraire, c’est le signe que l’on ne fait pas les choses comme il faut ! La clé c’est d’être bien avec la personne, de se sentir en confiance. Après avoir discuté avec son médecin, c’est le tour du conjoint, s’ouvrir à l’autre est le meilleur moyen d’apaiser ses angoisses. Souvenez-vous : la nuit de noce sera une nuit de partage qui scellera votre vie conjugale.

L’avis du spécialiste Docteur Jalel Marchaoui Gynécologue obstétricien Tunis

Du fait de ma pratique, j’ai pu constater à quel point l’éducation sexuelle est absente dans notre société aujourd’hui. En effet, je rencontre très souvent des couples, à peine mariés, au bord du divorce parce que la femme n’a pas saigné ou parce qu’elle présente une importante hémorragie. Tout cela me conduit à la conclusion que notre génération n’est pas du tout préparée à la nuit de noces. Une véritable éducation sexuelle, qui mettrait sur un même pied d’égalité l’homme et la femme, voilà ce qu’il nous manque. Elle doit être prise en charge par les différentes parties concernées, à savoir, le gynécologue, mais aussi le psychologue et les parents. C’est tout un domaine qui englobe les connaissances officielles politico-médico-sociales.

L’ignorance dans ce domaine conduit inévitablement à une presque agression pour la femme, et à beaucoup de stress pour l’homme.

Pour que le premier rapport sexuel se passe dans les meilleures conditions, il faut aussi que le couple discute, qu’il en parle. Idéalement, c’est lors du rendez-vous avec le gynécologue pour le test prénuptial que le thème est abordé. Ainsi encadré par le spécialiste, le couple peut parler de la contraception, du choix d’avoir tout de suite ou non des enfants, ce qui contribuera pour beaucoup à ce qu’ils soient détendus pour la suite. Cette visite pourra aussi servir à poser toutes les questions relatives au déroulement de l’acte sexuel et à apaiser les inquiétudes que pourraient avoir les futurs mariés. Notamment pour la question du saignement, comme je l’ai dit plus haut, beaucoup de couples arrivent au bord du divorce du fait de cette fausse attente. Il faut savoir tout d’abord, que l’hymen est une membrane très fine, elle ne provoque donc pas, par essence, de fortes hémorragies.  Ensuite, ils diffèrent d’une femme à l’autre, il y en a qui sont plus ou moins élastiques. En fait, il y a une femme sur deux qui saignera peu ou pas du tout lors de son premier rapport sexuel. Pour les autres, cela reste de toute façon difficilement décelable, et quelques gouttes marquent généralement ce premier rapport.

Or, on rencontre assez souvent en cabinet, des jeunes femmes avec des hémorragies plus ou moins sévères. A noter que si l’on en arrive à avoir recours à plus d’une serviette hygiénique, il faut de suite aller consulter un gynécologue. C’est le signe qu’il y a eu blessure ou déchirure. Idéalement, je recommande aux couples patients, de se reposer pendant une dizaine de jours après la défloration pour laisser le temps au corps de cicatriser et ainsi éviter à la femme de souffrir pendant les premières relations. D’ailleurs, il faut savoir aussi qu’il est normal qu’elle n’ait pas d’orgasme durant les premières semaines du début de l’activité sexuelle. Il faut donner le temps au corps de s’adapter.

La première relation sexuelle du couple est déterminante pour toute la vie conjugale. En effet, si la femme la vit comme une expérience négative, désagréable, voire douloureuse, elle risque de développer certaines pathologies, comme la dyspareunie (douleur à la pénétration), voire une apareunie (contraction qui empêche la pénétration). C’est là qu’intervient aussi le gynécologue (en plus de la communication avec le mari) en expliquant l’importance de la lubrification chez la femme, et en répondant aux inquiétudes qu’elle pourrait avoir. Ainsi déstressée, détendue, il n’y a aucune raison pour que ce premier rapport soit douloureux.