Vivre à Deux

Une prise de conscience du droit au plaisir

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Une prise de conscience du droit au plaisir

Dr Skander Boukhari Psychothérapeute et sexologue –
Est-il vrai que de plus en plus de Tunisiens consultent un sexologue ?

Absolument ! Le tunisien est de plus en plus soucieux de sa santé en général. Quant à sa santé sexuelle, il ose aujourd’hui en parler sans tabous devant un spécialiste parce qu’il a pris conscience de cette composante essentielle dans son équilibre personnel.
Il faut dire que le rôle des médias et surtout ceux consacrés à la santé a été déterminant dans cette prise de conscience. On est même surpris parfois par la catégorie de patients qui vient nous consulter pour un problème sexuel. En effet, la prise de conscience de ce bien-être touche des endroits très reculés du territoire tunisien. On voit consulter des femmes et des hommes de la campagne tunisienne. C’est plutôt bon signe que certaines femmes rurales viennent réclamer leur droit au plaisir. La sexologie attire aujourd’hui beaucoup de Tunisiens car ces derniers veulent exploiter toutes les possibilités thérapeutiques de cette spécialité qui offre des solutions à leurs problèmes.

Que demandent les patients au sexologue ?

Pour les femmes qui consultent un sexologue en Tunisie, quelle que soit leur origine sociale, c’est presque toujours le même motif : il s’agit de femmes anorgasmiques c’est-à-dire qui atteignent toutes les phases de l’excitation mais pas l’orgasme. Elles finissent par s’épuiser et frôler la dépression. Il y a aussi celles qui manquent de désir ou qui développent le vaginisme avec peur de la pénétration. Ce dernier cas n’est pas très fréquent mais c’est invalidant surtout au cours des premières années de mariage. Quant à ces messieurs, leur premier motif de consultation demeure l’éjaculation précoce qui touche un tunisien sur trois ! Après, il y a le dysfonctionnement érectile et les anxiétés de performances. Si les premiers sont liés à plusieurs facteurs psychogènes, l’anxiété de performance est liée à l’auto-observation qui supprime la stimulation sensorielle et érotique. Le sujet se met à se regarder agir en se demandant qu’est-ce qui va se passer maintenant ? Vais-je être performant ou pas ?… Les hommes en perdent leurs moyens.

Quelle réponse le sexologue peut-il apporter ?

Cela dépend de divers facteurs et c’est le grand chapitre de la thérapeutique. Il y a une vingtaine d’années , il n’y avait de solutions que psychanalytique. La psychanalyse finissait par trouver les blocages inconscients mais cela ne faisait pas avancer les choses ! Après, grâce aux thérapies comportementales et cognitives, on a trouvé alors beaucoup de solutions à ces patients. Ces dernières sont la base de la thérapie en matière de sexologie qui soigne aujourd’hui 80% des cas.

Quelle réponse le sexologue donne à ces hommes et à ces femmes ?

Cela dépend de beaucoup de facteurs et c’est le grand chapitre de la thérapeutique. Jusqu’à il y a 17 ans, il n’y avait d’autres solutions que la psychanalytique qui finissait par trouver les blocages inconscients mais cela ne faisait pas avancer les choses ! Après il y a eu les thérapies comportementales et cognitives. On a alors fini par trouver des solutions aux patients. C’est la base de la thérapie en matière de sexologie qui soigne aujourd’hui 80% des cas.

Les traitements médicamenteux de l’érection ont-ils révolutionné la sexologie ?

Il s’agit même, à mon sens, de l’une des plus grandes révolutions dans l’histoire de l’humanité. La découverte de ces molécules a bouleversé la vie sexuelle de l’être humain, permettant à beaucoup de gens de redécouvrir le plaisir et sauvant nombre de couples. Il est important de rappeler que ces comprimés, dont la vente n’est pas autorisée en Tunisie, obéissent à une prescription médicale. Du reste, ces molécules ont beaucoup apporté à la sexothérapie et à la culture du bien-être.

Hédia, 36 ans, enseignante

« Mon sexologue me permet de garder espoir »

Mon ex-mari n’a jamais levé la main sur moi. Sa violence était beaucoup plus sournoise. J’aurais voulu qu’il me frappe plutôt que de me « casser » psychologiquement comme il n’a cessé de le faire depuis notre mariage. J’étais jeune et pleine de bonne volonté. Il m’a détruite et s’est transformé en véritable bourreau, me faisant croire que j’étais complètement nulle. J’ai fait une grave dépression nerveuse et n’ai pu m’en sortir que grâce à l’intervention de ma famille. Un an après mon divorce, j’ai connu un homme aux antipodes de mon premier mari. Enfin heureuse, je considère cette rencontre comme un cadeau de la vie. Quand il a demandé ma main, je n’ai pas hésité à dire oui. Mais nos relations sexuelles n’ont pas bien fonctionné parce que je souffre de vaginisme, ce qui provoque des contractions à chaque pénétration. Aujourd’hui, je consulte un sexologue et mon mari m’accompagne avec beaucoup d’amour… Je suis certaine que cela va passer grâce à ce spécialiste.