Vivre à Deux

La virginité est-elle démodée ?

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La virginité est-elle démodée ?

Les jeunes d’aujourd’hui estiment que c’est une question de choix personnel. Soit, mais encore faut-il choisir en connaissance de cause…

par Bel Hassen Rekik

Actuellement, presque tous les jeunes estiment que les rapports sexuels font partie de la vie normale. Ils reconnaissent que les femmes y prennent plaisir et en ont besoin autant que les hommes, et ils pensent que la façon dont deux adultes consentants traduisent dans l’intimité leurs sentiments réciproques ne regarde qu’eux seuls. Nombre de spécialistes des sciences du comportement trouvent cette opinion psychologiquement saine et jugent sensée la manière dont aujourd’hui on aborde ouvertement le sujet. Pourtant, cette situation nouvelle crée une difficulté. Hors de la religion, il n’existe aucun code moral irréfutable auquel recourir.
Et si rester vierge ou non n’est plus à présent qu’une question de choix personnel, où l’adolescente va-t-elle trouver les raisons de pencher dans un sens ou dans l’autre ?

Afin d’y voir plus clair et, en tout cas, avant de s’engager dans une liaison, elle devrait se poser les questions suivantes :

Est-ce que je cherche à prouver quelque chose ?

Bien que l’éducation sexuelle scolaire soit admise dans certains pays et malgré la tendance à parler de plus en plus librement et franchement des choses, en Tunisie, beaucoup de parents continuent à trouver que ce n’est pas un sujet de conversation pour les jeunes oreilles, et que jusqu’à dix-huit ans on est un enfant à qui doit être épargnée la vue de films ou la lecture de livres touchant à ce domaine. Pour prouver à leurs parents qu’ils se trompent, les jeunes vont parfois très loin. Les jeunes filles, en grande majorité, ont envie de se marier et de fonder une famille. C’est dans ces conditions, elles le savent, que l’union d’un couple est totale. Il leur faut sentir que c’est définitif, sûr, qu’on peut compter l’un sur l’autre pour aller jusqu’au bout. La jeune fille hésitante, qui s’imagine devoir céder à son ami sous peine d’être abandonnée, peut se dire que quelque chose cloche gravement dans leurs relations. L’égalité des droits implique certainement pour la femme celui de dire non.

Ai-je peur de le perdre ?

Il arrive souvent qu’un jeune homme, moins compliqué sur les plans physique et moral que sa compagne, presse cette dernière de céder, alors qu’elle n’est pas sûre d’en avoir envie. Elle se doit alors, à elle-même et à ce garçon, de résister.

L’abandon total à l’étreinte amoureuse est pour la femme une étape psychologiquement très importante qui a, dans la plupart des cas, un profond retentissement. Il n’est pas exceptionnel qu’une jeune femme découvre à cette occasion la violence inattendue de sa sexualité et qu’il se crée ainsi en elle, à l’égard de son partenaire, un attachement plus fort qu’elle ne l’aurait cru possible. C’est la raison pour laquelle beaucoup de jeunes filles, qui ne sont ni prudes ni inhibées, décident d’attendre, pour se donner à un homme, que la réciprocité des sentiments et le sens de la responsabilité soient de part et d’autre bien établis.

Quels seront mes sentiments demain, la semaine prochaine, dans un mois ?

Deux jeunes qui se livrent avant l’heure à des relations intimes risquent de s’apercevoir un beau jour qu’un lien s’est créé entre eux, dont ils n’avaient réellement envie ni l’un ni l’autre. Une fois ce lien établi, ils vont se sentir pris au piège, obligés de défendre comme nous sommes tous tentés de le faire, la décision prise et de trouver des justifications à l’erreur. « J’ai couché avec lui, donc je dois l’aimer ». Plus d’une fois, un mariage lamentable a ratifié la décision trop prompte d’une jeune personne qui avait seulement voulu s’amuser un peu ! Des femmes de plus de vingt-cinq ans qui auraient désiré avoir une expérience plus complète des choses de l’amour, et plus souvent des jeunes filles de moins de dix-huit ans qui regrettaient d’en savoir aussi long. Parfois, le sentiment de culpabilité et la curiosité malsaine, entre autres, menacent aussi de les dévaloriser.

Sommes-nous prêts tous les deux ?

Il y a un gouffre entre le moment où un jeune enfant devient physiquement capable de procréer et celui où il est psychologiquement en mesure de nouer des liens amoureux. Il faut pour cela du temps, beaucoup du temps, en général ; il faut que se développe la sensibilité, le don de sympathie, la faculté de s’intéresser à un autre autant qu’à soi-même. C’est une grave question pour les adolescents dont la caractéristique est précisément (et pour de saines raisons psychologiques) d’être très préoccupés d’eux-mêmes. Si vous êtes prêts à vous consacrer à un autre, la moitié du chemin est faite. Mais cet autre, est-il prêt à en faire autant ? C’est la seconde moitié du chemin.

Pour certaines jeunes filles à qui l’on a inculqué de fortes convictions morales ou religieuses, il n’est pas question de relations sexuelles en dehors du mariage.

D’autre sont obligées d’avoir une opinion personnelle, d’établir leurs propres normes. La liberté de choisir implique l’obligation de choisir sagement. C’est une grande responsabilité, et les conséquences en sont extrêmement importantes.

L’avis du spécialiste Mme Radhia Halouani Chabbi, Dr en Psychologie

Il y a une trentaine d’années seulement, tout le monde était d’accord : quel que fût son âge, aucune femme convenable n’avait de rapports sexuels avec un autre homme que son époux. On comptait bien quelques exceptions discrètes, mais seules des révoltées ou certaines femmes très lancées reconnaissent franchement avoir une liaison. Aujourd’hui, une jeune fille bien élevée qui travaille et mène une vie indépendante peut très bien arriver à une réunion où elle est invitée avec l’homme avec qui elle vit. Les fiancés qui scellent leur union avant d’être passés devant monsieur le maire n’en ont généralement pas honte.

Il y a quelques années, en qualité de psychologue, j’ai eu à m’occuper d’une jeune fille de dix-sept ans. Fille unique de parents âgés très stricts sur les principes, elle devait rentrer à la maison immédiatement après son cours et n’était pas autorisée à sortir avec un camarade. Incapable d’obtenir d’eux qu’ils assouplissent un peu ces règles, elle fit une fugue et tenta de gagner en auto-stop une ville voisine. Le premier automobiliste qui s’arrêta poussa la prévenance jusqu’à l’emmener avec lui dans un hôtel. Neuf mois plus tard, elle mit au monde l’enfant de ce passant. Elle avait ainsi prouvé qu’elle était adulte, sur le plan physiologique tout au moins. Mais c’était là une victoire chèrement payée.

Quand une jeune fille en veut à ses parents, il faut qu’elle discute avec eux, qu’elle plaide sa cause, qu’elle lutte contre leur incompréhension et, si elle ne remporte pas la victoire, qu’elle se dise qu’elle sera adulte un jour. Agir comme l’a fait cette jeune fille, c’est courir le risque de devenir une épave.