Vivre à Deux

Sex Love and Food

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Sex Love and Food

Saint Valentin, Saint-Glinglin ou rencard X anodin, le passage à… table fait partie intégrante de cette science communicationnelle biscornue qu’est la séduction. L’étape de familiarisation passée, notre oreille se prête alors à d’excentriques flatteries érotiquement correctes. Les «je te mangerais bien» et «tu es à croquer» deviennent monnaies courantes.

Vu d’un certain angle, on pourrait croire que le partenaire, subitement cannibale, voudrait se faire rembourser son premier dîner par un plat gratos. Effrayant…

… Mais pourtant tellement flatteur pour les étranges humanoïdes que nous sommes ! Indubitablement, la symbolique sexuelle flirte passionnément avec la symbolique alimentaire. D’ailleurs, à la source de l’interrogation sur le rapport entre l’alimentation et la sexualité, un affreux adage populaire, quelque peu misogyne, qui voudrait que «le véritable chemin pour toucher le cœur d’un homme passe par son estomac». Fidèle acolyte des séducteurs, complice de l’amour et irrémédiablement sexy, l’aliment s’est habilement incrusté dans l’imaginaire sexuel collectif… Rétrospective sur la «sexy food».

Claude Fischler, sociologue français spécialisé dans la dimension sociologique et anthropologique de l’alimentation humaine affirme dans son livre  «L’Homnivore»  que « notre relation à la chair animale renvoie constamment à celle que nous entretenons avec la sexualité.

Il y aurait des correspondances constantes, sinon une continuité profonde, entre la table et le lit, entre la chair comestible et la chair désirable ». Un rapport irréfutable unissant la sexualité et l’alimentation se reflète dans nos dictons, dans nos mots, dans nos agissements, dans les publicités, au cinéma… mais il s’agirait aussi d’une réalité scientifique.

Les  mots de l’amour et du comestible

Me revient à l’esprit un doux souvenir lorsque je pense à ces mots et à ces formules où sexualité et alimentation vont de pair. C’est la scène dans laquelle une grand-mère qui sermonnait l’un de ces petits fils sur l’importance de bien se nourrir.

La leçon de morale s’était achevée par le lâché soudain d’un dicton tunisien des plus rocambolesques. «Ekel mlih yè weldi bech taâbi rkaybek». Traduction : Mange bien mon garçon pour remplir tes genoux. Explication : certains  hommes après un effort sexuel ressentent une douleur au niveau des genoux.

Ces derniers, métaphore renvoyant aux testicules «vidées», seraient alors les sacro saints producteurs de spermatozoïdes ! Ce que cette vieille dame voulait dire à son petit fils, c’est qu’il faut donc bien manger pour devenir un homme viril, sexuellement actif. 
Notre enfance a été souvent bercée de tels propos pour le moins triviaux. Une histoire qui en dit long sur l’affinité entre le coït et l’alimentation. Lévi-Strauss, père de l’anthropologie moderne, note dans « La pensée sauvage» qu’il existe un lien entre les règles du mariage et les prohibitions alimentaires et que ce rapprochement ne fait qu’illustrer «cette analogie très profonde que, partout dans le monde, la pensée humaine semble concevoir entre l’acte de copuler et celui de manger ».

Un très grand nombre de langues, ajoute-il, les désignent par le même mot. Petit voyage autour de la sémantique de l’amour et de l’alimentation : en Yoruba, langue parlée au Nigéria, au Bénin et au Togo, «manger» et «épouser» se  formulés par l’emploi d’un verbe unique qui a le sens général de «gagner, acquérir ».

Dans la langue française, le verbe « consommer» s’applique aussi bien au mariage qu’au repas. Au Sri Lanka, le fait qu’une femme «fasse la cuisine pour un homme» équivaut à affirmer qu’ils ont des relations sexuelles. En Australie, dans la langue des koko yao de la péninsule du cap York, le mot «Kuta  Kuta» a le double sens d’inceste et de cannibalisme, qui sont d’après Lévi Strauss «les formes hyperboliques  de l’union sexuelle et de la consommation alimentaire». Les métaphores culinaires ou phagiques pour traduire la consommation de l’acte sexuel sont donc largement utilisées dans le langage courant.

Un homme à femmes « aime la chair fraîche», on parle de «faire passer à la casserole» une «créature appétissante». Les jeux charnels, eux, sont souvent d’inspiration cannibalesque : mordillements, morsures, succions, promesses de dévoration : «tu es à croquer», «je te mangerais toute crue»….

Manger et aimer…

Ces deux comportements sont tous deux vitaux et instinctifs. Si on ne mange pas, on meurt. Si on ne fait pas l’amour, on ne garantit pas la survie de l’espèce et on s’éteint aussi ! Ainsi, la pulsion sexuelle est parfois aussi intense que celle de manger. D’ailleurs, les bébés pleurent lorsqu’ils ont faim… mais pas seulement. Ils ont tout aussi besoin d’être cajolés, caressés et d’être physiquement en contact avec leur mère. Les similitudes existent aussi entre le désir sexuel et le désir de manger. «La faim est le meilleur des assaisonnements», si l’on en croit ce dicton : plus on a faim, plus c’est bon. Même processus pour la sexualité pour laquelle le plaisir est augmenté lorsque le désir est grand. Une fois que l’on a mangé, on est rassasié et la faim n’est plus. Idem pour la sexualité : une fois la satisfaction atteinte, le sentiment d’être comblé est là  pour un moment…

Chocolat ! Oh mon chocolat!

Le cliché voudrait qu’à la Saint Valentin la boîte de chocolat en forme de cœur soit de rigueur… Les gentils messieurs offrent donc à de charmantes demoiselles entre autres bouquets de fleurs et petits mots niais, une boîte de gâteries chocolatées. Détrompez vous, ce n’est pas un choix hasardeux. Le chocolat, ah le chocolat… Habile amant de nos papilles, aux milles effluves, il nous emporte dans un tourbillon d’arômes pour nous surprendre en pleine séance de «cannibalisme amoureux»… Divine idylle… Il y en a même qui gémissent d’extase ! Maestro des sens, le chocolat a été reconnu depuis longtemps comme aphrodisiaque.
D’ailleurs, les Aztèques et les mayas associaient le chocolat à leur déesse de la fertilité ! Gourmandise emblématique de l’énergie sexuelle et de la sensualité, son pouvoir ne tiendrait pas seulement à une réputation fictive sulfureuse, mais à réalité scientifique.
En effet, le chocolat contient des phényléthylamine (PEA) créateurs d’un sentiment d’euphorie. Ces derniers provoquent la libération de dopamine, l’hormone du plaisir libérée notamment lors de l’orgasme, d’où son pouvoir aphrodisiaque.