Vivre à Deux

Violences conjugales : Quand les hommes en souffrent …

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Violences conjugales : Quand les hommes en souffrent …

Rentrer chez soi la boule au ventre, avec l’angoisse d’une nouvelle dispute, d’une nouvelle humiliation, d’une nouvelle pluie de coups qui va s’abattre sans crier gare, pour une raison aussi futile que disproportionnée… Il est aisé de penser que la victime est forcément une femme et que son bourreau n’est autre que son mari… Détrompez-vous, car la victime n’est pas celle qu’on croit !

par Mona Laouiti

Il est grand temps de torde le cou aux tabous qui rongent notre société hypocrite qui refuse de voir la vérité en face : oui les hommes battus existent en Tunisie, comme partout !

La violence conjugale… ses causes médicales éventuelles

Tout d’abord, il est important de préciser que la violence n’est pas automatiquement synonyme de troubles psychiatriques. Puis si on essaye de mettre les causes possibles de ce type de violence dans deux grandes catégories qui peuvent concerner les femmes, on pourrait parler des maladies physiques ou biologiques d’une part et des troubles psychiatriques d’autre part.
À titre d’exemple, certaines maladies endocriniennes ou neurologiques peuvent engendrer un changement de comportement et une violence. Dans ce cas là il faut procéder à des explorations médicales en réalisant des examens (scanner, bilan physique, biologique…).
Il est donc possible qu’une femme devienne violente à l’encontre de son mari de façon subite et inexpliquée à cause d’une tumeur frontale au cerveau.
Puis la deuxième catégorie regroupe les troubles psychiatriques comme les troubles de l’humeur (ex. : bipolarité), les troubles de la personnalité (ex. antisociale ou borderline) ou encore le trouble explosif intermittent qui consiste à avoir plusieurs épisodes d’incapacité à résister à des accès de colère.

La violence conjugale… son impact psychologique sur la victime

Quand c’est la femme qui est victime, ce sera sa globalité (identitaire) qui sera dénigrée, soumise et détruite. Pour résumer, tout ce qu’elle représente en tant que femme dans la tête de son conjoint violent. Pour l’homme, ce sera sa spécificité d’homme qui le sera. Il sera alors dévalorisé, rabaissé dans sa virilité souvent en piètre état et la violence physique sera d’ailleurs marquée par cet aspect des choses. La femme violente ne va pas user de violence pour la violence mais dans une volonté de maintenir la potentielle « puissance » masculine inhibée, dominée, etc. Envers son mari elle sera alors plus dans la brimade et la manipulation violente, que dans la décharge « psychopathique ».

Un centre pour hommes battus ?

Au fil des recherches pour cet article, un constat accablant en ce qui concerne la Tunisie ; il n’existe actuellement aucun centre d’accueil, aucun numéro vert, pour ces hommes qui sont en danger au sein même de leur propres foyers. Certes, il y avait bien, à l’époque, un centre d’accueil initié par M. Arbi El Fitouri Ben Ali, dont plus rien ne subsiste à part d’anciens articles et le lancement d’un film documentaire. Ce dernier, appelé « Le refuge », comme le centre en question, a été réalisé par Fakhreddine Sraoulia il y a six ans. On y voit des hommes témoigner à visage découvert ou de manière anonyme. L’un d’eux dit : « J’en ai marre de tout, marre de la vie ! Chaque jour une dispute ou un problème pour je ne sais quelle raison ! Je n’ai pas trouvé où aller, je n’ai pas d’argent, ils m’ont tout pris !! » On ne peut être que « frappé » par leur détresse… Une flopée de questions me
vient à l’esprit : « où sont ces hommes actuellement ? Que sont il devenus ? Sont-ils toujours en vie ? Pourquoi nous n’entendons jamais parler de ces victimes ? »

Le tabou, ce fléau international

Il serait injuste de dire que le tabou sur ce sujet ne concerne que la Tunisie, car même la France n’est pas en reste avec, en 2016, un homme qui meurt tous les 15 jours sous les coups de sa partenaire. Et c’est en général le tabou qui les marginalise et qui les empêche de porter plainte même si ils sont en réel danger. En France, 5% des hommes battus vont oser porter plainte contre 14% des femmes. Au Royaume Uni, une expérience sociale réalisée en 2014 par l’association The Manking Initiative montre clairement la différence de réaction quand les passants
assistent à la violence conjugale ; quand c’est la femme qui est victime ils vont tout de suite lui porter assistance et les séparer en menaçant l’homme d’appeler la police et quand c’est l’homme qui est victime personne
n’intervient et ils se moquent de lui et ricanent de loin. La phrase de fin remet un peu les choses dans leur contexte car au Royaume Uni 40% des violences conjugales concernent les hommes.
Peu importe le pays, une telle situation sera accueillie par des moqueries, des railleries et même une certaine animosité ; « Comment un homme peut vivre dans la peur ? Pourquoi ne se défend il pas ? Ce n’est pas un homme s’il subit cela ! Il l’a surement bien cherché ! » Alors que dire d’une société patriarcale comme la notre où un tel aveu remettra en question son statut d’homme et sa virilité.

Lueur d’espoir…

Fort heureusement quelques associations essayent de faire entendre leur voix sur le plan législatif car en plus d’un changement des mentalités il faudrait aussi une révision de certaines lois pénalisantes pour l’homme. Ces dernières considèrent forcément l’homme en position de bourreau et n’envisage même pas la possibilité qu’il puisse
être une victime. L’Association Tunisie Terre des Hommes, essaye d’agir pour l’assouplissement de ces lois car c’est un fait que la violence existe des deux cotés (c’est propre à l’être humain) et il faudrait traiter un homme victime de violences de la même façon qu’une femme victime. Le président de l’TTH, Khairi Abdelahmid, nous confie même « j’ai assisté à deux reprises lors d’un dépôt de plainte au commissariat… c’est malheureux mais quand c’est un homme qui porte plainte il est parfois insulté et refoulé… ce qui n’arriverait jamais dans un pays nordique où sa plainte serait prise au sérieux avec les mesures légales nécessaires pour assurer sa protection. »
En plus des moyens juridiques qui existent, la solution serait de créer des centres d’accueil avec une prise en charge de la victime ou du couple (quand c’est possible) par des médecins, psychologues, sociologues, psychiatres et d’encourager le dialogue afin de mieux cerner le problème et le traiter. Il est important de noter que des médicaments existent comme les agressolytiques.

Meriem E. témoin d’une scène de violence conjugale

A l’âge de 17 ans, à Hay El Nozha, mon quartier de l’époque, j’ai assisté à une scène qui m’a marquée. C’était devant la boulangerie, un homme très grand de taille a été rejoint par sa femme, beaucoup plus petite que lui, qui était dans une colère folle et qui l’a attrapé par le peu de cheveux qui lui restait pour le mettre à genou et le
rosser de coups. Elle l’a carrément tabassé dans la rue et personne n’a bougé le petit doigt pour lui porter secours, moi y compris… Je suis restée à regarder choquée par la scène que j’avais devant les yeux. »